Revue de presse Asie - 31 octobre 2016

Excuses de la confidente sud-coréenne, Najib Razak à Pékin et opposition pakistanaise

Choi Soon-sil, la "confidente" de la présidente sud-coréenne Park Geun-hye, à l'approche du bureau du parquet central du district de Séoul. (Crédits : Korea Times / photo Choi Won-suk). Copie d'écran du Korea Times, le 31 octobre 2016.
Choi Soon-sil, la "confidente" de la présidente sud-coréenne Park Geun-hye, à l'approche du bureau du parquet central du district de Séoul. (Crédits : Korea Times / photo Choi Won-suk). Copie d'écran du Korea Times, le 31 octobre 2016.

Asie du Nord-Est

Korea Times – Le « scandale de la confidente » de la présidente sud-coréen Park Geun-hye n’en finit plus d’agiter la scène politique de la péninsule. C’est aujourd’hui, lundi 31 octobre, au tour de celle par qui le scandale est né, Choi Soon-sil, de réagir. Cette dernière s’est rendue ce matin au parquet central du district de Séoul suite à son retour hier, dimanche 30 octobre, de son séjour en Europe. Elle était attendue dans le bureau du parquet afin de répondre à des questions concernant « les allégations d’ingérence dans les affaires de l’Etat et de trafic d’influence. » A cette occasion, la sexagénaire Madame Choi s’est exprimée devant la foule de journalistes présents. « Je suis désolé », a-t-elle dit, avant d’ajouter « j’ai commis un crime passible de la peine capitale ».

Choi Soon-sil est soupçonnée de trafic d’influence autour d’activités suspectes de collectes de fonds pour deux fondations : K-Sport et Mir, ainsi que d’ingérence dans les affaires de l’Etat puisqu’elle aurait reçue plus 200 documents confidentiels de la part de la locataire de la Maison bleue (le siège du gouvernement coréen). Elle n’est pourtant ni fonctionnaire ni membre de l’administration, comme le rappelle le quotidien singapourien Straits Times, qui n’hésite pas à la qualifier de « Raspoutine au féminin ».

South China Morning Post – Les équipements militaires chinois s’exposent dans l’espoir de conquérir le monde. Le salon aéronautique annuel de Zhuhai (dans la province méridionale du Guangdong) va ouvrir ses portes demain mardi 1er novembre pour six jours : il présentera de nombreuses nouvelles armes Made in China à de potentiels acheteurs asiatiques ou africains. L’occasion pour le quotidien hongkongais de revenir longuement sur la production militaire chinoise.

Avec plus de 700 exposants venus de plus de 42 pays – dont 400 venus du seul continent chinois, le salon de Zhuhai présentera plus de 900 nouveaux modèles d’armement chinois. Et alors que les experts notent que la qualité des marchandises de Chine s’est fortement appréciée ces dernières années, les producteurs du pays luttent toujours pour s’imposer au plus haut niveau dans un marché fortement dominé par les Américains et les Russes.

Pour Jonathan Holslag, directeur de recherche à l’Institut bruxellois des études chinoises contemporaines, les difficultés financières des pays acheteurs jouent à plein lors de l’acquisition de nouveaux équipements militaires : « Il y a une concurrence féroce et de très nombreux pays sont prêts à faire des offres à des prix cassés. » Mais ce n’est pas le seul écueil, poursuit le chercheur : « La vente d’équipements militaires est conditionnée à des services d’entretien et de formation et dans ce domaine, la Chine a encore un long chemin à parcourir. »

Egalement, comme le rappelle le South China Morning Post, les producteurs chinois devraient avoir de grandes difficultés à réaliser des ventes du fait des échecs récents de leurs produits. Ainsi, en septembre dernier, lors d’un exercice en mer de Java auquel assistait le président indonésien en personne, des missiles antinavires C-705 d’origine chinoise n’avaient pas réussi à atteindre leurs cibles. Les autorités indonésiennes ayant acheté les licences de ce missile, destiné à être produit localement en 2017 ou en 2018, cet échec « pourrait avoir à court terme un impact négatif sur les ventes internationales d’armes fabriquées en Chine », selon des experts militaires chinois cités par le quotidien hongkongais.

