Art contemporain
Asia Now 2025 : Paris capitale des arts asiatiques
La foire d’art contemporain Asia Now, entièrement consacrée à l’art contemporain asiatique, a ouvert ses portes du 22 au 26 octobre à la Monnaie de Paris. Elle met cette année à l’honneur l’Asie de l’Ouest et du Sud.
Après dix ans l’existence, Asia Now est désormais bien implantée. Son objectif est ambitieux : « ne plus être seulement une géographie mais une méthodologie, un mouvement. » Elle veut explorer des zones moins couvertes en faisant connaître les communautés artistiques de Lahore, Katmandou ou Colombo et valoriser des écosystèmes culturels du Moyen-Orient ou de l’Asie de l’Ouest qui s’affirment résolument.
Cette année, elle place aussi au cœur de sa programmation le mot de « Grow » (croître), l’art comme un « terrain fertile pour la transformation, le dialogue et l’épanouissement collectif. » Derrière ces formules, Asia Now est de plus en plus un rendez-vous incontournable pour les amoureux de l’Asie et de l’art contemporain. C’est une foire où l’on vend et achète mais c’est aussi une manière d’entamer ou de poursuivre le dialogue avec ces zones du monde, de dépasser les frontières imaginaires, d’établir des connivences, des affinités inattendues qui transcendent les divisions culturelles.
Voici une sélection de coups de cœur pour donner l’envie d’aller plus loin
Rebecca Sack, cofondatrice de la galerie Louis&Sack, présente Lee Hyun Joung, une peintre coréenne, qu’elle a fortement contribué à faire connaître. La galerie est spécialisée dans les artistes japonais de l’après- guerre ainsi que les artistes coréens contemporains. Elle est présente à Asia Now depuis sa création en 2020.
« Nous avons découvert Lee Hyun Joung sur le salon Art Capital et avons adoré son travail. Nous lui avons proposé de la présenter sur les foires internationales en 2021. Ça a très bien fonctionné pour elle. Et, à partir de ce moment-là, elle a été repérée par d’autres galeries. Sa carrière a très bien démarré. Elle est entrée au musée Cernuschi l’année dernière. Son travail est très reconnaissable. A partir de papier Hanji, qu’elle fait venir de Corée, elle fabrique une sorte de papier mâché, à même le sol, tout en aspérité. Puis elle trace de manière répétitive avec une encre coréenne (muk) et un geste très sûr des paysages de nature ou de montagnes ou de mer – chacun y voit ce qu’il a envie. Ses lignes qui sortent de la toile sont, dit-elle, des chemins de vie. »
Sabine Vazieux, a créé et dirige la Galerie Vazieux depuis quinze ans, qui se concentre sur l’art asiatique et représente surtout des artistes issus de la diaspora asiatique (Hong-Kong, Taïwan et Corée), aussi bien à Paris qu’en Asie. Le peintre coréen Moonassi, qu’elle présente cette année à Asia Now, ne fait pas partie de la diaspora. « C’est un artiste que j’ai découvert lors d’un voyage à Pusan en Corée. J’ai été très séduite par son travail qui reprend une technique ancienne d’encre coréenne (pigments naturels) sur papier coréen Hanji. Il pose son encre sur le papier avec un pinceau très fin et dessine un jeu d’ombres et de lumière, une sorte de clair-obscur. A 45 ans, il est déjà très connu en Asie où la jeune génération de collectionneurs l’achète. Il veut aujourd’hui être plus connu en Europe et c’est déjà un succès puisqu’on a vendu certaines de ses œuvres dès l’ouverture. Il plaît à un public très large, avec des prix qu’il souhaite garder très abordables malgré son succès. »
Riah Lee a fondé la galerie IAH à Séoul en 2022. Elle participe pour la première fois à Asia Now où elle est venue tester la réaction du public européen à l’égard de trois artistes coréens. « Ils sont de genre et de génération différents et questionnent les choses établies, tout en restant plaisants visuellement. Jeehye Song, en particulier, s’attache à nos constructions émotionnelles qu’elle remet en cause. » Jeune peintre coréenne vivant et étudiant en Allemagne, elle vient d’être lauréate du prix Kunstpreis Junger western 2025. Riah Lee se félicite de la croissance et de la diversité du marché de l’art et du dynamisme de la scène artistique en Corée. « Beaucoup de galeries internationales s’installent chez nous en ce moment. En même temps, beaucoup d’artistes coréens sont partis aux États Unis et en Europe. Ce double développement est très intéressant. »
Moses Tan, peintre singapourien qui travaille actuellement à Londres, explique que dans cette œuvre, il a voulu représenter le « meat market » (marché de la viande), un mot aussi utilisé pour le marché du sexe. « J’ai été inspiré aussi bien par des films d’horreur que par les recherches sur des marchés de la viande que j’ai photographiés autour du monde. J’ai été intéressé par le côté industriel de ces marchés. » Pour ses œuvres, Moses Tan utilise aussi bien le crayon sur panneau de bois que des matériaux industriels comme la feuille de plexiglas ou l’acier inoxydable. Avant de se lancer dans la création artistique, Moses Tan avait étudié la chimie et la biologie. Après des études artistiques à l’université de LaSalle, il est aujourd’hui à Londres grâce à une bourse du gouvernement singapourien.
