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Hong Kong : les "faits alternatifs" de Pékin sur les véhicules armés de Singapour

Les neuf véhicules armés de Singapour bloqués sur le port de Hong Kong le 25 novembre 2016. (Crédits : AFP PHOTO / Anthony WALLACE)
Les neuf véhicules armés de Singapour bloqués sur le port de Hong Kong le 25 novembre 2016. (Crédits : AFP PHOTO / Anthony WALLACE)
Après le blocage, le déni officiel. La douane de Hong Kong affirme que le gouvernement chinois n’a nullement interféré dans le blocage des 9 véhicules armés de Singapour utilisés pour des exercices militaires à Taïwan. Des véhicules qui ont été autorisés à retourner dans la cité-État ce mardi 24 janvier. Pour le South China Morning Post, dire que Pékin n’y est pour rien, cela ressemble à l’équipe de Trump et ses « faits alternatifs » pour contredire la presse américaine contre toute évidence.
*Le droit d’accise est un impôt indirect perçu sur la consommation, parfois aussi le seul commerce, de certains produits, en particulier le tabac, l’alcool et le pétrole et ses dérivés.
Pékin n’aurait donc rien à voir avec la saisie à Hong Kong des véhicules blindés de Singapour ? C’est en tout cas ce qu’a déclaré Roy Tang Yun-kwong, le chef des douanes hongkongaises : « L’autorité du Département des Douanes et de l’Accise* de Hong Kong est fondée sur la loi hongkongaise, a voulu rappeler Roy Tang. Aucune autre institution n’a été impliquée. »
Impossible à croire pour Yonden Lhatoo, l’un des éditorialiste du South China Morning Post, qui s’est fendu d’un billet d’humeur très direct ce jeudi 26 janvier. « Grâce au président américain Donald Trump, nous savons maintenant qu’il y a les faits d’un côté et les faits alternatifs de l’autre. Mais là, il s’agit de Hong Kong. Réalité alternative ou zone floue, ne perdons pas notre crédibilité en tant que ville la plus crédible de Chine. » Pour le journaliste, il est impensable que le gouvernement central n’ait pas donné l’ordre de saisie des véhicules. Toutes les déclarations du gouvernement chinois durant cette affaire l’indiquent : Pékin a appelé à plusieurs reprises Singapour à respecter la « politique d’une seule Chine », qui interdit l’indépendance de Taïwan et les relations militaires de pays tiers avec l’île. Il était donc « naturel pour tout le monde », souligne Yonden Lhatoo, de penser que Pékin était « concerné » par cette affaire.

D’ailleurs, Pékin s’est de nouveau manifesté ce jeudi : Singapour doit « se conformer strictement à la politique d’une seule Chine », a exhorté Hua Chunying, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Ce dernier espère que la cité-État pourra « coopérer avec la Région administrative spéciale de Hong Kong pour s’occuper des problèmes de suivi et se mettre en garde contre l’incident ». « L’incident », allusion cristalline à la saisie des neuf véhicules militaires. Pékin a longtemps « froncé les sourcils » sur les liens étroits entre Singapour et Taïwan (lire notre article https://asialyst.com/fr/2016/11/28/chine-denonce-hypocrisie-relation-singapour-taiwan/), mais c’est la première fois qu’elle les entrave directement.

Rappelons que l’exécutif hongkongais a autorisé mardi 24 janvier le retour à Singapour des neuf véhicules militaires Terrex, utilisés dans le cadre d’un exercice militaire des forces armées singapouriennes à Taïwan, rapporte le Straits Times. Les véhicules étaient bloqués depuis le 23 novembre au port de Hong Kong, alors qu’ils devaient être rapatriés à Singapour. La douane avait jugé que le propriétaire du bateau transportant les véhicules n’avait pas fourni les permis appropriés, en « violation des lois hongkongaises régissant l’importation, l’exportation et le transbordement des produits stratégiques”, rappelle le South China Morning Post dans un autre article. L’enquête sur cette violation présumée pourrait « mener à des poursuites pénales », a tout de même prévenu le chef des douanes.

*Avant Sean Spicer, porte-parole de la Maison-Blanche, c’est Kellyanne Conway, conseillère du président Trump, qui a parlé la première de « faits alternatifs » pour contredire un journaliste soulignant le public moins nombreux venu assister à l’investiture de Trump, qu’à celle d’Obama.
Ces derniers jours, le journaliste du South China Morning Post n’a pas été le seul à rapprocher les « alternative facts » créés par l’équipe de Donald Trump* et le discours officiel des autorités de Pékin. Ancien correspondant en Chine de la radio publique américaine NPR, Franck Langfitt souligne lui aussi l’étrange ressemblance (http://www.npr.org/sections/parallels/2017/01/25/511460917/for-journalists-whove-worked-in-china-new-white-house-tactics-seem-familiar) : pour contrer la presse étrangère, le gouvernement chinois a l’habitude d’émettre de « fausses allégations pour soutenir un autre récit ». Aux yeux de Langfitt, l’équipe du nouveau président américain semble imiter cette tactique chinoise qui consiste à « détourner l’attention, puis d’essayer de discréditer le corps de presse ».
Par Joana Hiu
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