Politique
L'Asie du Nord-Est dans la presse

Meurtre de Kim Jong-nam : la vidéo de son fils en questions

Des Sud-Coréens regardent au journal télévisé un extrait de la vidéo Youtube de Kim Han-sol, le fils de Kim Jong-nam, assassiné le 13 février à Kuala Lumpur, le 8 mars 2017 à Séoul. (Crédits : AFP PHOTO / JUNG Yeon-Je)
Des Sud-Coréens regardent au journal télévisé un extrait de la vidéo Youtube de Kim Han-sol, le fils de Kim Jong-nam, assassiné le 13 février à Kuala Lumpur, le 8 mars 2017 à Séoul. (Crédits : AFP PHOTO / JUNG Yeon-Je)
« Mon père a été tué il y a quelques jours. » C’est par ces mots que se présente le fils de Kim Jong-nam, assassiné le 13 février dernier à l’aéroport de Kuala Lumpur. Dans une vidéo publiée hier mardi 7 mars sur Youtube, Kim Han-sol indique être en danger de mort, menacé par le régime de son oncle Kim Jong-un. « Nous espérons que cela ira beaucoup mieux », déclare-t-il, rapporte le Straits Times. Si son identité a été confirmée, notamment par les services sud-coréens, cette vidéo soulève de nouvelles questions sur l’affaire.
Les membres de la famille de Kim Jong-nam sont-ils en vie et dans un endroit sûr ? C’est à cette question que la vidéo postée sur Youtube ce mardi 7 mars par son fils a sans doute voulu répondre. Dans cette vidéo de 40 secondes, Kim Han-sol livre ses inquiétudes concernant sa sécurité. Immédiatement, la publication a suscité de nombreuses théories sur son éventuel déplacement hors d’Asie et sur sa localisation actuelle, rapporte le Korea Times (http://m.koreatimes.co.kr/phone/news/view.jsp?req_newsidx=225287). Kim Han-sol, sa mère Lee Hye-kyong et sa soeur Sol-hee pourraient être aux Pays-Bas où ils ont déjà vécus, placés sous la protection de la Chine, suppose le Korea Herald.

La vidéo peut laisser dubitatif : elle comporte des trous volontaires. « Je suis actuellement avec ma mère et ma sœur, nous sommes très reconnaissant à … », déclare Kim Han-sol avant que l’image ne soit coupée, rapporte le Straits Times. Comme preuve de son identité, le jeune homme montre son passeport, l’approchant près de la caméra. Mais la section contenant les renseignements personnels est floutée et invérifiable.

Pour être précis, ce n’est pas le fils de Kim Jong-nam qui a publié la vidéo mais Cheollima Civil Defense, un groupe civique aidant les transfuges de la Corée du Nord. La date et le lieu de l’enregistrement sont encore inconnus. Dès lors, le service de renseignement sud-coréen a vérifié l’identité de l’individu, confirmant que l’homme dans la vidéo était bien le fils de Kim Jon-nam, révèle l’agence de presse sud-coréenne Yonhap, appuyée par le Korea Herald. Cette information a été confirmée par Do Hee-youn, le chef de la Coalition des citoyens pour les droits de l’homme des victimes de rapt et de réfugiés de Corée du Nord, ajoute le New York Times. Des informations qu’a refusé de transmettre Cheollima Civil Defense, assurant à la fin de la vidéo que ce témoignage serait la « première et dernière déclaration sur ce sujet », souligne le Korea Times. « Nous avons répondu le mois dernier à une demande d’extraction et de protection des survivants de la famille de Kim Jong-nam », a précisé le groupe civique cité par le Korea Herald. Ce dernier exprime sa gratitude aux Pays-Bas, à la Chine, aux États-Unis et à un « quatrième gouvernement » sans précision, pour l’aide fournie dans le déplacement de la famille, ajoute le Korea Times.

Suite à l’assassinat de Kim Jong-nam, orchestré par la Corée du Nord selon les services malaisiens, les membres de sa famille étaient considérés comme les prochaines cibles à abattre. Kim Han-sol avait notamment qualifié son oncle de « dictateur » lors d’une interview réalisée en 2012 pour un média finlandais, rappelle le Korea Herald. Le jeune homme de 22 ans, avait dû arrêter ses études de sciences politiques en France et au Royaume-Uni pour des raisons de sécurité.

La publication de cette vidéo soulève beaucoup de questions : derrière le cri d’alerte évident, quelle est sa signification et quel est son but ? « Nous avons été surpris par la vidéo », a ainsi déclaré un responsable du ministère des Affaires étrangères à Séoul, interrogé sous couvert d’anonymat par le Korea Herald. Je pense raisonnablement qu’il pourrait être aux Pays-Bas à l’heure actuelle. »

Alors que l’affaire a provoqué une crise diplomatique majeure entre la Malaisie et la Corée du Nord (lire notre article), d’autres interrogations restent en suspens. Ainsi, le mobile du meurtre demeure encore inconnu. Selon le site spécialisé sur la Corée du Nord 38 North, Kim Jong-nam aurait pu créer un gouvernement en exil, ou être en lien avec un gouvernement chinois s’affichant en faveur des ennemis du régime de Kim Jong-un. De même, l’exécution du crime ne laisse toujours pas de surprendre : il a été commis par deux femmes apparemment peu entraînées, facilement repérables au vu de leurs vêtements, et sous l’œil de nombreux témoins et caméras de sécurité. Des méthodes bien curieuses, face à l’ampleur des conséquences diplomatiques.

Par Benjamin Giraudeau
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