Ainsi, d’après Zhou Chenming, chercheur à l’institut d’études stratégiques et de défense Knowfar dans la province du Jiangsu, « de nombreux pays africains ou asiatiques décident d’acheter des armes à la Russie ou aux Etats-Unis en raison des garanties de sécurité, garanties que la Chine est à ce jour incapable de donner ». Cet avis est partagé par Rajeev Ranjan Chaturvedy, professeur associé à l’Institut d’études sud-asiatiques de l’Université nationale de Singapour : « L’industrie militaire chinoise s’est agrandie sans pour autant que la qualité des produits soit devenue meilleure. » Mais la qualité des produits ne fait pas tout, ajoute-t-il :« Les principaux acheteurs d’armes manquent de confiance politique dans le gouvernement chinois. »

Aujourd’hui, plus de deux tiers des pays africains utilisent des armes fabriquées en Chine ; mais pour autant, la part du pays dans les exportations mondiales n’est que 5,9 % pour la période 2011-2015 selon les derniers chiffres de l’institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), très loin derrière les Etats-Unis et la Russie – les deux géants du secteur. Selon ce rapport, la Chine a armé 37 pays entre 2011 et 2015 mais 75 % de ces exportations sont au profit de pays d’Asie du Sud ou d’Océanie avec dans l’ordre : le Pakistan (35 %), le Bangladesh (20 %) et enfin la Birmanie (16 %).

The Mainichi – Pikachu et ses amis digitaux ont-ils fait leur première victime ? Emprisonné pour avoir voulu capturer des Pokémon au travers de l’application « Pokémon Go » alors qu’il était au volant, Keiji Goo a été condamné ce lundi 31 octobre à 14 mois de prison ferme pour « négligence ayant entrainée la mort ». Le chauffeur avait provoqué un accident ayant tué une femme de 72 ans et les blessures d’une autre le 23 août dernier. Au moment de l’accident, le prévenu âgé de 39 ans, selon les mots du juge repris in extenso par le journal nippon, « conduisait tout en regardant son écran de smartphone et sa négligence est extrêmement grave ».

Asie du Sud-Est

Malaysiakini – C’est une bonne période pour la Chine avec les pays de l’ASEAN. Après la visite du président philippin en « séparation » avec les Etats-Unis, c’est au tour du Premier ministre malaisien de se rendre à Pékin. Najib Razak est arrivé ce lundi 31 octobre dans la capitale chinoise, pour une visite officielle de 6 jours. Objectif : renforcer les relations entre les deux pays. Cette expression banalement diplomatique prend tout son sens dans le contexte actuel : ce n’est pas franchement la lune de miel en ce moment entre Washington et Kuala Lumpur. En cause : l’enquête diligentée par le département américain de la Justice sur le scandale du fonds étatique d’investissement 1MDB, impliquant Najib lui-même, accusé d’avoir détourné 700 millions de dollars sur son compte personnel. La Chine va donc en profiter pour accroître son influence sur la Malaisie sur plusieurs terrains, analyse le South China Morning Post. A commencer par le militaire : les deux pays seraient proches de signer un premier contrat de ventes d’armes avec la fourniture de navire patrouilleurs chinois à la Malaisie.

Par ailleurs, Najib a un besoin vital de la Chine en matière financière : c’est aussi grâce à l’achat par Pékin d’actifs du fonds 1MDB pour 2,3 milliards de dollars que le chef du gouvernement a pu maintenir son pouvoir et espérer sortir du pétrin financier. Les Chinois ont aussi massivement investi dans les infrastructures : 7,3 milliards de dollars dans un contrat sur le port de Malacca, 348 millions dans l’industrie manufacturière malaisienne et ce n’est sans doute qu’un début. La Chine est sur le point d’emporter la construction du TGV entre la Malaisie et Singapour. L’effort d’investissement chinois doit permettre d’obtenir le soutien de Kuala Lumpur sur le contentieux en mer de Chine du Sud. la Malaisie, qui fait partie des Etats parties prenantes au conflit, est pour le moment restée silencieuse face à la politique « assertive » de Pékin, qui revendique 90% de la zone.

