Politique
Analyse

Mers de Chine (3/3) : les Senkaku/Diaoyu, d'un détroit à l'autre

Copie d’écran de notre infographie pour tout comprendre de l’histoire et l’actualité des îles Senkaku/Diaoyu, en mer de Chine orientale.
Copie d’écran de notre infographie pour tout comprendre de l’histoire et l’actualité des îles Senkaku/Diaoyu, en mer de Chine orientale.
Troisième et dernier volet de notre série spéciale, consacrée intégralement aux tensions territoriales dans les deux mers de Chine. A travers des cartes interactives, nous remettons en perspective l’actualité récente particulièrement chargée en mer de Chine méridionale, autour de l’archipel des Spratleys convoité par les pays environnants, et en premier lieu par la Chine. Une continuation de la lutte pour le contrôle maritime, qui dure depuis plus d’un demi-siècle, et qui concerne aussi, nous tâcherons de le démontrer, la mer de Chine orientale, autour de l’insulaire Taïwan, des îles Senkaku/Diaoyu, jusqu’à l’île japonaise d’Okinawa.

Dossier

Selon la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM, disponible ici en pdf), la possession d’un territoire côtier par un Etat lui offre en principe des prérogatives sur une étendue d’eau de 200 milles nautiques face à sa côte. Cela s’appelle la Zone économique exclusive (ZEE). La Chine, qui a ratifié ce texte onusien, revendique néanmoins plus de territoires maritimes que ceux qui se rattachent à sa côte. Elle lorgne les ZEE se rattachant à des îles, îlots et récifs qu’elle considère comme siens loin du continent.

En mer de Chine méridionale (ou mer de Chine du Sud), elle réclame ainsi la quasi-intégralité du gâteau : les archipels Paracels, Pratas et Spratleys, mais aussi les récifs Macclesfield et Scarborough. En mer de Chine orientale, outre Taïwan, elle lorgne les îles Senkaku/Diaoyu, dans lesquelles le Japon se sent chez lui. Dans ces trois zones, l’histoire semble parfois loin d’avoir trouvé son point final. Les protagonistes sont nombreux, puissamment armés, et leurs positions paraissent inconciliables.

Retour en trois actes sur l’histoire et les ressorts de conflits maritimes et territoriaux jamais soldés, que la CNUDM et l’ASEAN n’ont pas permis de résoudre, et qui ont finalement créé l’une des régions les plus instables du monde.

La foire d’empoigne en cours dans la mer de Chine méridionale peut-elle, un jour, déborder sur la mer de Chine orientale?
Ou du moins connaître une évolution similaire, voire un épilogue, dans cette deuxième étendue d’eau ouverte sur le Pacifique? Au sud du détroit de Taïwan, tout bouge : la Chine s’est déployée dans les îles Paracels en 1974 et y a dressé une préfecture civile chargée d’administrer les territoires conquis (voir notre première partie). Puis elle a pris position jusque dans les 200 milles nautiques des Philippines et a érigé une armada de ports et de pistes d’atterrissage aux quatre coins des Spratleys (voir notre deuxième partie).

De l’autre côté du détroit de Taïwan, tout semble figé ou presque depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945 et la naissance de Taïwan telle qu’on la connait actuellement, c’est-à-dire en tant que République de Chine en exil après la victoire de Mao en 1949. Presque aucune île de l’Est n’a basculé d’un camp à un autre depuis cette période, alors que les revendications des puissances environnantes (Tokyo, Pékin et Taipei) sont tout aussi antagoniques qu’au sud du détroit de Taïwan, où la Malaisie, les Philippines, le Vietnam, Brunei et les deux Chine s’écharpent à coups de polders.

Carte : litiges territoriaux en mers de Chine (orientale et méridionale). Plusieurs territoires sont disputés entre Etats riverains : les îles Senkaku / Diaoyu, les îles Paracels, les îles Spratleys, les îles Pratas, le banc Macclesfield et le récif Scarborough. Réalisation : Alexandre Gandil.
Carte : litiges territoriaux en mers de Chine (orientale et méridionale). Plusieurs territoires sont disputés entre Etats riverains : les îles Senkaku / Diaoyu, les îles Paracels, les îles Spratleys, les îles Pratas, le banc Macclesfield et le récif Scarborough. Réalisation : Alexandre Gandil.
La présence massive et dissuasive de la marine militaire américaine dans les eaux du Pacifique n’est sans doute pas étrangère à ce contraste entre les deux situations. Jusqu’ici, les Américains et leur 7ème Flotte ont contribué à « contenir » les Chinois en mer de Chine orientale. Mais dans cette étendue d’eau tout aussi disputée, est-il écrit quelque part que la donne restera inchangée ad vitam aeternam ? Pékin ne met pourtant pas moins de cœur à l’ouvrage dans ses revendications concernant Taïwan et les îles Senkaku/Diaoyu que dans ses revendications concernant la mer de Chine du Sud.

Jusqu’où peut-on comparer la situation des deux mers de Chine? A quel point s’agit-il d’une seule et même histoire, à savoir la renaissance d’une puissance maritime et navale chinoise de première envergure ? Pour pousser le questionnement un peu plus loin, nous proposons dans cette troisième et dernière partie de revenir, d’abord, sur le processus au cours duquel la paix en mer de Chine du Sud s’est retrouvée durablement fragilisée, à partir des années 1970. Nous basculerons ensuite sur la situation en mer de Chine orientale, pour scruter les fragilités existantes où des étincelles pourraient un jour venir faire bousculer la donne suivant les mêmes modèles.

Derrière ces interrogations se cache un enjeu géopolitique majeur : l’avenir des rapports de force entre les deux superpuissances du XXIe siècle dans le Pacifique – la Chine et les Etats-Unis. Conseil de lecture: sur les cartes, double-clic pour zoomer ; et pour dézoomer : maj + double-clic.

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A propos de l'auteur
Igor Gauquelin
Igor Gauquelin est journaliste, spécialisé sur l'écrit et le format numérique. Après des collaborations et des passages plus ou moins longs en presse régionale à Montpellier et Lyon, puis au sein des rédactions de Mediapart et de la Croix à Paris, il a rejoint en janvier 2012 la rédaction multimédia de Radio France Internationale, alors en pleine mutation. Journaliste « touche-à-tout » et responsable d'édition multimédia sur rfi, il continue de signer ponctuellement ses propres reportages en France et à l'international.