Revue de presse Asie - 31 mars 2016

Rencontre Chine-États-Unis, otages indonésiens aux Philippines et fin des manifestations au Pakistan

Le Premier ministre indien Narendra Modi au sommet UE-Inde.
Le Premier ministre indien Narendra Modi s'est félicité de représenter "la lueur d'espoir solitaire" de l'économie mondiale au sommet UE-Inde. Copie d'écran du Kathmandu Post, le 31 mars 2016.

Asie du Nord-Est

China Daily – Le rapprochement des deux superpuissances chinoises et américaines est de nouveau à l’ordre du jour sur fond de conflit en mer de Chine méridionale. Le président chinois Xi Jinping et son homologue américain Barack Obama doivent se rencontrer ce jeudi 31 mars en marge du sommet sur la sécurité nucléaire qui se tient à Washington. Pour bon nombre d’experts, il s’agit avant tout de « maintenir sur la bonne voie » les relations entre les deux États. Le directeur du John L. Thornton China Center, Cheng Li, voit d’un œil positif la venue du président chinois en dépit des tensions croissantes en mer de Chine méridionale. Un sujet qui devrait faire l’objet de discussions entre les deux dirigeants. Le chercheur Jeffrey Bader, rappelle qu’il s’agit de la seule rencontre bilatérale qui aura lieu lors du sommet, une « marque de respect » adressée selon lui au président Xi. Cette rencontre pourrait apporter des pistes à la résolution du conflit en mer de Chine dont l’issue ne semble pourtant pas garantie. Les réactions du gouvernement chinois seront ainsi observées de près à l’approche du verdict de la Cour permanente d’arbitrage de la Haye au sujet la plainte déposée par les Philippines concernant les manoeuvres de Pékin en mer de Chine du Sud.
Av Watch (langue japonaise) – Il n’y aura pas de retour en arrière pour Honhai à présent. Le géant nippon de l’électronique Sharp émettra de nouvelles actions que le Taïwanais rachètera à hauteur d’environ 3,5 milliards de dollars, contre un montant initial de 4,3 milliards. L’action Sharp a perdu 30% de sa valeur pour cette transaction entre le 25 février et le 30 mars, passant de 118 yens (un peu plus d’1 dollar) l’unité à 88 yens (presque 0.8 dollars). Et pour cause, Honhai avait déclaré la suspension de la transaction après la communication d’un rapport corrigeant à la baisse les résultats du Japonais. A présent, Sharp concentrera ses investissements sur les diodes électroluminescentes organiques, et visera bien entendu à assainir la gestion de ses finances.

Selon le Nikkei Asian Review, le vice-président de Honhai, Tai Jeng-wu est pressenti pour prendre la tête de Sharp à présent, alors qu’une partie des cardes du Taïwanais étaient opposés au rachat d’une entreprise dont la technologie était déjà dépassée par les concurrents sud-coréens. Mais l’entreprise taïwanaise, aussi connue sous le nom de Foxconn, bat de l’aile. Tai Jeng-Wu doit encore se prononcer sur la stratégie qui se dégagera de l’opération.

South China Morning Post – Lee Po avait déjà refusé d’expliquer les circonstances de son retour à Hong Kong, après avoir « disparu » tout comme 4 autres libraires hongkongais, accusés par Pékin de vendre des « livres interdits ». On ne sait presque rien de son « séjour » sur le continent chinois. Interrogé par le South China Morning Post, Lee Po dit être allé « porter assistance à ses employés », et qu’il s’agissait de « son devoir de patron ». Il a depuis son retour désavoué son ancien commerce, et décidé d’abandonner son passeport britannique. Selon le quotidien hongkongais, les soupçons se portent vers Chan Hin-shing, l’investisseur de l’ancienne librairie de Lee Po, et l’article laisse entendre qu’il aurait pu faire pression sur le libraire.
Alors qu’Obama rencontre ce jeudi 31 mars Xi Jinping à Washington, un comité bipartite (démocrate et républicain) a exhorté le président américain à faire part à son homologue chinois de la détérioration des droits de l’homme en Chine. La disparition des 5 libraires et l’arrestation de ressortissants étrangers, et notamment Sandy Phan-Gillis de nationalité américaine, inquiètent ce comité. Une lettre envoyée par l’ancien candidat à la primaire républicaine Marco Rubio dénonce également une menace à l’autonomie de Hong Kong. Les confessions publiques de ces libraires, sont qualifiées « d’humiliations publiques » par le comité américain.

