Revue de presse économique – Vendredi 16 octobre 2015

L'Eco de la presse asiatique

Embouteillages en Chine. Copié écran du site The Straits Times, le 14 octobre 2015.
Embouteillage au péage en Chine. Copie d'écran du site The Straits Times, le 14 octobre 2015.
Les calculettes sont en surchauffe et risque d’en attraper des maux de tête. Dans quinze ans, la Chine devrait compter un million de millionnaires en plus, nous dit la presse asiatique cette semaine. Même si ce genre de prévisions restent imprécises, force est de constater que dans la Chine du capitalisme rouge, l’enrichissement bénéficie aussi – les mauvaises langues diront surtout – aux plus riches. Après tout, rien de plus normal que le pays le plus peuplé de la planète compte statistiquement le plus grand nombre de personnes fortunées. La question est plutôt de savoir pourquoi avoir attendu maintenant ? Peut-être parce qu’aucun pays n’est à l’abri d’un accident de l’histoire. Regardez la Corée du Nord voisine ! Les observateurs s’en frottent encore les yeux. Là aussi, comme dans la Chine d’il y a 30 ans, le nombre des entrepreneurs et des banques privées serait en plein boom à en croire nos confrères.

Tours, gloire et banques privées

Les très riches de plus en plus riches en Chine

South China Morning Post (13.10.2015) – Selon les dernières prévisions du Crédit Suisse, la Chine continentale devrait compter un million en plus de millionnaires d’ici à 2020. Le pays était déjà entré depuis un moment dans le « top 10 » des nations comptant les plus de super riches souligne le South China Morning Post, une place que Pékin devrait consolider dans les quinze ans. Cette hausse prévue du nombre de millionnaires, doit permettre à la Chine de se rapprocher de l’Allemagne, tout en restant loin des Etats-Unis. Il devrait y avoir en effet 20 millions d’Américains millionnaires en dollars en 2020, contre 2,3 millions de Chinois. Selon l’Institut de Recherches du Crédit Suisse, la richesse globale des ménages chinois a augmenté de 7 % entre l’été 2014 et 2015. Le nombre de super riches a lui augmenté de 24 %, soit plus que partout ailleurs.

Cinq nouveaux milliardaires chinois par semaine

Malay Mail Online (13.10.2015) – En avoir (énormément) ou pas. Le groupe Hurun n’a rien avoir avec Hemingway, mais il aurait pu lui emprunter ce titre pour leur dernier rapport. Selon l’éditeur de magazines de luxe basé à Shanghai, la Chine vient en effet de dépasser les Etats-Unis en matière de méga richesse. Le patron de Hurun s’en étouffe presque : « Malgré le ralentissement économique, affirme Rupert Hoogewerf, les plus riches en Chine ont défié la loi de la gravité et ont enregistré leur meilleure année depuis toujours. » Le rapport Hurun 2015, repris par bon nombre de vos quotidiens dont le Malay Mail Online, précise que la Chine communiste a produit cinq nouveaux milliardaires en dollars chaque semaine cette année. Le pays compte désormais 596 milliardaires en dollars, contre 537 pour les Etats-Unis, et c’est Wang Jianlin qui décroche la timbale. Le roi des tours résidentielles et des centres commerciaux confirme sa place de première fortune de Chine, précise le Shanghai Daily.

« The Asian Uber Rich »

The Inquirer (16.10.2015) – A croire que nos confrères de The Inquirer n’avaient que l’anglais et l’allemand sous le clavier pour évoquer ces fortunes asiatiques qui dépassent l’entendement. A croire aussi que la fiction est mieux placée pour aborder cette question de l’enrichissement et de ce qu’on en fait, ce sont deux best sellers que conseille le quotidien philippin pour vos longs déplacements en avion : « Crazy Rich Asians » et « China Rich Girlfriend ». Là encore, difficile de traduire des titres qui parlent tout seul. Les deux ouvrages sont signés du même auteur, le Singapourien Kevin Kwan. Des histoires où se mêlent succès dans les affaires et héritages, et où les réseaux et les bonnes écoles vous autorisent ou vous excluent des conversations. Ce qui est frappant chez ces uber / super / ultra / méga riches – appelez-les comme vous voulez -, c’est qu’ils restent obnubilés par leur enfance. Les personnages de Kevin Kwan rêvent de gloire, tout en restant discrets. Comme dans les films d’Orson Welles, ils se souviennent de qui était gros ou mince à cinq ans ; de qui a mouillé son pantalon à la chorale ; de quel père a fait fermer Ocean Park pour l’énorme fête d’anniversaire de son fiston.

Les banques privées se multiplient en Corée du Nord

The Chosun Ilbo (13.10.2015) – Le quotidien conservateur sud-coréen ne nous dit pas qui est sa source, mais cette dernière a visiblement pris pas mal de notes lors de ses dernières visites à Pyongyang. Les petits prêteurs d’autrefois se sont enrichis et, désormais, ils ouvrent de petites banques privées avec le soutien du régime, affirme cette même source. Il y aurait même des guichets automatiques dans cinq hôtels de Pyongyang. Les disparités entre riches et pauvres s’accentuent dans le même temps, note le Chosun qui a déjà consacré plusieurs articles à cet embryon de capitalisme en Corée du Nord. Avec l’arrivée de nouveaux jeunes entrepreneurs et une économie nord-coréenne qui part de loin, mais irait en s’améliorant.

Record d’embouteillages, patrons du textile en colère et délocalisations dans l’électronique

La Chine championne des bouchons et des retards d’avions

The Straits Times – (15.10.2015) – Le cauchemar vu du ciel. Esther Teo, la correspondante de The Straits Times à Pékin ne se remet pas de cette photo devenue virale sur les réseaux sociaux chinois la semaine dernière. « C’est une compétition dont personne ne veut sortir vainqueur, explique notre consœur singapourienne. A la bataille du pire des embouteillages, la Chine remporte la victoire haut la main. » De haut, c’est vrai, on dirait un immense parking. L’image montre des milliers de voitures pare-choc contre pare-choc sur une cinquantaine de files de l’autoroute Pékin – Macao. Le cliché a été pris à l’occasion des retours de la semaine des « vacances en or » très prisées des chinois. Et si vous n’êtes pas coincé en voiture, c’est généralement dans le ciel que ça bloque poursuit notre consœur qui se souvient d’un retard d’avion de 15 heures à Jilin dans le nord de la Chine. En 2014, le trafic aérien a atteint 392 millions de passagers dans le pays, soit 11 % de plus qu’en 2013. La Chine devrait d’ailleurs devenir le premier marché pour l’aviation civile à l’horizon 2034, malgré les retards à répétition. L’année dernière, conclut Esther Teo, 937 000 vols n’ont pas décollé à l’heure dans les aéroports chinois.

Pakistan : Quand les usines textiles protestent contre les coûts de production

Geo News (14.10.2015) – Une grande partie de l’industrie textile était à l’arrêt mercredi au Pakistan. Grève des ouvriers sur les chaînes de montage ? Non, coup de gueule des directeurs d’usines contre des coûts de productions jugés trop élevés pour faire face à la concurrence. « La hausse de l’électricité et du gaz renchérit nos coûts de production de 170 milliards de roupies chaque année, se plaint Tariq Saud, président de l’Association Pakistanaise du Textile (APTMA). Toutes les usines sont restées fermées pendant cette journée noire, en guise de protestation contre les tactiques dilatoires du gouvernement concernant le sauvetage du secteur. » Une manière de faire pression sur les autorités alors que le paquet de mesures destiné à aider l’industrie se fait toujours attendre. Le ministre des Finances avait promis ce programme d’aide pour la première semaine de septembre. Les exportations pakistanaises de textiles étaient d’1,83 milliards de dollars en août, contre 1,9 il y a un an.