A Pékin, Najib sera reçu ce jeudi 3 novembre par le président Xi Jinping. Le Premier ministre malaisien veillera aussi avec son homologue chinois Li Keqiang à la signature de plus de 10 accords entre les deux Etats en matière de défense, d’économie, d’agriculture, d’éducation, de finance et de construction. La Chine est devenu en 2009 le premier partenaire commercial de la Malaisie, qui est elle-même son 8ème partenaire commercial dans le monde et surtout son principal parmi les 10 pays de l’ASEAN. Selon les chiffres officiels chinois cités par Malaysiakini, le commerce bilatéral s’élevait à 97,3 milliards de dollars en 2015.

The Philippine Star – Le récent voyage de Duterte à Pékin semble avoir porté ses premiers fruits. La Chine laisse désormais les pêcheurs philippins opérer près du récif de Scarborough « sans les maltraiter » pour la première fois depuis plusieurs années, ont déclaré Delfin Lorenzana, secrétaire philippin à la Défence, et Hermogenes Esperon Jr., conseiller du président philippin pour la sécurité nationale. « Voilà un développement fort bienvenu », ont souligné les deux responsables. Les Chinois ont autorisé l’accès à la suite de la rencontre de Rodrigo Duterte avec le numéro un chinois Xi Jinping le 20 octobre dernier. Il s’agit d’un « arrangement à l’amiable » et non pas d’un accord écrit, a tenu à préciser Esperon. De retour de Pékin, le président Duterte avait déclaré que les négociations étaient loin d’être terminées, qu’il avait dit à Xi Jinping que Scarborough appartenait aux Philippines, et que le président chinois avait maintenu les revendications de son pays.

Cependant, la Chine, qui depuis 2012 a pris le contrôle de ce récif n’a pas retiré ses navires. Selon un rapport d’un avion de surveillance philippin, au moins 4 bateaux de gardes-côtes chinois stationnent toujours autour de Scarbourough. Nul ne sait combien de temps la Chine autorisera les pêcheurs philippins dans la zone, ni si cette autorisation a été assortie de conditions particulières.

The Jakarta Post – Les élections du gouverneur de Djakarta sont-elles un révélateur des tensions religieuses et ethniques en Indonésie ? Vendredi 4 novembre se prépare une grande manifestation dans la capitale à l’appel d’organisations islamiques. Et cela rend les autorités fortement nerveuses, au point de cafouiller sur la communication. Ce lundi 31 octobre, Awi Sutiyono, porte-parole de la police de Djakarta, a dû démentir un ordre de « tirer à vue » sur les manifestants. « Il n’y a jamais eu un tel ordre, a précisé le porte-parole. Le chef de la police nationale a interdit aux officiers de porter des armes à feu pour sécuriser la manifestation. »

Des milliers de personnes étaient déjà descendues dans les rues de Djakarta le 14 octobre dernier pour demander l’ouverture d’une enquête de police sur les accusations de blasphème sur le Coran contre l’actuel gouverneur de la capitale Basuki « Ahok » Tjahaja Purnama, qui se présente à nouveau. La manifestation du 4 novembre aura le même mot d’ordre. Son oganisateur principal, le Front des Défenseurs de l’Islam, est un petit groupe islamique radical connu pour ses manifestations violentes et ses attaques contre les minorités, depuis sa création en 1999. « Ahok », quant à lui, est à la fois de confession catholique et le premier Indonésien d’ethnie chinoise à occuper ce poste de gouverneur, qui sert souvent de tremplin vers des responsabilités nationales. Le président Joko Widodo est lui-même un ancien gouverneur de Djakarta et il soutient « Ahok », qui reste en tête des sondages pour cette élection prévue le 15 février prochain.

