Environnement
Vidéo-reportage

Asie-Europe : comment réussir la COP21 ?

La Chine montre sa bonne volonté pour la COP21, défend le Professeur Xu Qinghua.
La Chine montre toute sa bonne volonté pour la COP21, ce que défend le Professeur Xu Qinghua de l'université Renmin à Pékin, ici à la tribune de la Conférence "Asia and Europe crossing paths on the way to COP21", organisée par Asia centre et l'Asia Europe Foundation, au Sénat, à Paris, les 29 et 30 septembre 2015. (Copyright : Jean-Nicolas Schoeser)
A moins d’un mois de la COP21 à Paris du 30 novembre au 11 décembre, l’Asie est en pleine crise climatique. Les fumées toxiques créées par les feux de forêt en Indonésie empoisonnent le Sud-Est de la région. L’émission de gaz à effet de serre est tellement massive que certains à Jakarta parlent de « crime contre l’humanité ». Asialyst se mobilise pour mieux comprendre les enjeux en Asie de la plus cruciale des Conférences de l’ONU sur le changement climatique depuis le raté de Copenhague en 2009. Votre média était partenaire de la Conférence « Asia-Europe crossing paths on the way to COP21 », organisée par le think tank français Asia Centre et l’Asia Europe Foundation (ASEF), les 29 et 30 septembre derniers au Sénat, à Paris.
Trois vidéos vous présentent l’essentiel de cette conférence. Dans notre reportage, nous soulignons l’enjeu des rencontres euro-asiatiques : les Européens partagent leur expérience des politiques climatiques et les Asiatiques viennent chercher de l’inspiration. Une idée que développent à leur manière et dans deux entretiens vidéo, Michael Matthiessen, conseiller principal sur l’Asie-Pacifique au Service d’action extérieure de l’Union européenne (EEAS), et Rae Kwon Chung, le conseiller climat de Ban Ki-moon à l’ONU.
C’est l’avantage des plate-formes « off ». Aucune pression pour trouver un accord dans la nuit ou même pour débloquer des négociations dans le marasme. C’est un espace plus « décontracté » offert au experts, aux représentants officiels et aux membres de la société civile pour se mélanger. Un retour aux fondamentaux, en quelque sorte, car il s’agit avant tout d’apprendre à mieux se comprendre, à tirer les leçons de l’expérience de l’autre.
C’était exactement l’objectif de la Conférence sur le climat organisée au Sénat par Asia Centre et l’ASEF. Un « point d’étape » à deux mois de la COP21, pour évaluer où en sont l’Europe et l’Asie sur leur stratégie climatique. L’une des clés du pacte de Paris, s’il est conclu à la fin de l’année, sera les engagements annoncés par chaque gouvernement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) afin de limiter le réchauffement climatique à 2 °C, par rapport aux niveaux d’avant la Révolution industrielle. Sera-t-il possible d’atteindre un accord légalement contraignant ? Les intérêts nationaux viendront-ils entraver les engagements collectifs ? Quel rôle pour les entreprises ? Comment dialoguer sur ces enjeux entre Européens et Asiatiques, eux qui appartiennent à deux ensembles si différents ?
Voir le reportage d’Asialyst, « Quel dialogue Asie-Europe pour la COP21 » :

Où en est la préparation de la COP21

« Le fantôme de Copenhague hante les discussions sur le climat. » L’expression est de Matt McGrath, le journaliste environnement de la BBC. Elle date du 23 octobre, dernier jour de la semaine de rencontre à Bonn entre les délégations des pays participants à la COP21. Une semaine préparatoire pour avancer sur un accord intergouvernemental, qui s’est fort mal passée. Pourtant, en arrivant en Allemagne, tout le monde pensait que les choses allaient dans le bon sens. Les deux plus gros pollueurs, la Chine et les Etats-Unis, avaient chorégraphié depuis un an une valse pleine de promesses pour lutter contre le changement climatique. Pékin s’est notamment engagé sur un pic d’émissions de GES autour de 2030, une première. Dans le même temps, plus de 150 pays avaient amené à Bonn leur propre plan climat détaillé. Soit jusque-là une partition opposée à la spirale négative de Copenhague, où les décisions avaient voulu être imposées verticalement.

