Politique
L'Asie du Sud-Est dans la presse

Philippines : Duterte encore rattrapé par ses "escadrons de la mort"

L'ancien policier de Davao Arturo Lascañas s'effondre en larmes lors de sa conférence de presse au Sénat, en évoquant l'existence des escadrons de la mort sous la mandature de Rodrigo Duterte. (Crédit : AFP PHOTO / TED ALJIBE)
L'ancien policier de Davao Arturo Lascañas s'effondre en larmes lors de sa conférence de presse au Sénat, en évoquant l'existence des escadrons de la mort sous la mandature de Rodrigo Duterte. (Crédit : AFP PHOTO / TED ALJIBE)
Et de deux. Après Edgar Matobato en septembre dernier, c’est au tour d’Arturo Lascañas, ancien policier de Davao, d’accréditer l’existence des « escadrons de la mort » dans la ville dont le président philippin Rodrigo Duterte a été maire pendant 22 ans, de 1988 à 2010. Il avait pourtant juré l’inverse en octobre 2016. Un revirement qui « fait l’effet d’une bombe », affirme la sénatrice « anti-Duterte » Leila de Lima, d’après Channel News Asia.
« C’est vrai : les escadrons de la mort ont bien existé, explique Arturo Lascañas aux journalistes réunis au Sénat philippin. Lorsque Duterte est devenu maire, on a commencé à faire ce qu’on appelait du « sauvetage » auprès des personnes soupçonnées de crime. » En d’autres termes, il s’agissait d’appliquer les « ordres personnels » de l’actuel président philippin visant à éliminer criminels et opposants politiques, explique le Philippine Star.
Ces déclarations font violemment écho au chiffre de 1400 assassinats suspects recensés par les ONG durant la période où Duterte dirigeait Davao. Depuis son investiture en tant que président des Philippines l’année dernière, 7700 personnes ont d’ailleurs été tuées dont 2500 durant des filatures et des raids opérés par la police.
Lascañas a également expliqué qu’il était payé de 400 à 2000 dollars par assassinat, le montant de la rétribution fluctuant en fonction de la « valeur » de la victime. Outre les meurtres d’un animateur de radio considéré comme hostile à Duterte et de la famille d’un ravisseur (comprenant une femme enceinte, un enfant et un vieillard), Lascañas opérait également des attaques indiscriminées comme celle contre une mosquée en 1993, causant 6 morts et 151 blessés.
A l’issue de ces déclarations fracassantes, le sénateur Antonio Trillanes a émis le souhait d’ouvrir une enquête sénatoriale. Si Rodrigo Duterte n’a pas réagi de vive voix, son équipe rapprochée s’en est chargée : son conseiller juridique Salvadore Panelo a qualifié ces révélations de « mensonges continuels » et de « récits falsifiés », tandis que le secrétaire chargé de la communication présidentielle, Martin Andanar, a rappelé que des « agences indépendantes » avaient déjà démontré la « fausse existence » de ces escadrons.
Par Alexandre Gandil, avec Francesca Celi
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