Environnement
Vidéo-reportage

Vidéo : les solutions de Pékin contre l’airpocalypse

Après une amélioration de la qualité de l’air au début 2015, l’airpocalypse a encore frappé Pékin au mois de novembre.
Après une amélioration de la qualité de l’air au début 2015, l’airpocalypse a encore frappé Pékin au mois de novembre. (Crédit : Nicolas Sridi)
Alors que la ville de Pékin étouffe sous un smog toxique, que font les autorités locales pour changer la donne ? Pourquoi est-il si difficile de redonner un ciel bleu à la capitale chinoise ? Autant de questions gênantes pour la Chine en pleine COP21 à Paris. Parmi les solutions du gouvernement : trouver à court terme une source d’énergie pour remplacer le charbon dans la production d’électricité. Les autorités chinoises misent sur le gaz. Une action positive rapide à mettre en place mais ont-elles les moyens d’imposer une véritable révolution verte malgré les coûts financiers qu’elle cela représente ? Reportage vidéo à Pékin.
A force d’exploser régulièrement les indices de pollution atmosphérique, Pékin, avec son enveloppe de smog gris, s’est forgé une solide réputation de ville irrespirable sur l’ensemble de la planète. Les projecteurs de la COP21 braqués sur la capitale aidant, la municipalité a même décidé mardi 8 décembre 2015 de déclencher pour la première fois l’alerte rouge, imposant fermetures d’usines et de chantiers, circulation alternée et conseillant aux parents de laisser les enfant à la maison.

Le changement, c’est maintenant ?

Salutaire réveil des autorités locales ? N’est-ce pas plutôt un « coup » médiatique à l’adresse de la communauté internationale, sachant que l’indice de pollution de ce mardi a déjà été largement dépassé auparavant, sans qu’aucune alerte ne soit activée ?
Les lacunes et dérives des autorités chinoises sur la gestion de la pollution atmosphérique sont innombrables. A commencer par la censure des informations sur le sujet dans les médias. Mais il serait injuste de dire que Pékin ne prend aucune mesure pour affronter le problème.
Dépassés par la croissance démographique de l’agglomération, la montée générale du niveau de vie et des besoins des habitants, obligés de revoir leurs politiques en intégrant toute la province alentour du Hebei, les responsables pékinois ont néanmoins investi massivement dans les infrastructures. Des investissements en partie dirigés vers la décarbonisation de la production d’électricité qui, à Pékin comme dans tout le pays, est obtenue en grande majorité à partir du charbon.
Et pour en savoir plus, Asialyst vous propose de découvrir en images l’une des actions phares de la municipalité de Pékin : le remplacement des centrales thermiques au charbon alimentant l’agglomération par des nouvelles centrales à gaz dernier cris.

Un ciel bleu qui coûte très cher

Si passer du charbon au gaz n’est pas encore la panacée environnementale et que la mise en place d’un mix énergétique plus soutenable (solaire, éolien, biomasse et autres renouvelables) représente la seule solution à long terme, le coût d’une véritable révolution verte est tout simplement faramineux.
Pour s’en convaincre, il est intéressant de se plonger dans les données fournies par le très officiel quotidien anglophone China Daily dans un article du 10 septembre dernier sur le coût de l’amélioration de l’environnement pour la seule ville de Tangshan.
Située à 170 km à l’est de Pékin, cette ville de 7 millions d’habitants, tristement célèbre en Chine pour l’effroyable séisme qui la toucha en 1976, concentre aciéries, briqueteries, cimenteries et autres industries lourdes energétivores. Elle symbolise parfaitement la province du Hebei, l’une des plus polluées du pays, qui entoure littéralement la municipalité de Pékin.
Reprenant des chiffres du ministère de la Protection de l’Environnement, le China Daily nous apprend que la mise en place d’un contrôle des émissions polluantes (filtres sur les cheminées, fermetures des petites structures inefficaces,…) aura coûté 5 milliards d’euros sur deux ans, entre 2013 et 2014. Un montant impressionnant qui représente pas moins de 5,7% du PIB de la ville en 2014 pour un résultat qui reste largement insuffisant.
Encore plus marquant, la facture pour l’arrêt total des usines polluantes de la ville pendant les 10 jours du sommet de l’APEC (Le Forum de Coopération économique de l’Asie-Pacifique) en novembre 2014. Cette mesure imposée par le gouvernement central aura coûté la bagatelle d’1,4 milliards d’euros en perte sèche pour les industries locales.
A la lumière de ces données, on imagine bien le coût exorbitant que représente une mise à niveau globale pour toutes les zones industrielles du Hebei, seule solution pour faire disparaître de manière durable le nuage de pollution qui étouffe la capitale chinoise.
Face à ce principe de réalité, même le puissant Parti communiste chinois sous la ferme direction de Xi Jinping ne peut se permettre d’intervenir de manière trop radicale. Si le Parti renforce sa communication sur la protection de l’environnement pour apaiser la colère montante des citadins face au smog, il craint encore plus les troubles sociaux qu’occasionnerait la fermeture brutale des infrastructures de production actuelles et les millions de chômeurs consécutifs.
Dans une Chine où la rentabilité maximale à court terme reste la priorité, la marche vers une économie plus verte et plus soutenable, même si elle a réellement débuté, risque de s’avérer très longue et surtout, à la charge des générations futures.
Par Nicolas Sridi
A propos de l'auteur
Nicolas Sridi
Co-fondateur de Asia Focus Production, journaliste accrédité à Pékin pour Sciences et Avenir depuis 2007, Nicolas a collaboré avec de nombreux média presse écrite et web français, notamment le groupe Test (01Net), lemonde.fr,… Il est également co-rédacteur en chef de l’ouvrage collectif « Le temps de la Chine » aux éditions Félix Torres (2013) en partenariat avec la CCIFC. Nicolas est par ailleurs cameraman et preneur de son et collabore à divers postes avec de nombreuses chaines comme Arte, ARD, France2, RCN,… ainsi que sur des productions corporate et institutionnelles.