Cependant, lorsque le texte de 20 pages, base de l’accord futur, est rendu public à Bonn, c’est le tollé. Surtout chez les pays en développement, fous de rage des ellipses sur la question du financement de l’aide aux Etats pauvres, pour réduire leur empreinte carbone et s’adapter aux conséquences du changement climatique. Il faut alors une nuit entière pour rétablir les pages manquantes aux yeux du G77, qui représente un groupe de 130 pays en développement. Les vieux démons de la querelle entre riches et pauvres sont ressortis : soudain, la confiance a été rompue. A la fin d’une semaine tendue, les délégués des différents pays se sont quittés malgré tout avec l’envie de signer un accord ambitieux sur le climat à Paris le 11 décembre. Mais on a semblé tout d’un coup voir cette perspective s’éloigner, dans une atmosphère aussi délétère qu’en 2009. « On est encore loin du compte », a averti le délégué australien Peter Woolcott.

Une inspiration européenne pour les Asiatiques ?

Le leadership par l’exemple. Voilà le leitmotiv de l’Union européenne sur le climat depuis une trentaine d’années. En clair : montrer au monde entier la voie à suivre pour réduire les émissions. Les Etats-membres de l’UE s’accordent sur une stratégie commune qui servira ensuite de modèle global. A Copenhague, la tentative a échoué, c’est le moins qu’on puisse dire. Ni les Américains et surtout pas les Chinois n’ont voulu entendre parler d’un contrôle supranational de leur politique climatique.
Depuis ce désastre danois, les Européens ont mis de l’eau dans leur vin. lls s’accommoderaient parfaitement de ce qu’ils appellent un « mille-feuille » d’accords à tous niveaux : de la coopération décentralisée au partenariat public-privé, en passant par les collaborations entre les entreprises des différents pays. Pour la COP21, l’Union européenne n’en reste pas moins fidèle à son combat : l’obtention d’un « accord légalement contraignant ». C’est l’objectif de Michael Matthiessen, conseiller principal pour l’Asie-Pacifique au Service d’action extérieur de l’Union européenne. Asialyst l’a interviewé avant son discours en clôture de la Conférence au Sénat :
Quelle que soit la forme de l’accord final de Paris pour la COP21, une constante demeure dans le dialogue entre l’Europe et l’Asie : les Asiatiques sont toujours intéressés à tirer les leçons de la construction européenne. Bien sûr, l’UE a perdu de sa superbe avec la crise de la dette dans la zone euro et la mauvaise gestion de la crise migratoire. Pour autant, les politiques publiques comme l’écotaxe sont toujours des sources d’inspiration pour certains pays asiatiques.
Sur cette question, il existe sans doute deux Asies. Des nations avancées comme le Japon et la Corée du Sud ont assurément l’argent et la technologie pour concevoir ou imiter des politiques ambitieuses destinées à “décarboner” leur économie. Mais il est plus dur de convaincre les pays asiatiques émergents ou en développement, qui demandent à ce qu’on ne mette aucun obstacle à leur difficile croissance économique. En tout cas, rien qu’ils n’auraient décidé eux-mêmes. Les convaincre de la nécessité d’une “transformation bas carbone de l’économie”, c’est la mission que s’est donné le Sud-Coréen Rae Kwon Chung, conseiller sur le climat du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon. Lui aussi intervenant final à la Conférence d’Asia Centre et de l’ASEF, il a confié ses idées à Asialyst :

Quels engagements de l’Asie pour la COP21 ?

