Revue de presse Asie - 8 juillet 2016

Duterte prêt à discuter avec la Chine, bouclier américain en Corée et prédicateur indien

Duterte dit vouloir négocier avec la Chine le plus tôt possible pour décider de l'exploitation de la mer de Chine. Copie d'écran du Straits Times, le 8 juillet 2016.
Duterte dit vouloir négocier avec la Chine le plus tôt possible pour décider de l'exploitation de la mer de Chine. Copie d'écran du Straits Times, le 8 juillet 2016.

Asie du Sud-Est

Straits Times – Duterte va-t-il ignorer l’abitrage de la Haye attendu pour le 12 juillet ? Le président philipin souhaite en tout cas « rapidement débuter des négociations directes avec la Chine », selon le secrétaire aux Affaires étrangères, Perfecto Yasay. Il se dit prêt à négocier une « exploitation conjointe » des ressources de la zone économique exclusive disputée. Alors que son prédécesseur Benigno Aquino avait demandé l’arbitrage du Tribunal international, Duterte pourrait bien saborder la procédure quelques jours seulement après son investiture. Yasay ajoute que la nouvelle administration cherche à « assurer les meilleurs relations possible avec la Chine ». Une façon de dire que la nouvelle politique étrangère sera dorénavant beaucoup plus conciliante avec le voisin chinois. Malgré tout, il précise que le gouvernement philippin « étudiera de près » et « discutera avec ses alliés » de la décision de La Haye avant d’entamer les négociations.
Bangkok Post – Quand politique et astrologie s’entremêlent. Prayuth Chan-ocha a récemment coupé court à une conférence de presse sur le conseil de son voyant. L’occasion pour le Bangkok Post de revenir sur les liens étroits entre politique et divination. « Tous les politiciens thaïlandais veulent savoir s’ils seront élus, et un grand nombre d’entre eux consultent des voyants », assure la journaliste politique Nattaya Chetchotiros. Elle précise que l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra faisait lui aussi appel à l’astrologie avant de prendre la plupart de ses décisions politiques. Le Journal conclut d’ailleurs en indiquant les prédictions pour l’année prochaine. À l’approche des élections législatives, les voyants parlent d’une « année de changements politiques majeurs ». Mais ils ne sont pas unanimes. Alors que certains prévoient un « chaos politique », d’autre annoncent que tous les partis « travailleront ensemble pour le bien de la nation ».
Myanmar Times – Il y a 54 ans, le pouvoir dictatorial de Ne Win massacrait les étudiants contestataires birmans. Hier après-midi, jeudi 7 juillet, une centaine de personnes – pour la plupart membres de l’Union des Etudiants universitaires – se sont rassemblées dans l’enceinte de l’Université Yangon pour une marche commémorative. Ko Zayyar Lwin, leader du syndicat étudiant a déclaré qu’il souhaitait voir le bâtiment de l’Union reconstruit au même endroit – c’est-à-dire au sein de l’Université – et obtenir l’autorisation de s’y réunir. D’après Ko Zayyar Lwin, le nouveau gouvernement n’a pas besoin de cacher l’histoire des mouvements contestataires. Les élèves présents hier n’ont également pas manqué de rappeler l’importance du devoir de mémoire pour tous.

Le 7 juillet 1962, une manifestation de près de 2 000 étudiants contre la dictature militaire s’était soldée par une répression brutale : officieusement, des centaines de morts et plus de 1 000 personnes emprisonnées. Mais officiellement, le gouvernement n’a jamais reconnu que 5 morts. L’incident a marqué la fin de l’autonomie des universités.

L’année dernière, l’Union des étudiants universitaires avait déjà réclamé au parti des militaires encore au pouvoir, l’Union pour la Solidarité et du Développement, qu’il engage la réconciliation nationale en autorisant de nouveau la constitution d’un syndicat étudiant. Le gouvernement, qui n’avait cependant pas suivi la volonté des étudiants, avait préféré envoyer la police lors du rassemblement anniversaire en 2015. Cette année, quelques mois avant la commémoration, des manifestants étudiants opposés à la loi sur l’Education nationale ont été arrêtés.

Phnom Penh Post – Le clan Hun Sen se serre les coudes. Pas question d’être déstabilisé par Global Witness. L’ONG a publié un rapport pointant la mainmise de la famille du Premier ministre cambodgien sur l’économie du pays (voir notre revue de presse du 7 juillet). Trois des enfants de Hun Sen ont répliqué sur Facebook. Ils qualifient ce texte de « mensonge et supercherie » à l’approche des élections. Or, comme le rappelle le Phnom Penh Post, ce rapport est fondé « sur les propres données du gouvernement ». Le Premier ministre n’a, lui, toujours pas commenté le rapport. Cependant il a partagé les messages de ses enfants sur le réseau social, en y associant des photos de lui entouré de sa famille dans son bureau.

