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L'EDITO

Editorial : Xi Jinping prépare la riposte à Trump

Le président chinois Xi Jinping à la tribune du Forum économique mondial de Davos, le 17 janvier 2017. (Crédits : FABRICE COFFRINI / AFP)
Le président chinois Xi Jinping à la tribune du Forum économique mondial de Davos, le 17 janvier 2017. (Crédits : FABRICE COFFRINI / AFP)
Impossible d’ignorer l’habileté de Xi Jinping. Pour la première d’un président chinois au Forum de Davos, le numéro un du Parti communiste a parfaitement joué le jeu. En se présentant comme le protecteur paradoxal du libre-échange, il a lancé entre les lignes un avertissement à Donald Trump, trois jours avant son investiture à la Maison Blanche. La Chine prépare déjà les représailles en cas de guerre commerciale.
Quel beau champion de la globalisation ! En vedette américaine à Davos à la place du président des Etats-Unis, Xi Jinping a encore repoussé les limites de l’inversion des rôles. Jusqu’à l’élection de Donald Trump, l’Amérique d’Obama poursuivait sa « mission » libre-échangiste en Asie avec le Partenariat Transpacifique – désormais mort-né. Dans l’habit du menteur ingrat, la Chine était la cible des critiques américaines contre son marché intérieur en voie de fermeture aux entreprises étrangères. C’est ce que rappelle le sondage publié ce mercredi 18 janvier, au lendemain de Davos, par l’AmCham, la Chambre américaine de commerce en Chine. 80 % de ses membres se plaignent d’être toujours moins les bienvenus sur le marché chinois ces dernières années. Pessimistes, ils ne croient plus dans les promesses d’ouverture des autorités de Pékin. C’est donc peut-être d’un simple haussement d’épaules qu’ils ont accueilli le discours « historique » de Xi Jinping à Davos. La Chine offre une économie « grande ouverte », a vanté son président, avec le plus grand sérieux du monde.

Mais l’essentiel était dans la posture et Xi a parfaitement joué le jeu. Quelle douce revanche de faire la leçon au futur président américain, et d’être applaudi en Suisse par l’élite mondiale des grands décideurs ! « Poursuivre le protectionnisme, c’est comme s’enfermer dans une chambre obscure, a déclaré presque lyrique le président chinois. On est à l’abri du vent et de la pluie, mais aussi de l’air et de la lumière. » Or durant les années Obama, a voulu rappeler Xi, les relations sino-américaines ont certes dû « résister au vent et à la pluie, mais ont généralement continuer d’aller de l’avant ». Voilà le vrai sujet du discours : sous les bonnes paroles, Xi Jinping a voulu faire savoir à Trump qu’il était prêt à riposter en cas de guerre commerciale. Les taxes de 45 % sur toutes les importations chinoises ? L’accusation rendue officielle de « manipulation de devise » ? Les menaces du milliardaire qui prêtera serment ce 20 janvier au Capitol ne font pas peur au nouveau « timonier du libre-échange ».

D’ailleurs, les experts de l’AmCham ne s’y trompent pas. Selon le chef de son comité politique cité par le South China Morning Post, « la Chine prépare déjà des mesures pour répondre à d’éventuelles actions de la nouvelle administration [américaine]. (…) Par exemple, des taxes anti-dumping sur les drêches de distillerie sèches avec solubles, qui font partie des produits agricoles importés par la Chine. » Autres représailles possibles pour Pékin : réduire les exportations américaines sur le marché chinois dans l’aviation (choisir Air Bus plutôt que Boeing), dans l’automobile, les équipements mécaniques ou la high tech ; mais aussi coller des contrôles fiscaux sur le dos des compagnies américaines opérant en Chine ; ou encore se débarrasser massivement des bons du Trésor achetés aux Etats-Unis. L’ère du marchandage et du grand bluff a commencé.

Par Joris Zylberman
A propos de l'auteur
Joris Zylberman
Joris Zylberman est directeur de la publication et rédacteur en chef d'Asialyst. Ancien correspondant à Pékin et Shanghai pour RFI et France 24, cofondateur de la société de production Actuasia, écrit, réalise et produit des reportages sur la Chine depuis 9 ans. Il est co-auteur des Nouveaux Communistes chinois (Armand Colin, 2012) et co-réalisateur du documentaire “La Chine et nous : 50 ans de passion” (France 3, 2013).