Politique

Corée du Sud : démissionnera-t-elle ? La stratégie de Park Geun-hye

La présidente sud-coréenne Park Geun-hye lors d'un discours à l'Assemblée nationale à Séoul le 16 février 2016 (PHOTO : REUTERS). Copie d'écran du Straits Times le 6 décembre 2016.
La présidente sud-coréenne Park Geun-hye lors d'un discours à l'Assemblée nationale à Séoul le 16 février 2016 (PHOTO : REUTERS). Copie d'écran du Straits Times le 6 décembre 2016.
L’art de gagner du temps. C’est à nouveau ce à quoi la présidente sud-coréenne Park Geun-hye s’est employée ce mardi 6 décembre en recevant les leaders du parti au pouvoir, le Saenuri. Elle s’est montrée pleine d’excuses et de disponibilité pour une procédure de destitution qui doit être votée ce vendredi 9 décembre à l’Assemblée. Elle attendra, dit-elle, le verdict de la Cour Constitutionnelle. A bien lire le récit de ses déclarations, Park Geun-hye ne quittera pas la présidence de son propre chef. Elle fera même tout pour rester.
Elle acceptera « dans le calme » la décision de l’Assemblée nationale. C’est l’expression utilisée par Park Geun-hye, selon le Korea Times qui citait les propos de Lee Jung-hyun, le président du Saenuri. Le chef du parti au pouvoir a été reçu ce mardi par la présidente, accompagné du chef du groupe Saenuri à l’Assemblée, Chung Jin-suk. Tout est dans les termes choisis et rapportés au cours de leur entretien de 55 minutes à la Maison Bleue. Park a ainsi déclaré qu’elle attendrait les délibérations de la Cour Constitutionnelle si la motion de destitution était votée ce vendredi au parlement, et qu’elle ferait « tout ce qui est nécessaire » dans l’intervalle. « Même si la destitution est votée, je suis résolue à poursuivre ma tâche calmement pour le pays et le peuple, en observant la procédure de la Cour Constitutionnelle », a confié la présidente aux deux leaders de son parti.

Quid de la perspective de démissionner en avril ? C’est une solution qui arrangerait bien le Saenuri, avide de garder la face en évitant ce vote humiliant pour le premier impeachment de la Corée démocratique. Cela permettrait alors d’organiser sereinement des élections anticipées au mois de juin. La présidente « acceptera » un appel éventuel de la majorité à quitter ainsi le pouvoir, rapporte Chung Jin-suk. Ce serait même sa solution « préférée », ajoute Lee Jung-hyun. Vraiment ? Park n’ignore pas que cette possibilité est désormais trop risquée politiquement. Le Saenuri voulait en faire sa position officielle, mais il a dû l’abandonner après le dernier rassemblement massif de millions de Sud-Coréens dans les rues du pays, ce samedi 3 décembre. Les manifestants veulent soit la démission immédiate de Park, soit la destitution votée par l’Assemblée nationale, rappelle le Korea Times. Et certainement pas une démission différée par le Saenuri, qu’ils accusent de vouloir aider Park à gagner du temps.

Du côté de la présidence, l’entretien d’aujourd’hui a encore montré qu’elle refusait de se retirer sans tarder. Mais que veut donc la chef de l’Etat ? La destitution a de fortes chances d’être votée ce vendredi à l’Assemblée dans la mesure où un groupe de 40 députés « frondeurs » du Saenuri ont déclaré qu’ils s’ajouteraient au 172 parlementaires de l’opposition. Soit largement assez pour que la motion passe – il faut en effet les deux tiers de l’hémicycle qui compte 300 sièges. Or de nombreux observateurs sont persuadés que la présidente ne se laissera pas faire. « Elle se battra très dur pour faire casser la [motion de destitution] à la Cour Constitutionnelle, confie au Straits Times Rhee Jong-hoon, un commentateur politique au cabinet de conseil iGM. Et si la motion est cassée ? Elle restera au pouvoir jusqu’à la fin de son mandat [fin février 2018, NDLR]. Rien n’a plus d’importance une fois que la Cour Constitutionnel a retoqué le vote de destitution. » La Cour peut prendre jusqu’à 6 mois pour rendre son verdict. Il n’a fallu que 63 jours à l’ancien président Roh Moo-hyun pour faire casser une motion de destitution contre lui en 2004, rappelle l’agence Yonhap. Le même objectif pour Park Geun-hye ?

Par Joris Zylberman, avec Juliette Morillot
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