Asie du Sud

Dawn – L’étau se resserre sur l’opposition politique à Nawaz Sharif. Le chef du PTI (Pakistan Tehreek-i-Insaf), Imran Khan, avait appelé à une grande marche sur Islamabad afin d’en bloquer les accès routiers principaux et d’empêcher les batîments officiels de fonctionner. Le PTI appelle à la fois à la démission du Premier ministre Nawaz Sharif, empêtré dans le scandale d’évasion fiscale des « Panama Papers », et à la libération de certains de ses militants arrêtés par la police. Ce lundi 31 octobre, la Haute Cour de Justice d’Islamabad a interdit le « blocus » prévu par l’opposition et ordonné le cantonnement de la manifestation dans une zone près de l’espace de défilé au centre de la capitale. Khan est également sous le coup d’un mandat d’arrêt et sommé de se présenter au tribunal ; ce qu’il refuse toujours de faire.

Afin d’empêcher les militants de grossir les rangs de la marche sur Islamabad, les autorités de Lahore, au nord-est du pays, ont mené des arrestations massives au sein des différents partis de l’opposition, rapporte Dawn dans un autre article. Outre le PTI, le PAT (Pakistan Awami Tehreek) et le PML-Quaid étaient visés. La plupart des ponts sur les fleuves Chenab, Sutlej et Indus, ont été bloqués à l’aide de conteneurs. Des centaines d’activistes des trois parties ont été mis en détention du 30 octobre au 8 novembre par le gouvernement du Pendjab, pour violation de la section 144 sur les rassemblements illégaux.

Indian Express – L’évasion n’aura pas durer longtemps. Ce lundi 31 octobre au matin, huit membres du Mouvement des Etudiants islamiques d’Inde (Students of Islamic Movement of India – SIMI) se sont échappés de la prison centrale de Bhopal, égorgeant d’abord un officier en chef avant de s’enfuir par le mur de la prison à l’aide d’une corde faite en draps de lit. Quelques heures plus tard, la police de Bhopal a localisé les huit évadés au village d’Eintkhedi. « Ils ont tiré sur nous et nous les avons tous tués dans la fusillade, » a déclaré l’inspecteur général Yogesh Chaudhary.

La plupart des militants du SIMI en procès dans l’Etat du Madhya Pradesh sont transférés à la prison centrale de Bhopal, considérée comme la plus sûre de la région. Cette cavale intervient trois ans après une précédente évasion à Khandwa de sept membres de cette organisation fondamentaliste radicale créée en 1977 dans l’Uttar Pradesh, et depuis interdite par les autorités indiennes.

Times of India – L’enjeu était d’éviter la mort de milliers de personnes englouties par une crue dévastatrice. Les autorités népalaises ont vidé avec succès une partie du lac glacial géant d’Imja Tsho près du Mont Everest, a déclaré le gouvernement ce lundi 31 octobre. Ce type de lac est créé par la fonte des glaciers himalayens due au changement climatique. Celui d’Imja Tsho, situé à 5 010 m d’altitude et à tout juste 10 km des points les plus élevés du toit du monde, est le lac glacial à l’expansion la plus rapide au Népal.

Les opérations de vidage ont commencé il y a 6 mois en coopération avec l’ONU, après que le séisme d’avril 2015 eut soulevé les craintes de crues désastreuses. Le lac, profond de près de 150 m, a vu son niveau diminuer de 3,5 m, après le drainage de 5 millions de mètres cubes d’eau. Une équipe de 40 militaires népalais et d’une centaine de travailleurs habitués à l’altitude poursuit l’opération depuis avril, acheminant l’équipement par avion ou à dos de yaks. « Un tunnel de 45 m de long a été construit pour évacuer l’eau du lac en aval, a déclaré le lieutenant colonel Bharat Lal Shrestha, chef de l’équipe. Nous avons aussi installé un pont mécanique pour contrôler le déversement. »

Par Joris Zylberman et Antoine Richard, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris