Revue de presse Asie - 18 mars 2016

Missile nord-coréen, censure malaisienne et Musharraf à Dubai

Le juge Hideki Kanazawa arpente les rues de la ville fantôme de Futaba, près de Fukushima
Le juge Hideki Kanazawa arpente les rues de la ville fantôme de Futaba, près de Fukushima, pour instruire les plaintes des victimes de l'accident nucléaire de mars 2011. Copie d'écran du Mainichi Shimbun, le 18 mars 2016.

Asie du Nord-Est

Korea Herald – Kim Jung-un tient ses promesses. Pour montrer qu’il se rie des sanctions internationales qui s’accumulent ces dernières semaines, il a mis à exécution son nouveau test de missiles balistiques ce vendredi 18 mars. Le missile a volé plus de 800km avant de disparaître dans les eaux de la mer du Japon, appelée mer orientale de Corée par Pyongyang et mer de l’Est par Séoul. Le régime nord-coréen a voulu aussi répondre aux exercices militaires entre les Etats-Unis et la Corée du Sud, débutés le 7 mars dernier. Ces missiles à moyenne portée appelées Rodong auraient suffisamment de puissance pour atteindre la Corée du Sud et une partie du Japon, et pourraient contenir des charges explosives ou des munitions chimiques. Ce qui laisse les experts occidentaux ou japonais encore très sceptiques. Pyongyang avait déjà lancé deux missiles à courte portée en direction de la même zone le 10 mars derniers. Mais c’est la première fois depuis deux ans, qu’un missile de moyenne portée est lancé par Pyongyang.
Mainichi Shimbun (en japonais) – Une équipe de juristes en tenue de sécurité a arpenté ce vendredi les rue de Futaba. Ils sont venus enquêter après 3 900 personnes ont saisi la cour locale de Fukushima pour une plainte collective. Il s’agit pour eux d’obtenir le rétablissement de la « situation initiale » de la région, et des dédommagements pour les familles des victimes de l’accident nucléaire de 2011. Les plaignants demandent 400 euros par mois en attendant que le niveau de radioactivité revienne au niveau antérieur à l’accident, et 40 d’entre eux réclament environ 160 000 euros de dédommagements pour avoir perdu leur terre natale. C’est la première fois que des juristes mènent l’enquête dans la ville fantôme de Futaba, où plus rien n’est comme avant.
South China Morning Post – Le gouvernement chinois reviendrait-il sur ses promesses de réformes économique ? c’est ce que laisse entendre Cary Huang du South China Morning Post, rappelant que les dirigeants s’étaient entendus sur le sujet l’année dernière. La direction du Parti avait préconisé des mesures destinées à réduire l’intervention du gouvernement dans l’économie afin de remédier aux problèmes des écarts de revenus et de surcapacité de production. Mais dans son discours de clôture de la session annuelle du Parlement, le Premier ministre chinois Li Keqiang a fait entendre aux experts une autre échelle des priorités : l’équilibrage de l’économie, qui nécessite une croissance soutenue. La lutte contre les créances douteuses et la restructuration des entreprises d’Etat attendront.
Channel News Asia – Cela sent les vieilles méthodes de l’ère Mao. A Langzhong dans la province du Sichuan, le parti communiste a tenu à organiser en plein air un procès de mingong, ces fameux travailleurs migrants dont la force de travail à bas coût a permis le miracle économique chinois. Les suspects étaient accusés d’avoir « troublé l’ordre public » à l’occasion d’une manifestations pour réclamer le paiement de leur salaire. Verdict : 6 à 8 mois en prison ferme. Ce type de procès a des chances de se multiplier alors que la Chine vit une croissance économique au plus bas depuis 25 ans, ce qui force les entreprises à licencier, à réduire les salaires, voire dans le cas de Langzhong, à ne pas les payer.
China Post – Alors que le président de la République, Ma Ying-jeou, effectue sa dernière tournée diplomatique chez les alliés d’Amérique centrale (il est actuellement au Bélize), la Gambie a annoncé hier jeudi 17 mars l’établissement de relations diplomatiques avec la République populaire de Chine. A Taipei, la réaction s’étale à la Une de toute la presse anglophone et sinophone. Ma Ying-jeou a exprimé « son profond mécontentement », trouvant la nouvelle « extrêmement inappropriée ». Pour le ministère taïwanais des Affaires continentales, cette annonce provoque en outre une certaine confusion dans la communauté internationale parce que la Gambie n’entretient plus de relations diplomatiques avec Taipei depuis novembre 2013. Il ne s’agit donc pas exactement d’une victoire diplomatique pour Pékin, ni d’une perte pour Taïwan. Mais c’est certainement un avertissement sérieux que lance le Parti communiste chinois à Taipei, alors que Tsai Ing-wen, d’obédience indépendantiste et élue présidente de la République le 16 janvier dernier, doit être investie le 21 mai prochain à la tête de l’Etat. Le DPP a réagi ce vendredi matin en reprenant les points principaux de la politique continentale de Tsai Ing-wen : maintenir la paix et de la stabilité dans le détroit de Taïwan, assumer le rôle de nation pacifiste et la responsabilité de la stabilité et de la paix dans les relations avec la communauté internationale et enfin, maintenir l’unité de tous les Taïwanais dans la défense de la démocratie et des libertés publiques dans l’île. « Les relations entre les deux rives n’ont pas besoin d’être gérées sur le mode de la compétition », a enfin rappelé le porte-parole du DPP ce matin.

Asie du Sud-Est

Channel News Asia – Le gouvernement de Najib Razak est en plein raidissement politique. Accusé d’avoir reçu des transferts d’argent frauduleux de la part du fonds étatique d’investissement stratégique 1MDB, le Premier ministre malaisien impose maintenant une censure des débats sur la question au Parlement. C’est l’un des membres de son cabinet, Azalina Othman, qui a annoncé cette mesure, déchaînant les élus de l’opposition. Hier mardi 17 mars, ces parlementaires en ont appelé au président de l’Assemblée, rejetant l’autorité de la représentante du Permier mininstre. Selon Azalina Othman, il est « inapproprié » de parler de ce scandale alors que le Barreau malaisien procède à un recours contre Najib Razak.
The Jakarta Post – Le gouvernement de Jakarta doit garantir la protection des civils qui s’expriment en public, a déclaré l’Institute for Policy Research and Advocacy (ELSAM). Le think tank indonésien met en garde contre la multiplication des affaires liées à la liberté d’expression, citant le cas de l’arrestation d’un fonctionnaire pour « blasphème » sur les réseaux sociaux en 2012 : il avait déclaré « être athée ». Syamsudin Haris, chercheur à l’Institut des Sciences indonésien, ajoute que la loi « ne doit pas être utilisée par des personnes qui s’en servent pour faire arrêter les personnes qui s’expriment ».
Phnom Penh Post – Las ! Le Premier ministre cambodgien défend sa côte de popularité « chèrement acquise » sur les réseaux sociaux. Le Phnom Penh Post avait révélé la semaine dernière qu’une majorité de mentions « j’aime » provenaient de l’étranger, dont quelque 250 000 d’Inde. « Pourquoi n’êtes-vous pas content de cette nouvelle ? », a demandé Hun Sen lors d’une cérémonie de remise de diplômes à Phnom Penh, se réjouissant de son prestige international. Mais l’accusation d’achat des mentions « j’aime » provient de son ancien rival Sam Rainsy, président du Parti du sauvetage national du Cambodge. Selon lui, il s’agit d’une preuve que le président actuel triche sur sa popularité, comme il avait aussi triché lors des élections présidentielles en 2013. D’après les données fournies par le site socialbakers.com, 56,3 % des fans du Premier ministre sont cambodgiens.

Asie du Sud

The Hindu – Le parti du Congrès a tout à perdre, alors que le BJP du Narendra Modi a tout à gagner. Tel est le pronostic à la veille des élections locales dans plusieurs Etats de la fédération indienne. Après la défaite aux élections générales de 2014, le parti du Congrès à perdu en influence, lentement mais sûrement. Un seul Etat restera au mains du Congrès, le Bihar, car il dirige une alliance avec les partis minoritaires du Janata Dal et du Rashryiya Janata Dal. Le BJP, quant à lui, gagne du terrain, et polarise le débat politique autour de la question du droit de vote des musulmans qu’il promet de révoquer.
Dawn« Je suis un commando, et j’aime mon pays natal. Je reviendrai dans quelques semaines ou quelques mois. » L’ex-Premier ministre Pervez Musharaf a profité que son nom ait été retiré de la liste des personnes interdites de voyager, pour prendre dès ce vendredi matin un vol pour Dubai. Il déclare devoir subir une « opération pour une vertèbre fracturée », selon son avocat. Musharaf jure de revenir au pays pour affronter les différentes accusations qui pèsent sur lui, notamment pour trahison en 2007. Il avait été enregistré sur la liste de personnes interdites de voyager le 5 avril 2013.
Nepali Times« Pékin joue de la distance que prend le Népal par rapport à l’Inde, mais ne nous aidera pas au risque de fâcher New Delhi », commente Om Astha Rai du Nepali Times. alors que le Premier ministre K P Oli se rend en Chine ce dimanche 20 mars. Il participera au Forum économique de Boao pour l’Asie, où il espère avancer sur les sujets du commerce, de la finance, et du développement de routes. Mais c’est surtout sur la question du pétrole que le Nepali Times est pessimiste. Katmandou souhaite importer un tiers de son pétrole de Chine pour réduire sa dépendance à l’égard de l’Inde.
Par Joris Zylberman et Ryôma Takeuchi, avec Hubert Kilian à Taipei et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris