Culture
Fenêtre sur Chine

Han Meilin : le Picasso du soft power chinois

Œuvre présentée dans le cadre de l'exposition "Le Monde de Meilin à Paris", du 10 mars au 26 avril, au Centre culturel de Chine (Crédit : SL)
C’est l’une des trois grandes signatures artistiques des Jeux Olympiques de Pékin en 2008. Ai Weiwei pour le dessin du stade du « nid d’oiseaux », Zhang Yimou pour la chorégraphie de la cérémonie d’ouverture et Han Meilin pour les Fuwa, les fameuses mascottes reprenant les couleurs du drapeau olympique. Les œuvres de cet artiste multidisciplinaire et poids lourd de la puissance douce chinoise, sont présentées à partir de ce vendredi 10 mars jusqu’au 26 avril prochain au Centre culturel chinois à Paris.
D’abord, on se méfie. On craint le rouleau compresseur du soft power chinois. Nommé « artiste Unesco pour la paix«  il y a deux ans, Han Meilin a bien du mal à se démarquer de cette étiquette d’ambassadeur du Peace & Love version Pékin. Pour ceux qui n’avaient pas compris, les organisateurs n’ont pas hésité à utilisé le surligneur dans l’intitulé de l’évènement : « Le monde de Meilin à Paris : l’Amour et la Paix. »

Puis, on se rassure. On se dit qu’en dehors de ce côté un brin institutionnel, l’œuvre reste majeure et l’artiste, parmi les plus doués de sa génération, joue son rôle d’ambassadeur avec bonhommie : « J’ai fait un discours ce midi, je recommence ce soir et je suis toujours aussi ému », a déclaré Han Meilin devant la foule des invités venue assister au lancement de l’exposition à la veille de son ouverture au public.

Contexte

Si le communiqué de presse fait penser à la tournée d’un groupe de hard-rock américain, il s’agit bien de l’exposition itinérante de l’un des artistes chinois les plus célèbres du moment. Et quand le « Han Meilin Global Tour of Exhibitions » s’arrête à Paris, c’est tout un bestiaire qui débarque au Centre culturel de Chine : singes, pandas, hiboux, lapins, sans oublier le coq, l’animal de l’année, que l’on retrouve, toutes plumes dehors, sur les goodies distribués aux invités pour l’inauguration.

Le monde de Meilin à Paris : l’amour et la paix, du 10 mars au 26 avril, au Centre culturel de Chine à Paris.

L’évènement est l’occasion pour Han Meilin de rappeler son engagement pour la préservation de l’environnement ; l’occasion aussi de se lancer, devant un public médusé, dans une histoire terrible de femelle pangolin qui, « après avoir été rôtie à la broche au restaurant« , serait restée roulée sur elle même en posture défensive. « La maman pangolin est demeurée recroquevillée sur son petit, qu’elle a ainsi pu sauver des flammes » raconte l’artiste qui y voit le symbole ultime de l’amour maternelle, face à la méchanceté humaine.
Han Meilin en compagnie de la sinologue Marie-Claire Quiquemelle. (Crédits : Tu Xiong )
« En Asie parfois, certains consomment des animaux sauvages, poursuit Han Meilin. Les animaux étant dénués de paroles, nous devons penser à eux. En tant qu’artiste, je ne suis investi d’aucune autre mission que celle de protéger cette planète et de traiter avec beauté tout ce qui m’entoure. Les souris, les petits serpents que je dessine ont l’air tout à fait sympathique, car je les ai dessinés comme mes enfants. »
Œuvre présentée dans le cadre de l'exposition "Le Monde de Meilin à Paris", du 10 mars au 26 avril, au Centre culturel de Chine (Crédit : SL)
Han Meilin, peintre animalier ? Le qualificatif est non seulement réducteur, il est surtout totalement à côté du sujet. La simplicité apparente des thèmes ne réduit pas la puissance de l’expression. « Les grandes œuvres sont créées par un cœur d’enfant », affirmait Li Zhichang, penseur de la dynastie Ming. « L’individualité artistique de Han Meilin nous permet d’identifier ses œuvres sans besoin de regarder sa signature, écrit Wang Yong, chercheur à l’Académie national des Beaux-arts de Chine cité dans le catalogue de l’exposition. L’aspect le plus remarquable de son style est l’innocence et l’imagination d’un cœur d’enfant. »
Théière signée de l'artiste et présentée dans le cadre de l'exposition "Le Monde de Meilin à Paris", du 10 mars au 26 avril 2017 au Centre culturel de Chine.
Un artiste au cœur d’enfant qui affirmait il y a quelques années, lorsque nous l’avons rencontré dans son atelier à Pékin, se réveiller tous les matins vers cinq heures, pour s’émerveiller de la vie qui s’anime dans les toutes premières gouttes de soleil. Un bourreau de travail et un touche-à-tout. Un artiste contemporain complet au sens occidental du terme. Dans l’ancien bâtiment du Centre culturel de Chine, après avoir grimpé les escaliers bordés de lanternes rouges, les visiteurs découvrent une série de théières plongées dans la pénombre et, sous le feux des projecteurs, des sculptures fébriles, ainsi que des portraits nus.
Œuvre présentée dans le cadre de l'exposition "Le Monde de Meilin à Paris", du 10 mars au 26 avril, au Centre culturel de Chine (Crédit : SL)
Saint-François d’Assise ou, le Picasso chinois comme le surnomme le Quotidien du Peuple, Han Meilin a pris le taureau de Guernica par les cornes, en oubliant les corps démembrés aux pieds de l’animal, victimes des bombardements sur la ville basque. L’artiste engagé pour la paix ne nomme pas les guerres qu’ils réprouvent. Il n’a pas pour autant le pinceau diplomatique. Car c’est bien d’un monde au bord du gouffre dont parle l’ensemble de son œuvre, un monde et sa beauté fragile qu’il convient plus que jamais de préserver.
Œuvre présentée dans le cadre de l'exposition "Le Monde de Meilin à Paris", du 10 mars au 26 avril, au Centre culturel de Chine (Crédit : SL)
A propos de l'auteur
Stéphane Lagarde
Stéphane Lagarde est rédacteur en chef adjoint d'Asialyst. Grand reporter au Desk Asie de Radio France International, ancien correspondant à Pékin et Séoul, tombé dans la potion nord-est asiatique il y a une vingtaine d’années.