Françoise Livinec présente dans les deux galeries qui portent son nom, au 24 et 30 rue de Penthièvre à Paris, une sélection d’artistes contemporains asiatiques depuis plus de 15 ans. « Nous avions un espace d’art à Huelgoat près de Morlaix dans le Finistère, où est mort et enterré le poète et sinologue Victor Segalen dont j’ai suivi les traces en Asie. Je suis revenue de ce voyage avec des artistes qui ont tous adoré Huelgoat, ce lieu très asiatique avec son chaos granitique, ses forêts profondes et polyphoniques et sa rivière souterraine. Depuis quinze ans, nous avons établi un partenariat très serré avec le musée Cernuschi où tous nos artistes ont eu des expositions personnelles, dont Bang Haï Ja, née en 1937 et première femme abstraite de toute l’histoire de la peinture coréenne qui a eu une exposition personnelle au musée Cernuschi et a eu le bonheur de voir avant de mourir l’installation de ses vitraux à la cathédrale de Chartres. »
Peter Mc Donald est né à Tokyo et vit entre Londres et sa ville d’origine. Il est un des peintres défendus par Junko Shimada de la Gallery Side2 qui a ouvert ses portes en 1997. Junko Shimada présente aussi bien des œuvres d’artistes étrangers au Japon que des jeunes artistes japonais dont le travail fait référence à l’histoire de l’art occidental et à la vie quotidienne.
La galerie Taménaga a été fondée en 1969 à Tokyo par Kiyoshi Tamenaga qui était arrivé en France dans les années 50 et s’était lié d’amitié avec le peintre Foujita et le marchand d’art Paul Pétridès, explique Antoine Greff qui la représente à Asia Now. « Il fut le premier Japonais à vendre au Japon les grands maîtres de l’art moderne occidental : Picasso Degas, Renoir, Manet et des artistes figuratifs contemporains majoritairement français au départ. Deux ans plus tard, en 1971, il ouvrait sa galerie avenue Matignon, puis à Osaka et New York. Dans les années 2000, son fils a commencé à prendre la relève et a ouvert la galerie à des artistes japonais, puis chinois. Aujourd’hui, c’est la troisième génération qui arrive à Kyoto. La galerie joue un rôle de pont culturel entre les deux pays. Le peintre japonais de 39 ans, Daiya Yamamoto, que nous présentons cette année, a beaucoup voyagé en Europe et a été marqué par les maîtres de la nature morte du siècle d’or hollandais. De retour au Japon, il a combiné cette découverte avec toute la tradition japonaise. Il dessine à la mine de plomb et peint à l’huile sur panneau de bois. Il reprend le côté hyperréalisme de certains hollandais avec la simplicité épurée et délicate de l’art japonais. Au Japon, il est déjà rentré dans des grandes collections privées et publiques. » Aujourd’hui, ce sont ses deux enfants, Kiyomaru et Ami, qui ont repris le flambeau, leur père étant très heureux que la troisième génération Tamenaga lui ait succédé.