Un message qui entre dans sa nouvelle stratégie de communication. Hun Sen demande aux média de l’appeler désormais « Samdech », qui signifie « le plus grand », rapporte le Cambodia Daily. Ce mercredi 6 juillet, le ministère de l’Information a donné un dernier avertissement aux médias qui n’associent toujours par ce titre au Premier ministre. L’État accuse certains organes de presse d’écrire « le contraire de la réalité » et « de porter atteinte à la dignité des dirigeants de la nation ». Les sanctions, a préciés un porte-parole du ministère, pourraient aller jusqu’au « non renouvellement de la licence » de certains titres de presse. Une décision qui stopperait net la parution des condamnés.

Asie du Nord-Est

Korea Times – C’est maintenant officiel. Les États-Unis déploieront bien un bouclier antimissile en Corée du Sud. Les deux pays travaillent pour que le THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) soit opérationnel « le plus tôt possible », a indiqué le ministre sud-coréen de la Défense. La localisation exacte de cet intercepteur de missile est encore inconnue. L’ensemble du dispositif sera supervisé par les forces américaines en Corée.

Les essais nucléaires et les tests de missiles balistiques de Pyongyang depuis le début de l’année ont accéléré les négociations entre Washington et Séoul. Selon les deux alliés, le système THAAD visera « uniquement les armes nucléaires et missiles nord-coréens ». Malgré cette garantie, cet accord déplaît fortement à la Chine et à la Russie, qui y voient une perte de souveraineté. Pour Pékin, le bouclier antimissile pourrait « neutraliser sa force de frappe ».

South China Morning Post – Une explosion hier soir jeudi 7 juillet au moins 25 blessés, dont 5 graves, dans un train de la banlieue de Taipei. Le drame s’est produit à 22h sur la ligne Hsinchu-Keelung. Une femme a raconté la scène au quotidien taïwanais United Daily News : « J’ai vu un sac en feu alors que le train était en train d’approcher de la station de Songshan et l’explosion a eu lieu en un rien de temps, faisant voler en éclats le toit du train. »

D’après Wang Pao-chang, porte-parole de la police, les enquêteurs sont sur la piste d’un suspect. Il s’agirait d’un homme d’une quarantaine d’années qui aurait laissé un sac sur le porte-bagage du train avant de disparaître. Le sac contenait un tuyau en acier rempli de poudre explosive.

L’hypothèse d’une attaque terroriste a été écartée, a indiqué Chen Kuo-en, directeur de l’Agence nationale de Police. La police taïwanais n’a reçu ni revendication ni collecté de preuve que l’attentat ait été perpétré par un groupe terroriste.

Mainichi Shimbun – 5 ans après Fukushima, le nucléaire japonais s’exporte. La compagnie Japan Atomic Power, constructeur et opérateur de centrales nucléaires, a annoncé hier jeudi 7 juillet qu’elle s’attaquerait au marché de l’énergie nucléaire britannique grâce à une alliance avec l’entreprise d’électronique Hitachi. Les deux firmes ont conclu le même jour en Grande-Bretagne un accord avec Horizon Nuclear Power, compagnie britannique d’énergie détenue depuis 2012 par Hitachi. Leur coopération commencera par l’estimation des coûts de construction des centrales.

Par ailleurs, la Japan Atomic Power a déclaré qu’elle participerait avec les deux autres compagnies au processus d’obtention de l’approbation du gouvernement britannique de construction de centrales atomiques. D’après une déclaration de la firme, elle rejoindra également le projet de construction de deux réacteurs prévue au nord du Pays de Galles, avant de gérer, en partenariat avec Hitachi, les 4 à 6 centrales dont la construction est prévue en partenariat avec Horizon Nuclear Power. Ces dernières devraient entrer en fonction d’ici 2020.

La raison de ce partenariat entre Japan Atomic Power et Hitaichi est le manque de savoir-faire du second dans la construction de centrales nucléaires. La Japan Atomic power pourra quant à elle augmenter ses bénéfices et deviendra la première à s’engager dans la construction et l’exploitation de réacteurs nucléaires à l’étranger.

