Revue de presse Asie - 8 juin 2016

Mer de Chine du Sud, visas entre Birmanie et Singapour et croissance indienne

Un garde-côte chinois pulvérise de l'eau sur des pêcheurs philippins au large du récif de Scarborough en mer de Chine du sud. Copie d'écran du "South China Morning Post", le 8 juin 2016.
Un garde-côte chinois pulvérise de l'eau sur des pêcheurs philippins au large du récif de Scarborough en mer de Chine du sud. Copie d'écran du "South China Morning Post", le 8 juin 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Dans quelques semaines, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye se prononcera sur le statut des îles revendiquées en mer de Chine du Sud. En 2013, ce sont les Philippines qui ont saisi le Tribunal international contre les revendications de souveraineté de la Chine sur l’ensemble de la zone. Aujourd’hui, tout près du verdict, le ministère chinois des Affaires étrangères tient sa position ferme : il n’acceptera pas et ne participera pas à l’arbitrage. Pour la Chine, les disputes territoriales peuvent se régler par des négociations bilatérales. Pékin ignorera alors le jugement prononcé. « En ce qui concerne les territoires et les délimitations maritimes, la Chine n’accepte pas de règlement venant d’un acteur tiers », a ainsi annoncé le ministère, qui accuse les Philippines de fermer les portes aux négociations de façon unilatérale, et de prendre des « mesures provocatrices ». Pour prouver sa bonne volonté, le ministère ajoute néanmoins que « les portes des négociations sino-philippines sont toujours ouvertes ».

De son côté, Rodrigo Duterte, le nouveau président philippin, a proposé un dialogue multilatéral incluant les Etats-Unis, le Japon et l’Australie, ainsi que les nations revendiquant des terres en mer de Chine du Sud.

South China Morning Post – C’est l’accord sino-américain le plus productif depuis plusieurs années, annoncent des officiels américains et chinois. Néanmoins, « le dialogue ne pourra pas résoudre la méfiance croissante entre la Chine et les Etats-Unis ». Hier mardi 7 juin, à l’issue du Dialogue économique et stratégique organisé tous les ans entre les deux pays, la Chine s’est engagée à limiter la surproduction d’acier et à travailler avec les Etats-Unis pour renforcer les sanctions contre la Corée du Nord. Pékin a également promis d’éviter de dévaluer le yuan, et de faire baisser le nombre « d’entreprises zombies », appelées ainsi car elle sont déficitaires depuis longtemps. En outre, les Chinois ont reconnu que les investissements provenant des deux pays devaient être les bienvenus. Récemment, les restrictions de la Chine à l’égard les entreprises étrangères ont attisé l’ire des entreprises américaines. Pékin promet que l’ouverture aux firmes américaines fait partie des étapes de la restructuration économique du pays.

Cependant, les deux pays ne sont pas exactement en phase sur la question de la Corée du Nord. Tandis que les Etats-Unis souhaitent renforcer la pression sur Pyongyang, la Chine voudrait favoriser les négociations. Elle s’oppose fortement à l’installation d’un système anti-missile américain en Corée du Sud.

Autre sujet de désaccord, le conflit en mer de Chine du Sud. Pékin entend protéger sa souveraineté, s’oppose toujours à l’arbitrage international ainsi qu’à l’intervention des Etats-Unis. Ces derniers conseillent aux parties impliquées de ne prendre aucune action unilatérale. Un engagement a néanmoins été pris pour renforcer les règles maritimes et aériennes. Pourtant, le jour-même, un nouvel avion espion américain a été intercepté en mer de Chine de l’Est par des jets chinois. Une interception que le Pentagone a dénoncé comme « dangereuse ».

Mainichi Shimbun – Malgré la controverse et la déception des victimes, l’accord de décembre 2015 entre Tokyo et Séoul va se concrétiser dans quelques semaines. Dans la courant du mois de juillet, une fondation sera créée à Séoul pour indemniser les « femmes de réconfort », esclaves sexuelles de l’armée nippone durant la Seconde Guerre mondiale. Organisée par l’ancien ministre sud-coréen des Affaires étrangères et du Commerce Yu Myung-hwan, elle constitue l’étape nécessaire pour que les fonds soient reversés aux 42 anciennes « femmes de réconfort » enregistrées et toujours en vie. On estime à environ 200 000 les Sud-Coréennes prostituées de force par l’armée impériale. Le Japon a débloqué 1 milliard de yens (7,5 millions d’euros) pour indemniser les victimes et a présenté ses excuses à la Corée du Sud, qui à l’époque était une colonie japonaise.

