Economie
L'Asie sur RFI

Inde : Une startup propose de faire la queue au guichet à votre place

Indiens montrant des coupures de 500 et 1000 roupies dans une file d’attente devant la State Bank of India le 10 novembre 2016, à Kolkatan en Inde. Crédits : Nur Photo AFP / Debajyoti Chakraborty)
En Inde, le retrait du jour au lendemain des coupures de 500 et 1000 roupies (7 et 14 euros) de la circulation rend la vie difficile à une grande partie de la population indienne. La pénurie d’argent liquide a entraîné une ruée vers les banques, devant lesquelles de longues files d’attentes se forment chaque jour depuis le 9 novembre rapporte l’un des correspondants de RFI en Inde. Une startup basée à New Delhi a réussi à tirer parti de cette de crise. Sur son site Internet ou via son application, Bookmychotu propose de louer les services d’un individu qui fera la queue à votre place, jusqu’à ce que ce soit votre tour au guichet.
La démarche est simple : en allant sur le site bookmychotu.com, l’utilisateur laisse ses coordonnées puis remplit un formulaire en ligne. Il peut choisir le nombre de personnes qu’il souhaite embaucher, ainsi que le nombre d’heures pour lesquelles il a besoin de leurs services. Les tarifs sont de 90 roupies, soit 1,24 euro par heure et diminuent à mesure que le nombre d’heures augmente. Sur le site, on peut louer les services d’un assistant jusqu’à huit heures par jour, pour un peu plus de 7,50 euros. La personne fera donc la queue pour vous et vous prendrez sa place lorsque votre tour au guichet approche.
Bookmychotu n’opère pour l’instant qu’à Delhi et sa banlieue, mais existait déjà avant la démonétisation soudaine des grosses coupures au début du mois. Le site web propose du personnel pour l’organisation de fêtes, pour aller faire les courses ou encore pour les déménagements. Mais c’est ce service particulier, de faire la queue à la place du client devant la banque, qui l’a fait connaître en Inde, notamment avec de nombreuses pubs sur Facebook.

Inventivité et improvisation

Les réactions à ce nouveau service sont contrastées. Certains internautes y voient un exemple typique de l’inventivité et de l’improvisation indienne face aux difficultés. Il faut rappeler qu’on ne peut pour l’instant retirer que 2 500 roupies aux distributeurs, qui, pour beaucoup ne sont pas encore calibrés pour recevoir les nouveaux billets, et qu’on ne peut échanger que 4 000 roupies d’anciennes coupure à la fois. C’est un réel souci pour les millions d’Indiens dont l’activité ne permet pas d’attendre des heures à la banque.
Mais Bookmychotu a également reçu sa part de critiques. Certains internautes ont dénoncé le renforcement des privilèges de ceux qui peuvent se permettre de payer. Le nom de l’application en a également choqué plus d’un. Le terme chotu, qui signifie « garçon » en hindi, est généralement réservé aux jeunes qui servent de petites mains en Inde, souvent des mineurs par ailleurs. C’est un terme courant mais qui reste tout de même un peu condescendant, surtout pour s’adresser à un adulte. Et c’est le cas de Bookmychotu, qui assure que tous ses employés sont bien majeurs.

Crainte d’être repéré par le fisc

Face aux manque de liquidités, d’autres initiatives ont vu le jour en Inde. Certaines personnes entreprenantes louent aujourd’hui leur compte bancaire aux riches, avant de leur rendre l’argent en échange d’une commission. De nombreux Indiens craignent en effet d’être repérés par le fisc s’ils déposent des sommes importantes d’argent liquide à la banque. Mais les gens qui ont un compte dont la solde ne dépasse pas les 3500 euros environ ne risquent pas d’être inquiétés et peuvent donc déposer à la place d’un autre.

Google a également lancé, la semaine dernière, une fonctionnalité sur son application Maps permettant de vérifier l’affluence d’un lieu en temps réel, et le temps estimé d’attente. Elle sera sans nul doute un outil précieux en Inde dans les semaines, voire les mois qui viennent.

Par Antoine Guinard (RFI)
A propos de l'auteur
Radio France Internationale
Radio française d’actualité, Radio France Internationale est diffusée mondialement en français et en 12 langues étrangères, en FM via 156 relais répartis dans 62 pays, en ondes moyennes, en ondes courtes, sur une trentaine de satellites couvrant les cinq continents, sur Internet et applications connectées, et compte 700 radios partenaires qui reprennent ses programmes dans plus de 1250 villes. Grâce à l’expertise de ses rédactions basées à Paris et de son réseau unique de 400 correspondants, RFI propose à ses auditeurs des rendez-vous d’information et des magazines offrant les clés de compréhension du monde et notamment sur l’Asie. La radio mondiale réunit chaque semaine 34,5 millions d’auditeurs et son offre nouveaux médias enregistre 8 millions de visites chaque mois.