Economie
Expert - Déchiffrer le marché du travail en Chine

Le nouveau contrat chinois "expat-local"

Des chefs étrangers et chinois travaillent côte à côte dans les cuisines du Shanghai JC Mandarin Hotel à Shanghai. La municipalité de Shanghai est l’une des municipalités chinoises attirant le plus grand nombre d’expatriés. (Crédit : Shanghai Daily/ImagineChina/AFP).
Des chefs étrangers et chinois travaillent côte à côte dans les cuisines du Shanghai JC Mandarin Hotel à Shanghai. La municipalité de Shanghai est l’une des municipalités chinoises attirant le plus grand nombre d’expatriés. (Crédit : Shanghai Daily/ImagineChina/AFP).
Lorsque je suis arrivée en Chine il y a plus de 10 ans, il n’y avait qu’un « vrai » genre de contrat de travail : le contrat d’expatriation. Ce dernier garantissait un loyer payé, ainsi qu’une assurance maladie, l’école des enfants et plusieurs allers retours pour toute la famille. Pour les cadres français, ce contrat leur permettait de garder leurs droits sociaux (à savoir leurs droits à la retraite et leurs cinq semaines de conges payés). C’était le contrat préféré des grandes entreprises qui envoyaient leurs cadres dans cette terre inconnue mais pleine d’avenir qu’était alors la Chine.

Les taux de croissance à deux chiffres, la promesse d’une classe moyenne émergente prête à s’approprier le mode de vie capitaliste et une main-d’oeuvre sur place peu ou pas qualifiée qui ne parlait pas anglais, justifiaient de tels contrats. C’était alors plus bénéfique pour les entreprises d’envoyer un cadre de confiance sur place que de recruter localement.

Le contrat local pour étrangers était alors presque inexistant et ne concernait que quelques écoles chinoises en quête de professeurs d’anglais peu qualifiés ou certaines petites entreprises étrangères qui voulaient croître en Chine mais qui ne possédaient pas la puissance financière pour offrir de tels avantages à leurs salariés. Les conditions d’embauche régies par le droit chinois y étaient évidemment bien moins attrayantes, et les contrats souvent douteux aux yeux du droit.

Nous voici désormais en 2015. La situation s’est inversée : les contrats d’expatriés sont désormais rarement renouvelés et ils sont souvent remplacés par des contrats locaux.

Alors que s’est-il passé ?

D’une part, la crise financière de 2008 est passée par là, forçant les entreprises à tailler dans leurs budgets. Celles-ci rechignent désormais à expatrier leurs cadres. Cela coûte trop cher et en plus, cela s’est trop souvent montré contre-productif : en effet ces derniers se sont parfois montrés peu enclins à comprendre le contexte culturel, ce qui n’a pas aidé à la pénétration ni à la compréhension du marché chinois.

Mais pas seulement.

La vraie révolution est surtout à chercher dans la constitution d’une main-d’oeuvre qualifiée sur place. Il s’agit soit de Chinois partis étudier en Europe, en Australie ou aux États-Unis, puis rentrés chez eux, ce qu’on appelle les « sea turtles » ; soit d’étrangers installés de longue date ici et parlant la langue parfaitement.

Dans les deux cas, ces derniers apportent une connaissance aiguë du terrain et ne justifie nullement l’expatriation d’un cadre.

Un chef d’entreprise à la recherche d’un DG pour sa filiale chinoise m’expliquait la semaine dernière qu’il ne ferait jamais venir quelqu’un d’Europe. Il était bien plus « rentable » et « logique » pour lui de recruter localement quelqu’un de familier avec le marché chinois.

On s’achemine donc aujourd’hui vers un marché du travail qui ressemble bien plus à ce qu’on connaît en Europe. Ainsi, à cette nouvelle génération qualifiée basée en Chine, n’est pas proposée un contrat d’expatriation comme précédemment mais un contrat « local » qui est en fait un super contrat chinois ou un contrat « d’expat-local ». Même si évidemment les conditions varient d’une entreprise a l’autre, y est prévu un salaire équivalent à ce que le travailleur toucherait chez lui, sans les plus de l’expatriation: billets d’avion, loyer ou école des enfants payés. Seuls 12 jours de vacances sont accordés.

C’est en soit un contrat bien moins avantageux qu’avant. Cependant ces contrats restent très attractifs pour de jeunes cadres car le salaire y est élevé et ces derniers ont souvent plus de responsabilités que chez eux. Le dynamisme du marché du travail fait que la Chine reste une destination attractive pour beaucoup.

Alors le « contrat d’expat » tant prisé existe-t-il encore ? Oui, répondent les grands cabinets de recrutement: pour des projets très spécifiques ou dans des domaines de niches (IT, ingénierie, finance, etc.). Et pour ces cadres-là, le contrat ne fait que s’améliorer. La Chine à cause de la pollution est désormais considérée comme un « hardship posting ». Comprendre : une destination difficile.
Dans ces conditions, certaines grosses entreprises doivent faire monter les enchères pour motiver leurs cadres à déménager. Les salaires peuvent ainsi grimper jusqu’à 20 % par an (soit bien plus que le coût de la vie). Dans certains cas, un logement pour la famille est prévu à Singapour, Séoul ou Hong Kong où l’air est plus respirable que dans les mégapoles chinoises.

Alors oui, le marché du travail évolue en Chine pour les étrangers qui sont de plus en plus employés avec des contrats locaux. Mais les contrats d’expatriation ne sont pas morts, loin de là : ils ne sont juste plus la norme et sont désormais réservés à de très hauts postes à valeur ajoutée, introuvables sur place.

A propos de l'auteur
Virginie Mangin
Basée à Pékin depuis plus de 10 ans, Virginie Mangin est coach. Elle travaille surtout avec des cadres cherchant soit à se requalifier soit à évoluer dans un environnement international. Elle travaille en anglais et en français.