Asie du Sud-Est

The Bangkok Post – Des abus de pouvoir et une absence de contrôle sur les actions des militaires et des policiers. Voilà selon certains défenseurs des droits de l’homme les conséquences possibles d’une nouvelle mesure prise par le gouvernement thaïlandais. Ce dernier a décidé d’accorder certains pouvoirs de la police aux soldats de l’armée pour lutter contre le crime afin de pallier le manque d’effectif policier. Pour le chercheur Sunai Phasuk de Human Rights Watch, cette disposition qui confère de nouveaux pouvoirs aux soldats « confirme que la Thaïlande devient un État militaire ». Les soldats pourront fouiller n’importe quelle propriété en lien avec un individu considéré suspect et sans mandat si le suspect est jugé susceptible de s’enfuir avant que le document ne soit émis. Leur champ d’action contre le crime sera très large : le Bangkok Post cite une vaste liste allant de la diffamation à la fraude, en passant par les extorsions de fonds et le trafic d’êtres humains. Pour Bencharat Sae Chua, maître de conférence spécialisé sur les droits de l’homme et sur les études sur la paix, cette de liste estimprécise et pourrait être interprétée de sorte à viser les opposants au régime.
The Myanmar Times – Si l’intronisation du nouveau président et de son gouvernement a suscité la joie d’un grand nombre de Birmans, ce dernier prend ses fonctions alors que le pays fait face à de nombreux défis économiques, sociaux et politiques que détaille le Myanmar Times. Outre les affaires liées au développement économique accéléré – et donc instable – du pays, aux partenariats essentiels mais problématiques avec la Chine, à l’agriculture ou au système de santé, le gouvernement devra également se concentrer sur des problématiques enracinées dans l’histoire et la société birmanes. Les rapports avec les minorités ethniques ou religieuses sur lesquels le gouvernement a déjà été apostrophé devraient donc tenir une place importante dans l’agenda des dirigeants. Le premier gouvernement civil réellement élu depuis 1962 devra également diriger le pays de concert avec les militaires qui conservent un rôle incontournable au coeur de l’Etat.
The Jakarta Globe – Les forces armées philippines s’engagent à libérer les dix marins indonésiens retenus par Abou Sayyaf aux Philippines… sans l’intervention de l’armée indonésienne. Mardi 29 mars, le ministre indonésien de la Défense, Ryamizard Ryacudu a indiqué que l’armée nationale et les forces de police se tenaient prêtes à intervenir en renfort si Manille donnait son feu vert. Les forces armées des Philippines « ont la capacité de remplir leur mission » a pourtant soutenu le colonel Restituto Padilla, porte-parole de l’armée philippine hier mercredi 30 mars. Ce dernier a également rappelé que la constitution « interdit l’intervention de forces militaires étrangères » sur le territoire sans traité préalable. A Jakarta, le président Joko Widodo a quant à lui chargé son gouvernement et l’armée « d’agir avec fermeté » face à Abou Sayyaf, sans donner plus de détails. Le détournement du bateau indonésien par le groupe séparatiste islamiste philippin lié à Al-Qaïda remonte à samedi 26 mars.

Asie du Sud

Times of India – Voilà une avancée majeure pour l’enquête sur l’attaque de la base militaire indienne de Pathankot, située dans le nord du pays. A New Delhi, la Direction nationale des Enquêtes déclare que les quatre terroristes abattus étaient tous des ressortissants pakistanais, et que deux complices sont encore présents sur le territoire pakistanais. Les informations sont en cours de vérification par les autorités pakistanaises auprès de l’équipe commune d’enquête mise en place par les deux pays, et un déplacement au Pakistan est envisagé pour vérifier ces affirmations. Il aura fallu 3 mois pour que les services de renseignements obtiennent ces résultats ; ce dont se félicite Sharad Kumar, directeur générale de la Direction nationale des Enquêtes. Celle-ci pense avoir mis la main sur des preuves d’une conspiration couvée au Pakistan et soutenue par le gouvernement d’Islamabad.
« . Cette mesure sera appuyée par la loi. Les forces de polices n’auront donc finalement pas été mobilisées pour disperser les manifestants. Une source policière citée par Dawn affirme tout de même que plus de 7000 membres des forces de l’ordre étaient mobilisés pour faire face à une opération d’urgence.
Les manifestants avaient déposé une série de 10 demandes demandant la libération des religieux sunnites accusés de meurtres et de terrorisme, d’élever Mumtaz Qadri au rang de martyr, de ne pas amender la loi sur le blasphème et d’exécuter Aasia Bibi, accusée de blasphème, que le gouverneur du Pendjab Salman Taseer avait défendue avant d’être tué publiquement par Mumtaz Qadri en 2011.
The Diplomat – Le 13e sommet Union Europénne-Inde, qui s’est tenu hier mercredi 30 mars, s’est démarqué sur le fond. En effet, l’UE veut renforcer le rôle politique de l’Inde en tant que médiateur politique de l’Asie du Sud. La position de New Delhi est mise en valeur sur la question de la nouvelle constitution népalaise du gouvernement de Sharma Oli, et des violations des droits de l’homme aux Maldives par le gouvernement d’Abdulla Yameen. La presse népalaise s’est empressée de relayer l’information, alors que les médias maldiviens ne se sont pas encore exprimés sur le sujet. Le Premier ministre Narendra Modi s’est, lui, félicité de représenter un pays qui soit « la lueur d’espoir solitaire » de l’économie mondiale, en référence à son taux de croissance soutenu.
Par Juliette Buchez et Ryôma Takeuchi, avec Hubert Kilian à Taipei et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris