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Vietnam : le PC en congrès sur fond de crise interne

A Hanoi, un vendeur ambulant passe devant une affiche annonçant la réunion prochaine du XIIème Congrès du parti communiste vietnamien
A Hanoi, un vendeur ambulant passe devant une affiche annonçant la réunion prochaine du XIIème Congrès du parti communiste vietnamien. (Crédit : HOANG DINH NAM / AFP).
Le XIIème Congrès du Parti communiste vietnamien débutera le 20 janvier prochain et s’achèvera quelques jours avant le 8 février, début de l’année lunaire. Peu de personnes se hasardent aujourd’hui à pronostiquer l’identité des dirigeants qui seront choisis et les décisions qui seront prises à l’issue de cette réunion au sommet.

Mais, nul ne doute de son importance.

En effet, réuni au complet, le Comité central du Parti élira ses nouveaux membres. Ceux-ci choisiront ensuite les membres du “tout-puissant” Bureau politique, du Secrétariat, de la Commission d’enquête du parti, et enfin le secrétaire général. Ce Congrès devra aussi adopter définitivement les deux rapports (politique et économique) contenant les orientations générales pour les cinq prochaines années. Il désignera aussi les candidats aux trois postes de : chef de l’Etat, Premier ministre et président de l’Assemblée nationale.

C’est dire le caractère décisif de ce congrès pour l’avenir du pays.

Une partie de ce travail a, d’ailleurs, été réalisé au cours des plénums qui ont précédé le congrès. Ainsi, les trois candidats aux postes dirigeants ont été désignés lors du 13ème plénum qui s’est tenu à la mi-décembre, mais leurs noms ont été soigneusement tenus secret. Selon toute vraisemblance, la consigne du secret a été spécialement renforcée pour ce congrès.

L’importance de ce XIIème congrès est d’autant plus grande que, semble-t-il, les problèmes s’accumulent à l’intérieur du Parti. Un certain nombre de signes ont ainsi montré que la préparation de ce congrès avait été difficile : les plénums de préparation se sont multipliés et ont été d’une durée inaccoutumée et les deux projets de rapports – le rapport politique et le rapport économique – n’ont été rendus publics qu’au mois de juin dernier, contrairement à l’habitude. Egalement, de nombreux et longs débats ont accompagné le choix des dirigeants.

Ces difficultés dans la préparation du congrès s’expliquent sans doute par l’existence d’une crise profonde à l’intérieur du parti dirigeant.

Certains des événements récents l’ont clairement révélé. Le 9 décembre dernier par exemple, une lettre ouverte, dont le contenu est sans précédent, a été envoyée au Bureau politique, l’instance dirigeante du Parti. Elle était signée par 127 personnalités bien connues du pays. Elle demandait que soit changé le nom l’Etat (République socialiste), que soit abandonnée l’idéologie marxiste-léniniste. Elle proposait de plus que le secrétaire général soit élu au suffrage direct.

A cette désaffection vis-à-vis du marxisme à l’intérieur même du Parti s’ajoute une certaine désunion et à de nombreuses rivalités internes. C’est, par exemple, un véritable antagonisme qui s’affiche presque ouvertement entre l’actuel Premier ministre, Nguyên Tân Dung, et le secrétaire général, Nguyên Phu Trong, auquel s’est allié l’actuel chef de l’Etat, Truong Tân Sang.

D’après de nombreux observateurs vietnamiens et étrangers, le Premier ministre nourrirait l’ambition de devenir le nouveau secrétaire général et, pour cela, passerait outre la règle qui oblige les dirigeants de plus de 65 ans à démissionner. Ce serait la première fois dans l’histoire du Parti communiste vietnamien qu’un Premier ministre briguerait le poste-clé de secrétaire général.

Il faut dire qu’aujourd’hui, Nguyên Tân Dung est sans doute l’homme le plus puissant du pays. C’est un pouvoir qu’il a forgé au cours de ses dix ans d’exercice des fonctions de Premier ministre. Et, depuis deux ans, il s’oppose ouvertement au secrétaire général, qui est, traditionnellement, le plus haut dirigeant du Parti.

L’existence de deux groupes à l’intérieur du Parti contribue à approfondir encore davantage la crise. Un certain nombre d’adhérents reste fidèle à l’actuel secrétaire général, Nguyên Phu Trong. Mais une partie importante des effectifs, y compris à l’intérieur du Bureau politique, s’est ralliée au Premier ministre Nguyên Tân Dung. A la suite de ce dernier, un groupe préconise une réforme profonde du parti et du régime dans le sens du libéralisme et, dans le domaine de la politique étrangère, veut s’appuyer sur les forces du monde occidental pour se mettre à l’abri des pressions territoriales et de l’impérialisme de plus en plus menaçant de la Chine.

C’est précisément l’ombre du grand voisin du Nord qui plane sur les commentaires qui ont suivi la visite du doyen de l’Assemblée nationale, Nguyên Sinh Hung (quatrième personnage de l’Etat), à Pékin, le 23 décembre dernier, moins d’un mois avant le début du XIIème Congrès. Il y a rencontré le président chinois Xi Jinping. Et on ne peut que s’interroger sur la motivation de cette rencontre. Est-elle en lien avec le futur congrès ? Avec le choix des nouveaux dirigeants ? Avec la situation et l’état d’esprit des membres du Parti vietnamien ?

On attribue aux partisans de l’actuel secrétaire général le climat politique qui règne aujourd’hui au Vietnam à la veille du dit Congrès.
Parmi les signes suggérant une reprise en main de la société civile par la Sécurité publique, il y a eu en premier lieu l’arrestation de l’avocat des droits de l’homme, Nguyên Van Dai, le jour même où, au Vietnam, une délégation de l’Union européenne s’entretenait de droits de l’homme.
Un autre signe a suivi un peu plus tard : devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre Nguyên Tân Dung a affirmé que, selon un engagement pris auprès de ses partenaires du Pacifique, les travailleurs avaient le droit de fonder des organisations indépendantes. Une organisation non reconnue – « La fraternité du travail », a alors imprimé des tracts avec la citation du Premier ministre. Ses membres ont par la suite été violemment frappés par les forces de la police.
Plus récemment enfin, un général de police a alerté sur les dangers de « l’opposition réactionnaire » et affirmé que toutes les organisations indépendantes devraient être sanctionnées.

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