Chine : Fermetures d’usines électroniques dans le Delta des Perles

South China Morning Post (13.10.2015) – Après le textile, l’électronique. La même succession de faits a pu être constatée il y a cinq ans dans le secteur de la confection. D’abord la fermeture soudaine de plusieurs usines d’électronique dans le Delta de la rivière des perles, juste après la semaine des vacances dites en « or » en Chine. Puis, les explications : ces fermetures font suite à une baisse drastique des commandes, ont expliqué les décideurs concernés cités par le South China Morning Post. Comme dans le textile, la hausse des coûts de production s’ajoute ici à la baisse des exportations. Résultat : les géants de l’électronique à Hong Kong et à Taïwan délocalisent leurs productions.

Autrefois région la plus dynamique de Chine continentale suite à la mise en place du capitalisme rouge en 1979, le Delta de la rivière des perles à l’Est perd aujourd’hui ses usines. Les filiales des groupes taïwanais et hongkongais se déplacent dans l’Ouest chinois, voire même à l’étranger. En décembre dernier, le fabricant d’écrans tactiles Wintek a ainsi fermé ses chaînes de production à Dongguan, mettant 7 000 salariés à la porte. En février, c’est une usine japonaise de montres qui a mis la clé sous la porte à Canton. Quant à l’américain Microsoft, il annonce la fermeture de ses usines Nokia à Pékin et Dongguan pour le mois prochain, avec l’idée de délocaliser sa branche téléphone à Hanoi, au Vietnam. 9000 employés chinois vont rester sur le carreau dans l’opération. Selon l’Association des entreprises de Canton, au moins 30 % des entreprises à capitaux taïwanais ont quitté la province chinoise du Guangdong pour les pays voisins ces deux dernières années. Un phénomène qui risque de s’accélérer.

TGV et McDonald’s au Japon, Uber en Malaisie

Le futur TGV Tokyo-Hokkaido veut rester moins cher que l’avion. Copie écran du site The Japan Times, le 14 octobre 2015.

Japon : Le nouveau TGV Tokyo-Hokkaido entend rester moins cher que l’avion

The Japan Times – (14.10.2015) – Il n’existent que deux TGV rentables dans le monde, nous confiait un jour un expert chinois : la ligne Paris-Lyon en France et la ligne Tokyo-Osaka au Japon. Devenir rentable malgré les coûts d’entretien des réseaux à grande vitesse, c’est évidemment le souhait de toutes les compagnies ferroviaires, dont la Hokkaido Railway and Co. Pour obtenir un taux d’occupation maximum de ses fusées du rail, la compagnie plus connue sous le nom JR Hokkaido, a décidé de miser sur des tarifs réduits et en tous cas moins chers que ceux de l’avion. La ligne Shinkansen entre Tokyo-Hokkaido doit ouvrir le 26 mars prochain. Le billet coûtera 22 690 yens par passager adulte (près de 170 euros), alors qu’un billet d’avion sur le même parcours approche les 27 390 yens, soit un peu plus de 200 euros.

Japon : Le burger à moins d’un euro cinquante

The Japan Times (15.10.2015) – Œufs et fromage, porc au barbecue, jambon et laitue… Ils ont pourtant l’air copieux les nouveaux burgers à prix réduits proposés par McDonald’s Japon. Trois nouveaux sandwichs à 200 yens seront proposés aux clients à partir du 26 octobre. Une stratégie destinée à contrer le déclin de la marque dans l’Archipel. Les ventes ont baissé au cours des 18 derniers mois sans discontinuer. « Les clients n’arrêtaient pas de nous dire qu’ils voulaient un plus grand choix d’options dans les menus de manière à satisfaire leur faim à des tarifs abordables », a expliqué la directrice des ventes Sarah Casanova. Trois nouveaux menus à 500 yens (moins de 4 euros) viendront compléter cette nouvelle offre.

