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L’Asie du Sud-Est vue par AlterAsia

 

En Thaïlande, les travailleuses du sexe face aux MST

Thaïland gogobar
Devantures de Go-Go Bars dans Soi Cowboy à Bangkok. (Crédit : Pietro Scozzari / AGF / Photononstop / AFP).
En raison du risque élevé lié aux maladies sexuellement transmissibles (MST) dans leur travail quotidien, les prostituées doivent prendre des précautions pour protéger leur corps et assurer ainsi la longévité de leur carrière, leur capacité à mettre de l’argent de côté pour leur retraite et subvenir aux besoins de leur famille. Suphap Keawgla, infirmière spécialisée au Bureau de la Santé publique de la province de Phisanulok, nous explique ainsi comment les prostituées se protègent contre les MST :
« A chaque rendez-vous, elles s’assurent que le client porte un préservatif. Elles prennent également soin de leur santé en suivant un régime alimentaire équilibré et en pratiquant une activité sportive régulière. »
La province de Phitsanulok a été sélectionnée par le gouvernement comme zone pilote pour améliorer la lutte contre les MST. Des agents se déplacent depuis sur le terrain pour informer les travailleuses du sexe et leur distribuer des préservatifs gratuits tous les six mois. Il s’agit également ici de dépister les MST et de démarrer immédiatement un traitement si besoin. Les tests sont réalisés en analysant des échantillons sanguins pour le VIH et la syphilis, et d’urine pour la gonorrhée.
Le coût de participation au programme de prévention des MST est de 2 000 bahts (50 euros) pour une personne privée mais les travailleuses du sexe peuvent obtenir un bilan de santé gratuitement. Lorsque les fonds du Bureau d’Epidémiologie sont insuffisants, les bilans de santé effectués sur le terrain sont réduits à une fois par an, au lieu de deux en temps normal.
« Nous devrions donc nous concentrer sur la prévention, estime l’infirmière du bureau, Suphap. En comparaison du coût de traitement des MST qui englobe la commande de tests de sang et d’urine, celui de la distribution de préservatifs et de la diffusion d’informations est bien moins élevé. Le coût d’un préservatif n’est que d’un baht (2 centimes d’euros). Pour diffuser l’information sur les MST, nous n’avons même pas besoin de recruter des spécialistes car nos agents ont déjà l’expertise requise. »

Imposer une protection

Poi-sian, qui a généralement du succès auprès des clients, a pu mettre un peu d’argent de côté. Cependant, le port du préservatif est un point sur lequel elle ne transige pas. Certains hommes ont parfois eu recours à la violence pour l’obliger à avoir des rapports sexuels sans protection et elle a dû compter sur sa vivacité d’esprit pour s’en sortir : « Une fois, un client ne voulait pas mettre de préservatif. J’ai essayé de le persuader mais il ne voulait rien entendre. Il a saisi mon bras et m’a poussée sur le lit. J’ai attendu un moment d’inattention pour le pousser du lit et m’enfuir de la chambre. Je dois toujours penser à ma sécurité et je ne suis plus toute jeune. Les symptômes des MST risquent d’être plus importants qu’avant pour moi. Certains clients me proposent plus d’argent pour des rapports non protégés mais je leur dis que je n’accepterai pas même s’ils m’offraient des millions. »
Phikul prend également toutes les précautions nécessaires en terme de santé et de sécurité afin d’assurer la pérennité de sa carrière et sa capacité à subvenir aux besoins de ses deux enfants. Elle oblige le client à porter un préservatif, y compris pendant les préliminaires, et se moque que sa « règle d’or » ne plaise pas à certains clients. « Mes clients doivent porter un préservatif même dès le début car c’est une mesure préventive pour ceux qui ne se retiennent pas. Si l’un d’eux me dit être allergique au latex, je fais immédiatement machine arrière : « alors rentrez à la maison et allez voir votre femme ». Je ne me soucie pas d’être directe avec les clients dans la mesure où porter un préservatif est ma règle d’or. »
Pour sa part, Fa utilise la réflexion et le dialogue pour le convaincre. « J’ai eu des clients qui m’ont demandé de le faire sans préservatif. J’use alors de tact, de diplomatie pour les raisonner et les faire changer d’avis. Je peux par exemple leur dire : « N’avez-vous pas peur que j’aie des infections? » Je travaille tous les jours et vois tellement d’hommes, pas seulement vous. »
Fa ne se contente pas d’utiliser des préservatifs et d’interdire les baisers à ses clients. Elle réalise également un examen gynécologique et une analyse sanguine tous les trois à six mois. Elle achète aussi elle-même des préservatifs car elle n’a pas confiance dans ceux amenés par les clients.
Poi Sian fait de même car la taille des préservatifs standards distribués gratuitement n’est pas toujours adaptée à ses clients.
Malgré les efforts des autorités sanitaires locales, le nombre d’infections a augmenté en 2014 dans la province par rapport à 2013 en touchant principalement les nouvelles recrues. Signe que la prévention est une tache de longue haleine avec de jeunes débutantes à sensibiliser aux risques à chaque fois.

Fin de carrière

Les carrières professionnelles dans des industries qui dépendent de l’aspect physique, comme le mannequinat ou la prostitution, débutent à un jeune âge, vers 16-25 ans et se terminent assez rapidement après 40 ans en général. Les prostituées sur le départ utilisent leurs économies pour monter leur propre affaire, généralement des boutiques de cosmétique ou des salons de massage thaïlandais. Si elles sont « chanceuses », un homme peut parfois avoir envie de s’occuper d’elles en apportant des fonds pour ouvrir un salon.
« Nous avons pratiqué ce métier pendant un long moment donc nous souhaitons reposer nos corps. Nous devons nous appuyer sur l’argent mis de coté. Exercer le métier de prostituée n’est pas une malchance en soi mais le fait que la société n’accepte pas notre statut rend cette activité plus difficile. Mais pour nous, c’est un métier qui a du bon. Nous contribuons à réduire le nombre de viols et à maintenir des emplois associés tels que les filles de bar, les femmes de chambre et les serveuses », estime Poi-Sian.
Phikul conclut pour sa part : « J’ai presque 38 ans maintenant, donc j’économise pour ouvrir ma propre affaire. Mon rêve est d’être vendeuse de cosmétique de Corée. De cette manière, je pourrais utiliser les produits aussi bien que les vendre car je veux rester belle ! Je pourrais alors être une riche vendeuse et apprendre la pratique du massage thaïlandais. Je pense quitter ce travail d’ici trois ans à peu près, en fonction des économies que j’aurai pu faire. »
Traduction : Elsa Favreau
Source : Thaweeporn Kummetha/Prachataï, « Investigation into professionalism of Thai sex workers »
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