Une amélioration des relations nippo-coréennes est désormais palpable : cette année le forum Shangri-La a débouché sur un accord militaire inédit entre les deux pays. Le ministre sud-coréen estime que la création de la fondation est également une condition sine qua non à la mise en place d’un accord pour la sécurité générale de l’information militaire (GSOMIA). Ce dernier a été signé en 2012 mais avait été reporté à la demande du gouvernement sud-coréen.

Asie du Sud-Est

Myanmar Times – A partir de décembre 2016, les citoyens birmans et singapouriens n’auront plus besoin de visa pour circuler entre les deux pays. Ils bénéficieront d’un pass de 30 jours, rapporte le Myanmar Times. Généralement, les exemptions de visa dans la zone ASEAN ne s’étendent qu’à 14 jours. Lors de ces négociations, les deux pays ont aussi conclu des accords sur les taxes et sur l’extension des vols directs de Singapore Airline vers les grandes villes birmanes. Les autorités se félicitent de ces accords, indiquant qu’ils vont « améliorer le standing international de la Birmanie » ainsi que « les relations entre les deux pays ».

La Birmanie a commencé à signer des accords concernant les visas avec les autres membres de l’ASEAN depuis 2009, et un partenariat avec le Laos. Depuis, le pays dispose d’accords avec le Cambodge, le Vietnam, l’Indonésie, Brunei et les Philippines. Concernant l’immigration, qui reste l’une des plus grandes inquiétudes de Singapour, aucune entente n’a pu être trouvée entre les deux pays, rapporte le Myanmar Times.

Bangkok Post – Bruxelles met en garde Bangkok. La Thaïlande doit entreprendre une « action rapide et déterminée » pour améliorer les conditions de travail et les pratiques de pêche dans le mois qui vient. Sinon, l’Union européenne interdira l’importation de fruits de mer provenant du pays.

L’Europe entend combattre la pêche frauduleuse et les mauvais traitements subis par les travailleurs du secteur. Une enquête menée par Associated Press a révélé récemment de nombreux cas d’esclavage. Elle a ainsi permis la libération de plus de 2 000 esclaves et l’arrestation d’une douzaine de trafiquants. La gouvernement thaïlandais a par la suite promis d’améliorer ses pratiques. Mais malgré des mois de négociations, l’UE est toujours insatisfaite des progrès de la Thaïlande, le 3ème exportateur mondial de fruit de mer, pour lutter contre la pêche illégale. Elle voudrait que les promesses de Bangkok se concrétisent.

Titre – L’annonce de leur libération est venue de l’armée des Philippines. Les quatre pêcheurs avaient été kidnappés sur les côtes de Sabah, sur l’île de Bornéo en Malaisie, le 1er avril dernier par le mouvement islamiste Abu Sayyaf. Ils rentraient de Philippines pour rejoindre la Malaisie. Les otages ont été libérés tôt ce mercredi 8 juin, rapporte le Straits Times. Ils ont ensuite été amenés de Sulu, au sud des Philippines, à Sandakan en Malaisie. Pour l’heure, aucune information n’a filtré sur le paiement ou non d’une rançon en échange des otages.

Abu Sayyaf réclamait en effet 6 millions de dollars de rançon. Le mouvement islamiste est connu pour ses kidnappings, décapitations et extorsions, rappelle le Straits Times. Il est aussi l’un des mouvements les plus extrémistes qui sévit dans la zone de non-droit de l’archipel de Sulu, à 1 000 kilomètres au sud de Manille, la capitale philippine. En avril dernier, le groupe a décapité un de ses otages, un ressortissant canadien. Actuellement, Abou Sayyaf détient encore un Canadien, un Norvégien et une Philippine. Le groupe a prêté allégeance à l’Etat islamique en août 2014.

Asie du Sud

Firstpost – Le Premier ministre indien s’est félicité ce mercredi 8 juin de la bonne santé de l’économie indienne. Lors du gala annuel du Conseil d’entreprises Inde-Etats-Unis (USIBC), Narendra Modi, a affirmé : « Aujourd’hui, l’Inde s’est positionnée comme le nouveau moteur de l’économie mondiale. Une plus grande économie indienne aurait de multiple bénéfices pour le monde. » Narendra Modi a ensuite listé les accomplissements de son gouvernement sur les réformes économiques, rappelle le site Firstpost.

