Société
L'Asie du Nord-Est dans la presse

Corée du Sud : pendant le naufrage du Sewol, la présidente Park était chez le coiffeur

La présidente sud-coréenne Park Geun-hye en réunion. Copie d'écran du site Hankyoreh le 7 décembre 2016.
La présidente sud-coréenne Park Geun-hye en réunion. Copie d'écran du site Hankyoreh le 7 décembre 2016.
Le drame a bouleversé la Corée du Sud tout entière. Le 16 avril 2014, le Sewol fait naufrage au sud-ouest du pays. La coque retournée du ferry est avalée par la mer sous le regard des caméras qui filment en direct la tragédie. Plus de 300 passagers, pour la plupart des lycéens en voyage scolaire, vont disparaitre dans les eaux froides de l’île de Jindo. Que faisait la présidente Park Geun-hye pendant ce drame terrible ? Le quotidien sud-coréen Hankyoreh a un début de réponse : Elle était chez le coiffeur.
Voilà deux ans que les parents des très jeunes victimes du Sewol se battent pour connaître cette vérité. Manifestations, grève de la faim, tournée à l’étranger, les familles désemparées cherchent à savoir ce qu’a fabriqué la présidente Park Geun-hye pendant les 7 heures où les lycéens auraient peut-être pu être sauvés. Des documentaristes, des journalistes indépendants travaillent sur le sujet depuis des mois. Le Hankyoreh a lui aussi mené son enquête.

Le quotidien progressiste a retrouvé un certain monsieur ou madame Jeong. Nous garderons par commodité le masculin dans ces lignes, sachant que sans le prénom il est difficile de connaitre le genre d’une personne en coréen. Jeong est le patron d’un célèbre salon de coiffure de l’arrondissement de Gangnam à Séoul – eh oui, le même que dans la chanson éponyme-. L’établissement est situé précisément dans le quartier de Chongdam et il attire une clientèle huppée, voir plus que ça. La preuve… Vers midi le 16 avril 2014, le téléphone sonne ! C’est le palais présidentiel au bout du fil : « Venez vite, la présidente a besoin de se faire coiffer ! »

Ce jour-là, il y avait beaucoup de réservations, nous les avons toutes annulées se souvient le patron qui prend son matériel et file à Cheongwadae, la Maison Bleue comme disent les Coréens, l’équivalent de la Maison Blanche aux Etats-Unis. Jeong met une heure pour rejoindre le palais présidentiel dans le nord de Séoul. Il franchit l’entrée à 13 heures ; au même moment dans le sud-ouest de la péninsule, la police maritime arrive près du navire en train de couler. Selon le Hankyoreh, la séance va durer 90 minutes. La présidente réclamant un chignon qui lui rappelle celui de sa mère, un comble quand on a les cheveux courts.

Après dix rendez-vous, le patron du salon de coiffure a fini par bien vouloir raconter les faits, rapportent les journalistes du Hankyoreh. Pendant des mois, ce dernier s’y était refusé. Il faut dire que la situation a changé. Plus de deux millions de personnes ont encore manifesté dans les grandes villes de Corée du Sud le week-end dernier pour réclamer le départ de la chef de l’Etat. Engluée dans un scandale politico-financier sans précédent, Park Geun-hye est menacée d’une procédure de destitution ce vendredi lors d’un vote à l’assemblée. Cette séquence coiffure et maquillage ne devrait pas aider à renforcer sa cote auprès de l’opinion.

Le Hankyoreh a vérifié l’agenda présidentiel. Il est 15 heures ce 16 avril 2014. Une fois coiffée, la présidente indique qu’elle va se rendre au poste de secours. A 17 heures, la voilà à l’écran. Les caméras de télévision la filment en train de parler avec les responsables de la sécurité civile. Ce qui donne lieu a une séquence très… « Marie-Antoinette ». La chef de l’état se demandant fort naïvement « pourquoi on ne peut pas sauver les passagers, si ces derniers portent des gilets de sauvetage ? » La plupart des victimes sont alors coincées dans la coque du ferry qui deviendra leur cercueil.

Contacté par le journal, les services de la présidence ont démenti partiellement l’information. Selon la Maison Bleue, le patron du salon de coiffure qui dispose d’un badge d’accès, serait arrivé à Cheongwadae à 15h20 et n’y serait resté que 20 minutes. Le Hankyoreh maintient que la séance a bien duré une heure et demie. Un témoin raconte encore au journal que la présidente n’apparait jamais en public sans voir son coiffeur. Le quotidien en déduit que la chef de l’état « n’a rien fait » pendant cette matinée tragique, sachant que Jeong a été contacté à midi. « On sait désormais ce que faisait Park Geun-hye pendant ces 90 minutes », poursuit le Hankyoreh. Pour le reste des « 7 heures », le journal poursuit son enquête, sans pour l’instant confirmer les rumeurs évoquant un passage par une clinique de chirurgie esthétique.

Par Stéphane Lagarde
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