Société
Témoin – Siau-Lian-Lang, être jeune à Taïwan

 

A Taïwan, le nouvel an lunaire prend un coup de jeune

Les habitants de Taïpei se rassemblent au temple Lung Shan le premier jour de la nouvelle année lunaire.
Les habitants de Taïpei se rassemblent au temple Lung Shan le premier jour de la nouvelle année lunaire. (Crédit : SAM YEH / AFP)
Le grand ménage a été fait la semaine précédente, et depuis le matin mais plus sûrement la veille, on (comprendre : les femmes de la famille) s’est activé en cuisine pour préparer les plats qui ornent désormais la grande table.

Toute la famille est réunie pour le réveillon du Nouvel An lunaire ; trois générations au moins rassemblées pour plusieurs jours selon un rituel bien établi. Après un réveillon aux accents gastronomiques, le premier jour de la nouvelle année, on doit se rendre au temple en famille, puis, le deuxième jour, les filles mariées reviendront chez leurs parents, occasion de nouvelles agapes.

L’image n’est pas que d’Epinal : à Taïwan, les jeunes générations en inonde les réseaux sociaux, Facebook et Instagram en tête.
Ces photos sont d’ailleurs souvent accompagnées de nombreux commentaires, depuis les traditionnelles formules de voeux et les blagues sur les cousins retrouvés une fois par an, jusqu’aux remarques plus acerbes.

« J’ai déjà répondu deux fois à la question : quand vas-tu te marier ?», note Sean, 30 ans, le soir du réveillon.
La période est en effet redoutée par les jeunes déjà entrés dans la vie active (être étudiant prémunit en partie des questions indiscrètes), pour qui elle s’apparente souvent à un impitoyable passage en revue par la famille élargie.

Mais finalement, tout cela fait partie des habitudes.

Pourtant, si l’image est sauve, de plus en plus de libertés sont prises avec la tradition. Les indices foisonnent.

Ainsi, une semaine avant les fêtes, Lucas, 30 ans, est certes retourné aider au nettoyage du domicile paternel et il a aussi passé le réveillon en famille, mais il n’est resté sur place qu’une nuit, repartant au petit matin vers la capitale. Cindy, 28 ans, a quant-à-elle profité de la semaine de congés complète pour partir en voyage à l’étranger avec des amies : « Ma mère sait que je n’ai pas beaucoup de vacances, donc elle n’a pas fait de problème ».

Dans la famille de Steven, 35 ans, cela fait belle lurette qu’on ne cuisine plus le repas du Nouvel An, la famille se retrouvant au restaurant pour l’occasion, les trois jours de festivités se résumant ainsi à une seule soirée. Jude, 19 ans et qui travaille à Taïpei, n’est pas retourné dans sa ville natale, sur la côte Est de Taïwan, pourtant distante de seulement 2h30 en train, estimant que le jeu n’en valait pas la chandelle…

Une remarque revient également en boucle : la fête du Nouvel An lunaire n’a pas le caractère chaleureux de la fête occidentale de Noël. Au contraire, elle est le plus souvent vécue comme une succession d’obligations dont on est heureux de s’extirper.
Ces dernières sont ainsi mises à distance, allégées, contournées, en particulier les jeunes actifs, même si les apparences sont sauves dans la plupart des cas.

A propos de l'auteur
Pierre-Yves Baubry
Après avoir travaillé en France et en Chine dans le domaine de la communication et des médias, Pierre-Yves Baubry a rejoint en 2008 l’équipe de rédaction des publications en langue française du ministère taïwanais des Affaires étrangères, à Taipei. En mars 2013, il a créé le site internet Lettres de Taïwan, consacré à la présentation de Taïwan à travers sa littérature.