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"Exclure Taïwan de l’Assemblée mondiale de la Santé serait une grave erreur"

Le 23 mai 2016, l'assemblée mondiale de la santé rassemblait 3 000 délégués de ses 194 États-membres à Genève. (Crédits : AFP PHOTO / FABRICE COFFRINI)
Le 23 mai 2016, l'assemblée mondiale de la santé rassemblait 3 000 délégués de ses 194 États-membres à Genève. (Crédits : AFP PHOTO / FABRICE COFFRINI)
Sous la pression de la Chine, Taïwan n’a pas reçu d’invitation à l’assemblée mondiale de la santé, l’organe décisionnel de l’OMS, dont la session annuelle se tiendra du 21 au 31 mai à Genève. Pékin accuse la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen de ne pas reconnaître le « principe d’une seule Chine ». L’Ambassadeur Zhang Ming-zhong, le représentant de Taipei en France a voulu réagir. Nous publions sa tribune.
C’est en 2009 que la République de Chine (Taïwan) a été invitée par l’OMS à sa 62e Assemblée mondiale en tant qu’observateur, et cette invitation avait alors mis un terme à 38 années d’exclusion. La participation de Taïwan aux réunions techniques de l’Assemblée mondiale de la Santé et de l’OMS a, au fil des ans, renforcé le système de prévention des maladies non seulement à Taïwan même, mais aussi dans le monde entier. Et afin de s’allier aux efforts communs pour faire de la vision de l’OMS une réalité, Taïwan s’est également attaché à apporter son soutien à d’autres pays confrontés à des défis en matière de santé publique.
Cette année, Taïwan souhaite poursuivre sa participation à l’OMS, y compris à son Programme de gestion des situations d’urgence sanitaire, et espère apporter sa contribution aux efforts mondiaux visant à atteindre le 3e objectif du Programme de développement durable à l’horizon 2030 porté par l’Organisation des Nations Unies : permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge. Or, alors que l’Assemblée est prévue au mois de mai à Genève comme d’habitude, Taïwan n’a pas reçu d’invitation.
Exclure à nouveau Taïwan de l’Assemblée mondiale de la Santé serait une grave erreur : les questions sanitaires ignorent les frontières étatiques et il n’est pas normal que, pour des raisons politiques, Taïwan et ses 23 millions d’habitants soient absents de cette réunion internationale de toute première importance pour l’existence même de l’humanité.
Les États-Unis et le Japon soutiennent déjà la participation de Taïwan à l’OMS. Nous espérons recevoir le soutien d’autres pays dans les jours qui viennent. En France notamment, la collaboration avec Taïwan en matière de santé publique est très développée, et la plupart des champions français de la santé (Sanofi, Institut Pasteur…) entretiennent des relations étroites avec les sociétés ou les instituts de recherche de mon pays, notamment pour la fabrication conjointe de vaccins ou encore pour lutter contre certaines maladies endémiques en Asie du Sud-Est. Mettre en difficulté de telles actions est tout simplement irresponsable.
Pour bâtir un système de santé mondial qui soit solide et complet, l’OMS a besoin de Taïwan, tout comme Taïwan a besoin de l’OMS. Seule une participation continue aux mécanismes, réunions et activités associés à l’AMS et à l’OMS peut garantir une mise en œuvre complète des Objectifs de développement durable des Nations Unies, et créer une situation gagnant-gagnant pour l’ensemble des parties concernées, à savoir Taïwan, l’OMS et la communauté internationale.
Par S.E. l’Ambassadeur Zhang Ming-Zhong, Représentant de Taïwan en France

A savoir

L’Assemblée mondiale de la santé (AMS), organe décisionnel de l’OMS, ne connaît pas de statut d’observateur. En revanche, l’article 3 de son règlement intérieur autorise son directeur général (actuellement le Dr Margaret Chan) à convier des États non membres ou des territoires à envoyer des délégués à l’assemblée en tant qu’observateurs. L’obstacle n’est donc pas juridique; il est seulement – mais c’est déjà beaucoup – politique.

Depuis 1997, Taïwan, exclue de l’ONU et donc de l’OMS en 1971, tente, sous le nom de « République de Chine », d’être invitée en tant qu’observateur. En 2005, qui est aussi l’année de l’adoption de la loi anti-sécession, lors de la révision du Règlement sanitaire international (RSI), principal instrument juridique de l’OMS, la Chine populaire obtient un accord, figurant en annexe, selon lequel elle représente la Chine continentale, Macao, Hong Kong et Taïwan. Selon Pékin, cet accord (par lequel tout ce qui concerne Taïwan doit passer par la République populaire) évite à l’île d’être un angle mort dans le système de protection sanitaire mondial.

En 2007, sous la présidence de Chen Shui-bian, la République de Chine demande à être admise en tant que membre à part entière sous le nom de Taïwan. Changement complet de stratégie avec son successeur Ma Ying-jeou, qui promeut un réchauffement des relations avec la Chine populaire. De 2009 à 2016, sous l’appellation de compromis « Chinese Taipei », Taïwan envoie des observateurs à l’AMS (qui n’ont évidemment pas le droit de vote). En 2016, après l’élection de Tsai Ing-wen, l’invitation était assortie de deux rappels : la résolution 2758 et le « principe d’une seule Chine ». Taïwan avait alors protesté.

Pour un point d’ensemble sur la situation politique de Taïwan, lire notre Mémo.

La Rédaction d’Asialyst

A propos de l'auteur
Zhang Ming-Zhong
Né en 1960, diplômé de l’Université catholique Fu-Jen à Taïwan et ancien élève de l’IEP Paris, l’Ambassadeur ZHANG Ming-Zhong a fait sa carrière au sein du Ministère des Affaires étrangères, mais a aussi occupé deux postes respectivement à la Présidence et au Conseil national de Sécurité de la République de Chine (Taïwan). Il a notamment été Ambassadeur au Burkina Faso et Directeur général des Affaires européennes au Ministère à Taipei. C’est en juillet 2015 qu’il a pris ses fonctions en tant que Représentant de Taïwan en France.