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Témoin – Siau-Lian-Lang, être jeune à Taïwan

Elections à Taïwan : quelle place pour la jeunesse dans les programmes ?

Les trois candidats à l’éléction présidentielle taïwanaise lors du débat télévisé du 17 décembre 2015.
Les trois candidats à l’éléction présidentielle taïwanaise lors du débat télévisé du 17 décembre 2015. De gauche à droite : James Soong (PFP), Eric Chu (KMT) et Tsai Ing-wen (DPP). (Crédit : CHUCK CHEN / POOL / AFP).

A quelques jours des élections présidentielle et législatives à Taïwan, les candidats engagent leurs dernières forces dans une campagne qui, marquée au plan national par le rejet du parti au pouvoir, le Kuomintang, et l’avance considérable prise dans les sondages par la candidate du Parti démocrate-progressiste (DPP) Tsai Ing-wen (蔡英文), s’est rapidement muée en une succession de batailles locales en vue du contrôle du parlement. Dans ce contexte, le débat national a pu paraître assez décousu. Toutefois, les questions touchant à l’avenir de la jeunesse taïwanaise ont en partie servi de fil conducteur aux trois candidats à la présidentielle pour articuler leurs propositions.

En parvenant, dès l’été, à rassurer sur sa politique de « statu quo » vis-à-vis de Pékin, Tsai Ing-wen a pu dérouler sans encombres ses projets de réformes économiques et sociales, bientôt rejointe sur ce terrain par ses concurrents Eric Chu (朱立倫) du KMT et James Soong (宋楚瑜) du Parti pour le peuple (PFP). Et ce sont deux grands thèmes liés à l’insertion des jeunes dans la vie active qui ont marqué les dernières semaines, y compris lors des deux débats télévisés auxquels ont participé les trois candidats. Un débat spécifique a en outre été organisé le 6 décembre par des étudiants de sept grandes universités sur le thème de la jeunesse.

Contexte

A Taïwan, le taux de chômage est inférieur à 4 % en moyenne mais touche près de 13 % des jeunes actifs âgés de 20 à 24 ans. En 2015, un jeune diplômé du supérieur touchait un peu plus de 27 000 TWD (soit 750 €) par mois en moyenne dans le cadre d’un premier emploi, soit un montant inférieur à l’année 2000 où la moyenne était de 28 000 TWD.

Comment faire pour que les jeunes puissent trouver à Taïwan des emplois suffisamment bien rémunérés ? La question résume à elle seule celles, plus large, de la stagnation des salaires dans l’île depuis une quinzaine d’années et de la fuite des talents attirés par les marchés du travail chinois, hongkongais et singapouriens.
On parle ainsi depuis quelques années de la génération « 22K », en référence au salaire de départ (22 000 dollars taïwanais par mois, soit un peu plus de 600 euros) offert aux jeunes diplômés dans un certain nombre de secteurs. Au début de la présidence de Ma Ying-jeou (馬英九), en effet, ce montant a servi de base pour le calcul des subventions versées par l’Etat aux entreprises pour l’embauche de jeunes diplômés. Il s’est rapidement transformé en valeur de référence, contribuant à tirer les salaires vers le bas.

Les candidats se sont efforcés de tracer des perspectives pour sortir Taïwan de cette « trappe à bas salaires » : Eric Chu a proposé de relever à 30 000 dollars taïwanais – voire même à 40 000 dollars pour les jeunes diplômés – le salaire mensuel minimum. Tsai Ing-wen et James Soong ont au contraire estimé que la hausse des salaires devait avant tout résulter d’investissements dans la recherche-développement et d’une montée en gamme de l’économie taïwanaise. Eric Chu a également proposé de renforcer la formation en alternance, y compris dans l’enseignement supérieur ; rejoint en celà par Tsai Ing-wen qui insistait elle aussi sur la nécessité d’une formation initiale plus adaptée aux besoins des entreprises.

La question du logement et de l’accession à la propriété a également occupé le devant de la scène. Elle est particulièrement sensible à Taipei et dans le nord de Taïwan, où devenir propriétaire est devenu hors de portée pour nombre de jeunes couples. Sur ce terrain, c’est Tsai Ing-wen et le DPP qui ont pris l’initiative, en proposant la mise sur le marché de 200 000 logements sociaux en huit ans, dont une partie importante issue de nouvelles constructions. Eric Chu et James Soong ont dit préférer accorder des avantages fiscaux aux propriétaires pour les encourager à mettre leurs biens en location.

D’autres thèmes de campagne intéressant directement les jeunes ou trouvant un écho auprès d’eux – comme la professionnalisation des armées, la protection de l’environnement ou encore l’ouverture du mariage aux couples de même sexe – ont également été abordés, sans toutefois occuper le premier plan.

Ces propositions encourageront-elles les jeunes à se rendre aux urnes ? Réponse le 16 janvier, alors que les sondages indiquent déjà une nette préférence des 20-29 ans et des 30-39 ans pour Tsai Ing-wen, créditée dans ces tranches d’âge d’environ 60 % des intentions de vote exprimées.

A propos de l'auteur
Pierre-Yves Baubry
Après avoir travaillé en France et en Chine dans le domaine de la communication et des médias, Pierre-Yves Baubry a rejoint en 2008 l’équipe de rédaction des publications en langue française du ministère taïwanais des Affaires étrangères, à Taipei. En mars 2013, il a créé le site internet Lettres de Taïwan, consacré à la présentation de Taïwan à travers sa littérature.