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Témoin - Siau-Lian-Liang, être jeune à Taïwan

A Taïwan, des voix pour les animaux

La chanteuse Li Te-yun rejointe par le chanteur Chen Yonlon (陳永龍) lors d'un concert au profit des animaux abandonnés.
La chanteuse Li Te-yun rejointe par le chanteur Chen Yonlon (陳永龍) lors d'un concert au profit des animaux abandonnés. (Crédit : Homey's Café).
« Les animaux de compagnie font partie de la famille », dit Della en accueillant la trentaine de personnes venus assister au concert. Pour la troisième année, Homey’s Café, un petit établissement branché situé au premier étage d’un vieil immeuble du centre de Taïpei, organise chaque week-end de septembre des concerts au profit de l’adoption des animaux errants.
Après le groupe Astro Bunny et le chanteur Eli Hsieh (謝震廷), révélation de l’année aux derniers Golden Melody Awards (l’équivalent taïwanais des Victoires de la musique), et une semaine avant la star Lala Hsu (徐佳瑩), c’est au tour Li Te-yun (李德筠), jeune chanteuse de 30 ans et auteur d’un prometteur premier album, de se produire bénévolement pour la cause animale. La recette du jour ira à Dog Home, une association de protection animale qui, depuis 2006, a porté secours à près de 8 000 chiens et chats à Taïwan.
« J’ai deux chats mais je ne les ai pas achetés, explique Li Te-yun entre deux chansons. Le premier était un chat errant et le second est issu d’une portée d’une chatte recueillie par une amie.
« Il faut prendre soin des personnes, mais aussi des animaux, dit le patron du café. L’objectif de ces concerts est de récolter des fonds, mais aussi de faire prendre conscience aux Taïwanais qu’il vaut mieux adopter un animal domestique abandonné que d’en acheter un dans une animalerie. La cause est populaire à Taïwan, où on ne compte plus les cafés « pets friendly » et les auberges et maisons d’hôtes peuplées de chats ou de chiens.

Il faut dire que l’engouement des Taïwanais pour les animaux domestiques ne se dément pas. Selon le ministère de l’Agriculture, Taïwan comptait en 2015 plus de 2,3 millions d’animaux domestiques, un nombre qui a doublé en dix ans. Une famille sur trois possède désormais au moins un animal domestique. Au cours des cinq dernières années, le nombre de chats a augmenté de 91% (on en compte environ 580 000), alors que celui des chiens a « seulement » crû de 40% pendant la même période.

Les recettes des concerts organisés dans le café vont à des associations de protection animale.
Les recettes des concerts organisés dans le café vont à des associations de protection animale. (Crédit : Homey's Café).
Les animaux sont généralement aux petits soins. Une banque du sang pour chiens et chats vient ainsi d’être lancée à Pingtung, dans le sud de l’île. Et ce sont chaque année au moins 20 milliards de dollars taïwanais (plus de 560 millions d’euros) qui sont consacrés par les Taïwanais à leurs animaux domestiques, toujours selon le ministère de l’Agriculture. Qui plus est, quand des maltraitances sont révélées, les réactions sont vives, comme cette année sur le campus de l’Université nationale de Taïwan, à Taïpei, lorsqu’un étudiant originaire de Macao a, par deux fois, tué des chats errants (l’étudiant a finalement été exclu).

Revers de la médaille : les abandons d’animaux domestiques sont toujours très nombreux et c’est pourquoi les associations se mobilisent. Comme de nombreux autres établissements, Homey’s Café affiche près du comptoir la bannière du documentaire « Twelve Nights » (十二夜), produit par Giddens Ko (九把刀). Sorti en 2013, le film a été au cœur d’une grande campagne contre ce phénomène et a convaincu des jeunes de rejoindre les rangs d’associations de protection animale.

"N'achetez pas d'animaux domestiques. Adoptez-les" : le slogan du film "Twelve Nights" est repris par les associations de protection animale.
"N'achetez pas d'animaux domestiques. Adoptez-les" : le slogan du film "Twelve Nights" est repris par les associations de protection animale. (Crédit : Homey's Café).
L’attention portée aux animaux domestiques par de nombreux Taïwanais, et en particulier par une jeunesse prompte à se mobiliser, n’est pas non plus passée inaperçue des formations politiques. Contrairement peut-être à d’autres pays, manifester publiquement de l’affection pour un animal domestique n’est pas un geste politique considéré comme marginal : pendant sa campagne présidentielle, Tsai Ing-wen (蔡英文) a ainsi mis au premier plan ses deux chats Think Think (想想), adopté en 2012, et Ah Tsai (阿才).
Et depuis le mois de juillet, le pays compte même un parti politique entièrement dédié à la protection animale. Fondé avec l’appui de religieux bouddhistes, il est dirigé par une jeune femme, Hua Peichun (華珮君), et a aussitôt reçu le soutien de partis importants, preuve que le sujet compte.
A propos de l'auteur
Pierre-Yves Baubry
Après avoir travaillé en France et en Chine dans le domaine de la communication et des médias, Pierre-Yves Baubry a rejoint en 2008 l’équipe de rédaction des publications en langue française du ministère taïwanais des Affaires étrangères, à Taipei. En mars 2013, il a créé le site internet Lettres de Taïwan, consacré à la présentation de Taïwan à travers sa littérature.