Economie
Expert - déchiffrer le marché du travail en Chine

 

Comment valoriser un espace interculturel ?

Des étrangers engagés par la compagnie chinoise de e-commerce Suning comme coursier à l'approche du nouvel an chinois.
Des étrangers engagés par la compagnie chinoise de e-commerce Suning comme coursier à l'approche du nouvel an chinois. (Crédit : Wu jun / Imaginechina / AFP).
Lorsque je suis arrivée en Chine, il y a plus de 10 ans, comme « editor » pour une agence de presse économique, je devais participer à former de jeunes journalistes chinois, qui de fait n’avaient aucune idée de ce qu’écrire une dépêche pouvait bien vouloir dire.

Toute fraichement sortie d’une école de journalisme, j’ai appliqué sur le terrain tout ce qu’on m’avait appris sur papier, soit : une information devant aux questions « qui-quoi-comment-où », appuyé par une citation.

Evidemment je ne suis pas arrivée à grand-chose mis à part beaucoup d’énervement.
Et j’ai fait en temps record tous les faux-pas culturels pour finalement me retrouver face à des collègues qui refusaient tout simplement de collaborer.

Avec le recul, je me rends compte que je n’aurai pas pu plus mal m’y prendre.

Encore aujourd’hui alors que les équipes se sont internationalisées en Chine, j’entends souvent des cadres de grandes entreprises présentes en Chine me dire : « Je ne comprends pas, toute mon équipe chinoise vient de Harvard et pourtant aucun ne sait prendre une vraie décision… ».
Comme si le simple fait de franchir l’Atlantique allait gommer des années d’éducation marxiste chinoise !

La question des conflits interculturels au sein des entreprises me semble d’autant plus d’actualité lorsqu’on voit que ce sont désormais les entreprises chinoises qui franchissent les frontières.
Les fusions et acquisitions entre groupes chinois et américains/européens n’ont jamais été aussi importantes.
Tout comme les entreprises étrangères ont dû tant bien que mal s’adapter à la Chine, c’est au tour des entreprises chinoises de s’adapter à un environnement de travail culturellement à l’opposé du leur.

Ce que j’ai pu apprendre des grandes fusions et acquisitions chinoises des dernières années tend à confirmer que les succès sont rares.

La liste des conflits potentiels dans une équipe ou entreprise interculturelle est inépuisable et il n’y pas de recette miracle. Cependant l’échec et les frustrations qui s’en suivent ne sont pas inéluctables.

Mais pour cela, il faut tout d’abord être prêt à aborder le problème et à s’investir.

Concrètement cela veut dire accepter que, oui, il y aura des conflits, des points de vues divergents, des frustrations ; mais que préparées en amont ces zones de conflits peuvent devenir des zones de créativité où chaque individu grandit en acceptant l’autre.

Un peu comme si 2+2 = 5.

Cela demande un peu d’effort et de temps, mais les bénéfices pour l’entreprise et les membres de l’équipe sont indéniables.

Voici une liste d’outils pratiques et facile à appliquer :
– prendre le temps de délimiter des valeurs communes, de créer un protocole en cas de conflit ;
– apprendre à se connaître pour mieux appréhender l’autre sans jugement et bien comprendre points de convergence et divergence culturels.

Ainsi, avec du recul je me dis que plutôt que de plaquer ma vision du monde et de journaliste issue d’un pays démocratique sur mes collègues chinois, j’aurai dû comprendre d’où ils venaient : qu’est-ce que cela veut dire être journaliste en Chine ? Qu’est-ce que la liberté d’écrire ce qu’on veut ? Qu’est-ce que lire la presse en Chine ?

Me poser ces questions (et faire preuve d’un peu plus d’humilité) m’auraient évité plein de frustrations.

Et cela m’aurait permis d’aborder mes collègues en cherchant non comment en faire de bons journalistes, mais comment mieux collaborer en s’appuyant sur les forces et différences de chacun.

A propos de l'auteur
Virginie Mangin
Basée à Pékin depuis plus de 10 ans, Virginie Mangin est coach. Elle travaille surtout avec des cadres cherchant soit à se requalifier soit à évoluer dans un environnement international. Elle travaille en anglais et en français.