Le pays, qui est désormais une des économies à la croissance la plus rapide, presse les hommes d’affaires américains de venir investir, s’appuyant sur un secteur manufacturier efficace. « L’Inde est plus qu’un marché », a annoncé Narendra Modi, ajoutant que l’Inde était un « partenaire fiable ». L’ancien gouverneur du Gujarat a aussi flatté les Etats-Unis, déclarant que l’Inde devait apprendre des Américains sur le plan de l’entreprenariat, de l’avancée technologique et des produits allant de la pharmaceutique aux drones.

Narendra Modi avance que le partenariat Inde-Etats-Unis profiterait aux deux pays, rassurant Washington en affirmant que son gouvernement a pris des décisions importantes dans la lutte contre la corruption. Le Premier ministre indien veut aussi insister sur le secteur de la défense. Il a par ailleurs confirmé l’achat de six nouveaux réacteurs nucléaire à l’entreprise américaine Westinghouse, une opération qui devrait « marquer une nouvelle ère dans le champs de l’énergie nucléaire indienne », selon Modi.

Le président du Conseil d’entreprises Inde-Etats-Unis, John Chambers, a annoncé que 20% de ses membres avaient investi 28 milliards de dollars en Inde dans les deux dernières années. Et ce chiffre devrait augmenter de 20% dans les deux ou trois prochaines années.

Dawn – Contrariés par la politique étrangère « agressive » de l’Inde, les Sénateurs pakistanais ont appelé ce mercredi 8 juin New Delhi à rectifier ses « erreurs diplomatiques ». Le Sénat a aussi confié ses préoccupations sur les relations de l’Inde avec l’Afghanistan, l’Iran, les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite et le Qatar, qu’Islamabad considère comme ses pays amis.

L’Inde veut se doter d’un système de défense de missiles antibalistiques, rappelle le quotidien Dawn. C’est dans ce cadre, que le pays a développé avec succès, le 15 mai dernier, un missile intercepteur capable de détruire n’importe quel missile balistique. Les Sénateurs pakistanais discutent d’une motion d’ajournement affirmant que ce récent test par l’Inde « contribue à une course malsaine à l’armement dans la région ».

Mussahid Hussain Sayed, directeur de la commission de Défense du Sénat pakistanais, a attiré l’attention de la Chambre sur la « collusion grandissante entre l’Inde et les Etats-Unis ». Le Premier ministre indien, Narendra Modi, est actuellement à Washington pour s’adresser au Congrès. Mussahid Hussain Sayed a aussi ajouté que les Etats membres du Groupe des fournisseurs nucléaires (GFN) considéraient la demande indienne de rejoindre le groupe. Si la réponse était positive, le Pakistan craint de ne plus pouvoir intégrer le GFN à l’avenir.

En réaction, Sartaj Aziz, conseiller diplomatique du Premier ministre Nawaz Sharif, a déclaré que le Pakistan prendrait toutes les mesures possibles pour augmenter ses capacités de défense. « Nos efforts pour la paix et l’amitié ne doivent pas être vus comme une forme de faiblesse, a déclaré Sartaj Aziz. Nous sommes totalement capables de défendre notre peuple et notre territoire. »

The Hindu – Maithripala Sirisena a promis de lutter contre les Tigres tamouls pour « instaurer une paix de longue durée dans le pays », rapporte The Hindu. Le président sri-lankais s’adressait hier mardi 7 juin à une foule rassemblée en périphérie de la capitale, Colombo. Le président veut « éradiquer l’idéologie séparatiste des Tamouls, localement et internationalement ». Il a aussi promis de veiller à ce que « toutes les communautés puissent coexister pacifiquement et harmonieusement. Ce sera une société où tout le monde sera traité équitablement ».

Le Sri Lanka a longtemps été le théâtre d’une guerre civile entre le gouvernement de Colombo et les Tigres tamouls. Ces derniers se battaient pour l’autodétermination. Les Tamouls représentent 15% de la population face à la majorité cinghalaise. La guerre s’est terminé en 2009 avec la mort du chef des Tigres tamouls, après 37 ans de conflit et au moins 100 000 morts. Le président Sirisena a été élu en janvier 2015 en insistant notamment sur la réconciliation nationale. Il avait promis un retour progressif dans le nord de la région des Tamouls déplacés lors des conflits. Mais depuis l’élection de Sirisena, les Tamouls se plaignent de la lenteur du processus.

Par Joris Zylberman, Alice Hérait et Liu Zhifan