Société
Témoin – Siau-Lian-Lang, être jeune à Taïwan

 

Ils ont occupé le parlement taïwanais, pourront-ils y être élus ?

L’artiste graffeur Vestar Fu devant son oeuvre : un graffiti présentant (de gauche à droite) : Tsai Ing-wen du DPP, Hung Shiu-chu du KMT et James Soong du PFP.
L’artiste graffeur Vestar Fu devant son oeuvre : un graffiti présentant (de gauche à droite) : Tsai Ing-wen du DPP, Hung Shiu-chu du KMT et James Soong du PFP. (Crédit : SAM YEH / AFP.).

Deux ans après le « mouvement des tournesols » et l’irruption sur la scène politique taïwanaise de nouvelles personnalités parfois tout juste sorties des bancs de l’université, les élections législatives du 16 janvier 2016, qui se tiennent le même jour que le scrutin présidentiel, conduiront-elles à un rajeunissement de la représentation nationale à Taïwan ?
Lorsque les députés qui composent l’actuel Yuan législatif — le nom du Parlement à Taïwan — ont été élus en 2012, leur âge moyen était de 52 ans et demi (deux ans de moins que la moyenne de l’Assemblée nationale élue en France la même année, soit dit en passant). Le 16 janvier prochain, cette moyenne d’âge pourrait bien baisser.

Repères

Le parlement taïwanais ne compte qu’une seule chambre avec 113 sièges, renouvelés en une seule fois à travers trois types de scrutins à un seul tour. Soixante-treize de ces sièges sont pourvus via des scrutins par circonscription, le candidat arrivant en tête dans une circonscription donnée étant déclaré vainqueur. Trente-quatre sièges sont attribués par scrutin de liste au niveau national, les 18 listes en présence cette fois-ci devant obtenir plus de 5% des voix pour espérer avoir des élus. Enfin, six sièges sont déterminés par les citoyens aborigènes (lesquels votent également pour le scrutin par circonscription et le scrutin de liste). Au total, il y a 558 candidats aux élections législatives du 16 janvier 2016, dont 356 dans des circonscriptions et 23 pour le scrutin aborigène.

D’une manière générale, le monde politique taïwanais est d’accès difficile pour les nouveaux venus : le poids des réseaux locaux y est essentiel et il faut généralement du temps et de la persévérance pour les cultiver. La génération de militants issue des mouvements sociaux de ces dernières années a toutefois posé en un temps record les bases d’une action politique.
Ceux que le grand public a appris à connaître lors du « mouvement des tournesols » (né de la contestation de l’accord sur le commerce des services signé avec Pékin et marqué par trois semaines d’occupation du Parlement) ont, soit rejoint, soit créé des petits partis d’opposition entretenant des relations plus ou moins distantes avec le Parti démocrate-progressiste (DPP) de la (probable) future présidente de la République, Tsai Ing-wen [蔡英文].
C’est le cas de Huang Kuo-chang (黃國昌), 42 ans, ancien chercheur à l’Academia Sinica, le plus prestigieux organisme de recherche à Taïwan, et l’un des leaders du « mouvement des tournesols » qui a rejoint en mai dernier le New Power Party (NPP) créé au début 2015. Huang Kuo-chang est candidat à New Taipei. Parmi les autres figures du NPP on trouve notamment Freddy Lim (林昶佐), 39 ans, leader du groupe de rock métal Chthonic et candidat à Taipei, et Hung Tzu-yung (洪慈庸), 33 ans, candidate à Taichung.
Le rockeur Freddy Lim, candidat du New Power Party dans une circonscription de la capitale, a le soutien du DPP, comme ici son candidat à la vice-présidence de la République, Chen Chien-jen (陳建仁).
Le rockeur Freddy Lim (à g.), candidat du New Power Party dans une circonscription de la capitale, a le soutien du DPP, comme ici son candidat à la vice-présidence de la République, Chen Chien-jen (陳建仁). (Crédit : D.R.).
Le DPP ne présente volontairement pas de candidats dans ces circonscriptions, ce qui pourrait permettre l’élection d’un et peut-être deux représentants du NPP. En outre, si ce jeune parti rassemble suffisamment de suffrages lors du scrutin de liste, ce que laissent envisager certains sondages, sa tête de liste, l’ancienne présentatrice de télévision et militante aborigène Kawlo Iyun Pacidal, 38 ans, pourrait également être élue.
D’autres petits partis ont fait le choix d’une indépendance totale vis-à-vis du DPP. C’est le cas du Parti social-démocrate (SDP), fondé en 2015 également et qui a formé pour ces élections une alliance avec le Parti vert (écologiste). De ce fait, ses candidats en lice dans les circonscriptions ont peu d’espoir d’être élus — c’est le cas de la plus jeune d’entre eux, Miao Po-ya (苗博雅), 28 ans, candidate à Taipei.
Sous la bannière des Verts et des Sociaux-démocrates, Miao Po-ya est l'une des plus jeunes candidates de cette élection. En militante aguerrie, elle utilise à plein les réseaux sociaux, de Facebook à Instagram en passant par Line.
Sous la bannière des Verts et des Sociaux-démocrates, Miao Po-ya est l'une des plus jeunes candidates de cette élection. En militante aguerrie, elle utilise à plein les réseaux sociaux, de Facebook à Instagram en passant par Line. (Crédit : D.R.).
Sur la liste présentée au niveau national par ces deux partis, on retrouve la secrétaire générale de l’Alliance de Taïwan pour l’avancement des droits des jeunes, Yeh Da-hua (葉大華), 44 ans, et la présidente de l’Alliance pour la promotion des droits au partenariat civil (en faveur du mariage pour tous), Victoria Hsu (許秀雯), 43 ans. En vue de passer la barre des 5%, la compétition sera toutefois rude avec la liste du NPP et avec celles d’autres mouvements, anciens ou nouveaux, comme le Parti républicain (MKT), le Nouveau Parti ou l’Union Solidarité Taïwan (TSU).
D’autres figures du « mouvement des tournesols » ont dû renoncer à leurs ambitions électorales. C’est le cas de Chen Wei-ting (陳為廷) qui lorgnait sur une circonscription à Miaoli et qui s’est retiré très tôt de la course après qu’un scandale le concernant eut remonté à la surface. Egalement, d’autres jeunes candidats ont jeté l’éponge faute de moyens financiers. Ils ne pouvaient pour certains pas s’acquitter des 200 000 dollars taïwanais exigés en dépôt par la commission centrale des élections.

