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Editorial

Editorial : En 2017, l'Asie dans le brouillard

Un homme portant un masque se promène dans un parc à Pékin, le 20 Décembre 2016. (Crédit : WANG ZHAO / AFP).
Un homme portant un masque se promène dans un parc à Pékin, le 20 Décembre 2016. (Crédit : WANG ZHAO / AFP).
De Pékin à New Delhi, la première chose qu’on voit ces derniers jours en sortant dans la rue, c’est le smog. Ce brouillard pollué qui dans la capitale indienne comme dans la chinoise persiste et fait s’envoler toujours plus haut les mauvais indices de la qualité de l’air. Ce smog pourrait bien être la métaphore de ce début d’année : l’Asie, ses dirigeants, son économie et ses peuples, semblent naviguer à l’aveugle et respirer difficilement. Première raison, bien sûr : l’incertaine stratégie asiatique de la future administration Trump.
Le 20 janvier prochain, le nouveau président américain prêtera serment sur les marches du Capitole à Washington. Alors certes, les contours de son équipe sont désormais plus clairs mais le message pour l’Asie n’est guère parfumé. La Chine a par exemple éternué en apprenant le choix du très protectionniste Peter Navarro comme principal conseiller commercial du futur 45ème président des États-Unis. Nombre d’éditorialistes prédisent un discours d’investiture aux accents reaganiens et Trump leur a donné raison. Ce qui signifie une géopolitique fondée sur la recherche de la paix en montrant les muscles (Peace through strength).

Mais au-delà des nominations à la Maison Blanche, des promesses de discours ou des tweets à 1 heure du matin, quels seront les actes de la nouvelle Amérique en Asie ? Comment va-t-elle protéger sa présence navale et commerciale dans l’explosive mer de Chine du Sud ? Comment va-t-elle gérer la crise coréenne ? Laissera-t-elle vraiment la régionalisation économique de l’Asie aux mains de la Chine ? Trump a promis de sortir immédiatement du Partenariat Transpacifique voulu par Obama. Et après ? On le dit moins idéologue que pragmatique. L’Asie attend fiévreusement.

En parallèle, le brouillard n’est pas moins épais au niveau de chaque pays. Quelques exemples non exhaustifs. En Thaïlande, la junte au pouvoir vient de repousser une nouvelle fois ce lundi 2 janvier les élections générales. En Corée du Sud, qui peut prévoir avec certitude l’issue du processus de destitution de la présidente ? Alors que les arrestations se multiplient dans l’entourage de sa confidente, Park Geun-hye rejette toutes les accusations de corruption qui pèsent sur elles et se battra jusqu’au bout. En Inde, le Premier ministre Narendra Modi n’a pas encore obtenu le succès promis de sa campagne soudaine de démonétisation des billets de 500 et 1000 roupies pour lutter contre l’argent sale. De plus, rien ne dit que les relations avec le frère-ennemi pakistanais ne s’apaiseront après une année 2016 particulièrement violente au Cachemire. Enfin, que penser de la politique jusqu’au-boutiste tant de Kim Jung-un que de Rodrigo Duterte qui attendent, chacun à leur manière, l’arrivée de la nouvelle administration américaine.

Ce brouillard d’incertitudes justifie toujours plus l’existence d’Asialyst. Nous accompagnerons avec encore davantage de recul cette observation globale des mutations asiatiques.
Toute notre équipe vous souhaite une belle et heureuse année !

Asialystement vôtre !

Joris Zylberman
A propos de l'auteur
Joris Zylberman
Joris Zylberman est directeur de la publication et rédacteur en chef d'Asialyst. Ancien correspondant à Pékin et Shanghai pour RFI et France 24, cofondateur de la société de production Actuasia, écrit, réalise et produit des reportages sur la Chine depuis 9 ans. Il est co-auteur des Nouveaux Communistes chinois (Armand Colin, 2012) et co-réalisateur du documentaire “La Chine et nous : 50 ans de passion” (France 3, 2013).