Le Katara Art center présente en collaboration avec Wusum Gallery des artistes qataris émergents et établis. « Hamad Al Fayhani est un jeune photographe dont les photos et les collages tournent autour de sentiment d’isolement, » explique Nicolo Venelli du Katara Art Center. « Il observe les relations entre proximité et distance. La photographie Fish out of water fait partie de cette narration sur la proximité et d’éloignement autour du thème de la mer. »
Dennis Ouyang, co-fondateur en 2023 de la galerie contemporaine Loy à Singapour, présente cette année à Asia Now le peintre indonésien R.E. Hartanto et le peintre chinois sur céramique Wang Xiaolin. « Dans notre galerie, nous ne faisons pas seulement la présentation d’art contemporain mais nous associons l’art et le design, l’art et la musique. Nous aimons susciter des rencontres sur la scène artistique singapourienne. C’est la seconde fois que nous participons à Asia Now. L’année dernière, nous avons reçu beaucoup de bonnes réactions et avons fait beaucoup de rencontres qui nous ont permis de publier un livre d’art pour enfants. »
La galerie Nika Project Space qui présente la peintre russe tatare (Kazan) Nazilya Nagimova est installée à la fois à Dubaï et Paris. « Nazilya Nagimova est née en Russie musulmane, dans la république du Tatarstan près de Kazan. Elle a étudié l’art en Allemagne, mais elle avait appris de ses grands-parents l’art traditionnel du feutre très pratiqué par les nomades tatars. Une fois ses études terminées, elle est retournée en Russie vers ses racines et ses traditions. La série « The Forest faces » montre des papillons de feutre qui symbolisent le lien avec le monde spirituel, la nature, dans une démarche animiste qui rejoint certains principes écologiques, en prônant le respect de l’environnement et la préservation des ressources naturelles. »
Nashmia Haroon, artiste curatrice, est directrice et fondatrice de l’espace Tagh’eer Lahore créative Space à Lahore au Pakistan. « Cet espace de création fonctionne aussi comme galerie. Nous programmons toute l’année des ateliers, des expositions, des concerts. »
Nashmia Haroon présente quatre artistes pakistanais dont trois femmes : Amra Khan, Ayan Jozkhio, Bibi Hajra, Mizna Zulfiqar. « Bibi Hajra est une architecte et une artiste. Elle mène une recherche autour d’une sainte soufi très populaire dont le sanctuaire est très fréquenté par les femmes, et autour duquel toutes sortes de conversations ont lieu aussi bien sur la sexualité, que la politique, la gestion de la maison, les rêves. Bibi Hajra est très intéressée par cette dimension. Dans ce dessin que vous avez sélectionné, Bibi Hajra réagit aux inondations qui endeuillent le pays actuellement. Vous y voyez un lit tissé à la main comme en font les gens dans les régions rurales. Le dessin représente une scène mi réelle, mi fantasmée. Les gens ont vraiment installé des lits en haut des arbres pour mettre en sécurité leur famille. »
Nashmia Haroon présente quatre artistes pakistanais dont trois femmes : Amra Khan, Ayan Jozkhio, Bibi Hajra, Mizna Zulfiqar. « Bibi Hajra est une architecte et une artiste. Elle mène une recherche autour d’une sainte soufi très populaire dont le sanctuaire est très fréquenté par les femmes, et autour duquel toutes sortes de conversations ont lieu aussi bien sur la sexualité, que la politique, la gestion de la maison, les rêves. Bibi Hajra est très intéressée par cette dimension. Dans ce dessin que vous avez sélectionné, Bibi Hajra réagit aux inondations qui endeuillent le pays actuellement. Vous y voyez un lit tissé à la main comme en font les gens dans les régions rurales. Le dessin représente une scène mi réelle, mi fantasmée. Les gens ont vraiment installé des lits en haut des arbres pour mettre en sécurité leur famille. »
Milaaya Art Gallery, fondée il y a 25 ans à Bombay en Inde, réunit des maîtres artisans brodeurs – tous des hommes – et des grands artistes contemporains indiens tels que Nilima Sheikh, Ranbir Kaleka, Manjunath Kamath, Nikhil Chopra dans un projet très original. « Ces grands artistes peignent des œuvres originales pour qu’elles soient « traduites » en broderies. Elles n’existent qu’en broderies. Les maîtres brodeurs se transmettent leur art de père en fils mais la tradition se perd car cet art ne paie pas assez bien. C’est pourquoi notre galerie s’est donnée pour mission de bien les payer. Nous sommes aussi une Fondation qui cherche à améliorer la vie de ces artisans et l’éducation de leurs enfants. »
Par Anne Garrigue
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