Asie du Sud

The Hindu – Le gouvernement de l’Etat du Maharashtra a ouvert une enquête ce mercredi 6 juillet contre Zakir Naik. Ce prédicateur membre de la « fondation de recherche islamique » est soupçonné d’avoir inspiré les terroristes de l’attentat récent dans un café de Dacca. Par mesure de protection, des forces de l’ordre ont été déployées devant son lieu de travail pour éviter tout déferlement de haine par la population. De son côté, Zakir Naik clame son innocence. Dans un communiqué, il annonce n’avoir jamais « encouragé à tuer quelqu’un, qu’il soit musulman ou non ». Le ministère de l’Intérieur a annoncé qu’après avoir étudié ses discours et ses comptes sur les réseaux sociaux, le gouvernement « prendra une décision approprié ». Mais le prêcheur pourrait emporter un des leaders du parti du Congrès dans sa chute. Digivjaya Singh est sous le feu des critiques après avoir été vu auprès de l’imam controversé dans une vidéo datant de 2012.
Dawn – La date de retour du Premier ministre convalescent est toujours incertaine. La Pakistan International Airlines (PIA) a détaché un des avions de la compagnie pour ramener Nawaz Sharif et son cabinet actuellement à Londres. Le ministre en chef du Pendjab, qui s’était rendu dans la capitale anglaise pour l’Aïd el-Fitr, jour férié au Pakistan, reviendra lui aussi avec le Premier ministre. Nawaz Sharif a récupéré de son opération et peut désormais voyager, selon la déclaration officielle, qui ne préciser pourtant pas la date de son retour. Le quotidien pakistanais mentionne le 9 juillet, en citant des « médias locaux » sans écrire desquels il s’agit.

Nawaz Sharif s’était rendu à Londres pour une opération à cœur ouvert qui a eu lieu le 31 mai dernier. Pour ses opposants, il s’agit plutôt d’une décision politique pour échapper un temps des pression de l’opposition sur le gouvernement suite à l’affaire des « Panama papers » (voir notre revue de presse du 15 avril). Le secrétaire général du parti Pakistan Tehreek-i-Insaf, Jahangir Khan Tareen, a indiqué concernant cette affaire qu’un « mouvement protestataire massif » aurait lieu après l’Aïd el-Fitr. Le gouvernement et les leaders de l’opposition s’étaient mis d’accord, le 18 mai dernier, pour former un comité parlementaire de 12 membres qui ménerait une enquête contre les compagnies offshores révélées dans les « Panama Papers ». En plus de se concentrer sur les noms cités, le comité enquêtera également sur les individus ayant reçu des pots-de-vin et des emprunts illégaux.

Mais l’enquête n’avance pas. Le 31 mai la 4ème réunion du comité s’est conclue sans même discuter du coeur du sujet. D’après des observateurs indépendants, un consensus est peu probable. Ayant effectué des transactions avec plusieurs des sociétées citées, les enfants du Premier ministre sont directement cités dans les « Panama Papers ».

The Indian Express – L’attentat de Kishoreganj ne serait ni plus ni moins qu’un complot politique. C’est ce qu’assure plusieurs experts en défense au Bangladesh, hier jeudi 7 juillet. L’attaque qui a eu lieu ce mercredi 6 juillet, jour de l’Aïd el-Fitr, près d’un lieu de prière, a causé 4 morts et 12 blessés (voire notre revue de presse du 7 juillet), six jours après l’attentat de Dacca. Pour l’analyste bangladais P.K. Sehgal, cette nouvelle attaque terroriste était prévisible et aurait pour but de déstabiliser le gouvernement pro-indien de Sheikh Hasina. L’attentat aurait été orchestré, selon cet expert, par le BNP, le parti d’opposition pro-pakistanais : « L’organisation d’opposition s’allie malheureusement avec le Pakistan pour déstabiliser le gouvernement de Sheikh Hasina et semer le chaos et le désordre dans le pays afin d’écorner son image. »

Du même avis, Qamar Agha, un autre expert des affaires de défense, estime cependant qu’il peut aussi s’agir d’une tentative de Deach de s’immiscer dans le pays : « Au nom de la religion, l’Etat islamique veut du pouvoir. […] Il y a du chômage au Bangladesh et Daech en tire avantage. Il bénéficie du soutien des terroristes locaux traditionnels. » Le gouvernement bangladais continue pourtant de nier la présence du groupe terroriste sur son territoire.

Par Joris Zylberman, Nicolas Baranowski, Marie Bonnamy et Myriam Sonni