Malaisie : un chauffeur Uber pris dans une embuscade

Today Online (15.10.2015) – Les faits se sont déroulés mardi soir à la sortie du centre commercial Mid Valley Megamall de Kuala Lumpur. Un ressortissant tchèque et sa petite amie utilisent l’application Uber pour appeler un chauffeur. A peine ce dernier arrivé, sa voiture est entourée par quatre chauffeurs de taxis qui le suivaient. Les taxis en colère ouvrent les portières et menacent le chauffeur de détruire son véhicule s’il travaille pour le géant américain du VTC. C’est alors le client tchèque qui intervient et affirme que le chauffeur n’est en réalité qu’un ami venu le chercher de manière à éviter que les choses ne s’enveniment. La semaine dernière, la compagnie Big Blue Taxi Services de Kuala Lumpur a annoncé que ses chauffeurs étaient sur le qui-vive et qu’ils traqueraient et « confisqueraient » les véhicules responsables d’une concurrence jugée déloyale.

Banques philipines, immobilier cambodgien et sommet de l’APEC

Les banques philippines à la 9ème place en Asie-Pacifique

The Philippine Star (16.10.2015) – Ce ne sont pas encore les banques de Singapour ou de Hong Kong, mais la bonne performance de leur petites sœurs aux Philippines fait la joie des journaux du pays. Les Philippines viennent en effet d’obtenir la note de 2,90 attribuée par la bible des banquiers en Asie, à savoir le fameux « AB 500 » (Asian Banker 2015) qui compare les résultats des 500 plus grosses banques de la région. A titre de comparaison, Hong Kong qui arrive en tête du classement obtient une moyenne de 3,74, Singapour de 3,7, Chine et Macao sont à 3,3, la Nouvelle-Zélande et la Malaisie à 3,2, la Thaïlande et l’Australie à 3. Pour la Chine continentale, la Banque de Chine obtient un score de 4,15, la Banque industrielle et commerciale de Chine de 3,96, la HSBC de 3,93.

Cambodge : La construction, moteur de la croissance

The Phnom Penh Post (08.10.2015) – Quand le bâtiment va, tout va ! La croissance cambodgienne devrait ralentir à 6,9 % cette année en raison d’une baisse de production des rizicultures, de la pression des prix sur l’industrie de la confection et d’un manque à gagner dans le tourisme. Mais pour ce qui concerne l’immobilier, c’est en plein boom, rapporte le représentant de la banque mondiale au Cambodge, cité par le quotidien anglophone. Le secteur de la construction et de l’immobilier ont représenté en effet 2 % des 7,1 % de croissance enregistrés l’an passé, contre 1,3 % en 2013. Dans la première moitié de 2015, le pays a importé 1,2 millions de tonnes métriques de matériel de construction, soit une hausse de 32 % des importations d’acier, de 8 % pour le béton et de 38 % pour le reste des équipements. Attention toutefois à la bulle immobilière, prévient la Banque Mondiale : « La Banque nationale du Cambodge (CNB) doit rester vigilante sur le volume des prêts immobiliers, facteur clé de la crise financière mondiale. »

Philippines : L’APEC, c’est pas les vacances !

The Manilla Times (15.10.2015 2015) – L’éditorialiste du Manilla Times s’inquiète du peu d’attention accordé par l’opinion et les médias aux Philippines au prochain sommet du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC). La réunion est prévue pour les 17 au 20 novembre prochains. Les Philippines ont accueilli des précédents rendez-vous de l’APEC à Cebu et Iloilo, « mais être une nouvelle fois choisi comme pays hôte du forum asiatique est non seulement un compliment pour nos capacités d’accueils, mais aussi un indicateur de la considération portée à la place géopolitique des Philippines dans la région ». Et l’éditorialiste de s’emporter contre la décision récente du chef de l’Etat. Le président Aquino a ajouté un jour férié pendant la semaine où se tiendra le forum. L’APEC, ce n’est pas les vacances ! « Alors que ce sommet porte essentiellement sur l’économie et les échanges commerciaux, les Philippines seront au repos, » ironise la plume du quotidien.
Par Stéphane Lagarde