Du côté des partis installés, la situation est logiquement plus diverse. Au Parti pour le peuple (PFP) du candidat à la présidence James Soong (宋楚瑜), Chen Yi-chieh (陳怡潔), 34 ans, est deuxième sur la liste nationale et pourrait être élue.
Au Kuomintang (KMT), qui peut raisonnablement espérer préserver une quarantaine de sièges sur les 65 qu’il détient dans l’assemblée sortante, c’est principalement grâce au scrutin de liste que pourraient émerger de nouvelles têtes. Le fondateur de TEDxTaipei, Jason Hsu (許毓仁), et une Cambodgienne naturalisée taïwanaise, Lin Li-chan (林麗蟬), tous deux âgés de moins de 40 ans et membres du Conseil consultatif de la jeunesse auprès du Premier ministre, figurent en effet en position éligible. Grâce aux primaires internes organisées par le KMT pour la nomination de ses candidats au niveau des circonscriptions, un certain renouvellement s’est également opéré. Le cas le plus saillant est celui de Chiang Wan-an (蔣萬安), 37 ans, fils de l’ancien ministre des Affaires étrangères John Chiang (蔣孝嚴) et surtout arrière-petit-fils de Chiang Kai-shek (蔣介石), et qui est candidat à Taipei avec de bonnes chances de l’emporter.

Arrière-petit-fils de Chiang Kai-shek, Chiang Wan-an pourrait symboliser la nouvelle génération des députés du Kuomintang (KMT).
Arrière-petit-fils de Chiang Kai-shek, Chiang Wan-an pourrait symboliser la nouvelle génération des députés du Kuomintang (KMT). (Crédit : D.R.).
Enfin, c’est dans les rangs du DPP que la promesse de baisser la moyenne d’âge au parlement prend tout son sens. Non pas que le parti de Tsai Ing-wen, qui a le vent en poupe et est crédité dans les sondages d’une soixantaine de sièges, ait nominé des candidats tout juste sortis du berceau. On ne trouve même quasiment pas de moins de 40 ans en position éligible sur sa liste nationale. Mais ses candidats ont souvent la quarantaine ou la cinquantaine et pourraient déloger des députés sortants du KMT qui sont de quelques années leurs aînés.

Résultats de cette éventuelle cure de jouvence le 16 janvier 2016.
A propos de l'auteur
Pierre-Yves Baubry
Après avoir travaillé en France et en Chine dans le domaine de la communication et des médias, Pierre-Yves Baubry a rejoint en 2008 l’équipe de rédaction des publications en langue française du ministère taïwanais des Affaires étrangères, à Taipei. En mars 2013, il a créé le site internet Lettres de Taïwan, consacré à la présentation de Taïwan à travers sa littérature.