Soyons plus précis. De quoi parle-t-on lorsqu’on évoque les différentes positions des Asiatiques en vue de la COP21 ? Nous parlons ici de l’Asie au sens très large, c’est-à-dire jusqu’au Kazakhstan. Parmi 31 Etats considérés, seuls 10 n’ont pas déposé de contribution pour la COP21 : la Malaisie, le Sultanat de Brunei, le Timor Oriental, le Népal, le Pakistan, l’Ouzbékistan et la Corée du Nord. Taïwan n’a pas été autorisée à déposer de contribution étatique ni à participer en tant qu’Etat à la Conférence. Le gouvernement de Taipei a tout de même proposé – de façon informelle – une réduction de 50% de ses émissions de GES d’ici 2030. Taïwan ne fera pas partie des négociations mais sera représentée par l’une de ses entreprises privées, Delta Electronics qui participera au salon « Solutions COP21 » au Grand Palais.
Les engagements de l'Asie pour la COP21
Cette carte fait ressortir une grande série de questions. Pour les pays asiatiques qui veulent bien réduire leurs émissions de GES, proposent-ils tous des engagements chiffrés ? S’ils sont chiffrés, le sont-ils en termes d’émissions absolues ou d’émissions relatives (rapportées au PIB) ? Quelles modalités commandent les engagements de réduction : un scénario constant, un scénario de référence ou une année de référence ? Et à quelle hauteur s’établissent-ils ? D’un côté, les Philippines promettent une réduction de 70 % de leur GES par rapport à un scénario de référence en 2030. De l’autre, le Vietnam limite la baisse à 8 % selon les mêmes modalités.
A l’évidence, le panorama des engagements asiatiques est extrêmement éclaté. A l’autre bout de l’Eurasie, l’Union Européenne fait bloc autour d’un engagement : la réduction de 40 % des émissions de GES par rapport à 1990.

Un dialogue incertain : l’exemple de la Chine

Cette semaine du 2 novembre a illustré les deux faces du dialogue Europe-Asie sur le climat. Tout a bien commencé pour François Hollande en visite en Chine : le président français a signé une déclaration conjointe sur le climat avec le numéro un chinois Xi Jinping. Soit la promesse d’un “accord contraignant” pour revoir tous les 5 ans les objectifs en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Bonheur côté français, où l’Elysée a un besoin urgent de réussite à la COP21 de Paris – notamment pour des raisons de politique intérieure.
Côté chinois, tout paraît conforme à la bonne volonté de Pékin sur le climat. Depuis un an, on croule sous les engagements chinois historiques : un pic d’émissions de GES autour de 2030, une promesse de contribuer à hauteur de 3,1 milliards de dollars à un fond d’aide aux pays pauvres pour s’adapter aux dérèglements climatiques, et la mise en place en 2017 d’un système dit « cap and trade » (« plafonnement et échange »). Il s’agit d’un marché national de quotas de CO2, visant à donner un prix au carbone, et à encourager ainsi les industries à réduire leurs émissions.
Or, à peine 48 heures après le voyage de Hollande, sort une nouvelle plutôt décourageante. Mercredi 4 novembre, la Chine avoue qu’elle a « sous-évalué » de 17% sa consommation de charbon depuis 2000, aggravant d’autant les émissions du plus gros pollueur de la planète. Rien qu’en 2012, le pays a ainsi consommé 600 millions de tonnes de charbon de plus qu’annoncé – soit 70 % de la consommation annuelle des Etats-Unis… Alors, est-il toujours raisonnable de prendre au sérieux les engagements de Pékin en matière de climat ? A Washington, cet “aveu” chinois ne manquera pas de réveiller les plus climato-sceptiques des responsables américains : ceux qui soupçonnent éternellement la Chine de mentir sur les chiffres, afin de préserver un avantage compétitif dans le commerce international.
Les Chinois, quant à eux, démentent toute remise en cause ou « dynamitage » de la COP21. Ils continuent à se montrer positifs, comme l’explique Lin Boqiang, professeur à l’Université de Xiamen où il dirige le Centre de recherches économiques sur l’énergie.
« Ce que les gens veulent savoir à propos du sommet de Paris sur le climat, ce sont les projections futures des émissions de la Chine, insiste Lin dans une interview au Guardian. Nous devrions regarder devant et non derrière. La Chine produit d’énormes émissions de carbone, mais si nous regardons l’avenir, ses émissions vont atteindre un pic, puis commencer à tomber. »
Tout serait donc une question de confiance dans l’action future des gouvernements. Or la confiance entre Etats, c’est exactement ce dont la COP21 a besoin pour réussir.
Par Joris Zylberman
A propos de l'auteur
Joris Zylberman
Joris Zylberman est directeur de la publication et rédacteur en chef d'Asialyst. Ancien correspondant à Pékin et Shanghai pour RFI et France 24, cofondateur de la société de production Actuasia, écrit, réalise et produit des reportages sur la Chine depuis 9 ans. Il est co-auteur des Nouveaux Communistes chinois (Armand Colin, 2012) et co-réalisateur du documentaire “La Chine et nous : 50 ans de passion” (France 3, 2013).