Economie
Mon école d’art à Pékin

Deuxième “Atelier”

Photo prise dans l'école
Cours d'arts plastiques à l’Atelier, l’école fondée par Marianne Daquet à Pékin en 2012. (Copyright - Marianne Daquet)
Quand l’équipe d’Asialyst m’a proposée d’écrire un blog sur mon expérience d’entrepreneur en Chine, j’ai tout de suite dit oui, puis la question évidente est arrivée : Par où commencer…

Peut-être par la fin, c’est plus simple.

Par la fenêtre je vois un terrain vague, poussiéreux, un ruban de bitume sans démarcation, des squelettes en béton d’immeubles en devenir, des grues : il y en a sept dans mon champ de vision.
A moins d’un kilomètre, on aperçoit, lisse, rouge et brillant, un centre commercial flambant neuf dans lequel se sont installées des grandes marques internationales de vêtement, des fast-food et des cafés. Quand il fait beau, au loin, on peut voir les montagnes qui ceinturent Pékin au nord.

Je viens d’ouvrir la deuxième branche à Shunyi d’une école d’art que j’ai fondée à Pékin en 2012, il y a 2 ans et demi.

Shunyi, c’est une banlieue au nord-est de Pékin, à l’extérieur du cinquième périphérique, pas très loin de l’aéroport. C’est un espace en mutation : les bidonvilles y côtoient des immenses chantiers et des villas toutes identiques aux pelouses nettes, parquées dans des enceintes fermées et gardées.

Photo de la banlieue de Shunyi
Shunyi, banlieue de Pékin, où Marianne a ouvert la deuxième branche de son école d’art. (Copyright - Marianne Daquet)
C’est une imitation des banlieues résidentielles américaines : villa, jardin, barbecue, garage, voiture (avec chauffeur) et immenses centres commerciaux, la poussière en plus. Les familles d’expatriés côtoient dans ces résidences les familles chinoises de la classe supérieure ; ils envoient leurs enfants dans les mêmes grandes écoles internationales qui fleurissent à tous les coins de rue. Pourtant, jamais ils ne se parlent, ni même ne se regardent : ce sont deux mondes parallèles qui coexistent sans jamais se rejoindre.

Dernièrement, je suis allée pour présenter mon école à un “café” organisé par une association d’expatriés, essentiellement composée de femmes américaines qui ne travaillent pas et vivent leur arrivée en Chine avec pour certaines beaucoup de difficultés. Une de ces nouvelles arrivantes expliquait son soulagement que ces voisins soient comme elle : « Américains » ; et une autre a soupiré : « De toute façon, il n’y a plus que des Chinois ici… »

Le jour de l’inauguration de cette deuxième école, prévue entre 11 heures et 16 heures, un nuage de sable et de poussière s’est levé.

Les trois professeurs présents et moi nous sommes assis sur les tabourets carrés que j’ai designé lors de la création du premier « Atelier ». Purificateurs d’air à fond, nous avons attendu patiemment la fin du nuage. Trois familles sont passées, en vitesse, sur le chemin de retour du sport ou en route pour le shopping, un père américain avec sa fille, une Singapourienne avec sa fille et une mère chinoise avec ses deux petites filles, un assez bon échantillon de ma clientèle en somme. La poussière jaunâtre a laissé place en une poignée de minutes à un magnifique ciel bleu parsemé de cotonneux nuages blancs à 15 heure 50, juste à temps pour être admiré par la vitre du bus qui nous a ramené en centre-ville.

La fin, c’est donc le début de cette nouvelle école, ouverte le mois dernier, dans cet endroit que je ne comprends pas malgré mes presque neuf ans de vie à Pékin, cet endroit qui se métamorphose pour mieux se désincarner et ressembler à tout sauf à la banlieue de la capitale chinoise.

Aujourd’hui c’est le premier cours, cinq grandes ados blondes et court-vêtues descendent de voiture et me rejoignent sous les yeux hébétés des ouvriers (je suis une des premières installées dans un espace commercial au pied d’une résidence), des gardes, du propriétaire de la résidence qui tous les jours depuis le début du printemps, nuage de poussière ou pas, sort sa grande table de bureau pour faire la cérémonie du thé dehors. Et je dois avouer que je n’étais pas peu fière de les guider jusqu’à ma petite école.

A propos de l'auteur
Marianne Daquet
Marianne est arrivée en Chine il y a neuf ans, un peu par hasard à la suite de la rencontre au mariage d'amis d'un Français établi à Pékin depuis plusieurs années. Venue pour des vacances et un flirt, elle s'installe dans la capitale chinoise, y développe son activité d'artiste et commence à donner des cours d'arts pour gagner sa vie. En 2012, elle fonde en collaboration avec une autre Française, une école d'art nommée Atelier. Installée dans un appartement d’un quartier assez central, on y enseigne l'art aux enfants, adolescents et adultes de toutes nationalités. Marianne s'est lancée début 2015 dans une nouvelle aventure en ouvrant une deuxième branche d'Atelier à Shunyi, dans la périphérie pékinoise.