Politique

Corée du Nord : l'ouverture ambiguë au dialogue de Rex Tillerson

Le secrétaire d’État américain Rex Tillerson lors de sa rencontre avec le ministre thaïlandais des Affaires étrangères Don Pramudwinai à Bangkok, le 8 août 2017, à l'occasion de sa première visite officielle dans le pays. (Crédits : AFP PHOTO / LILLIAN SUWANRUMPHA)
Le secrétaire d’État américain Rex Tillerson lors de sa rencontre avec le ministre thaïlandais des Affaires étrangères Don Pramudwinai à Bangkok, le 8 août 2017, à l'occasion de sa première visite officielle dans le pays. (Crédits : AFP PHOTO / LILLIAN SUWANRUMPHA)
Souffler le chaud et le froid. Ainsi continue la stratégie très floue de l’administration Trump à l’égard de la Corée du Nord. Ce lundi 7 août, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson a laissé la porte ouverte au dialogue avec Kim Jong-un « s’il arrête les tests de missiles », sans mentionner le programme nucléaire.
Les États-Unis sont-ils disposés à des concessions à Pyongyang ? « Le meilleur signe que la Corée du Nord peut nous envoyer pour nous prouver qu’elle est prête à négocier serait d’arrêter ses tests de missiles. » Voilà ce qu’a proposé le secrétaire d’État américain Rex Tillerson hier lundi à Manille lors du Forum de l’ASEAN. Pourtant, jusqu’à la semaine dernière, les exigences américaines portaient sur l’arrêt des tests de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) et sur l’arrêt des essais nucléaires. Cette dernière requête aurait-elle été abandonnée par Tillerson ? Est-ce le début d’un tournant diplomatique ? Rien ne le laissait présager ce week-end alors que des sanctions historiques ont adoptées à l’ONU sous l’impulsion américaine ce samedi 5 août. Selon un haut représentant américain cité par le South China Morning Post, la déclaration de Tillerson « n’est pas une erreur ». D’un côté, la Maison-Blanche pourrait laisser à la Chine le soin de rappeler l’opposition des grandes puissances mondiales à de nouveaux tests nucléaires. De l’autre, l’assouplissement des exigences de Washington serait destiné à rétablir plus facilement un dialogue avec le régime de Kim Jong-un. Les propos du chef de la diplomatie américaine restent pour le moins ambigus. Ils ne précisent pas si le dialogue envisagé reprendrait dans le cadre des pourparlers à 6 (avec les deux Corées, les États-Unis, la Chine, le Japon et la Russie), ou s’il serait bilatéral comme le réclame à cor et à cri La Corée du Nord.
Pyongyang n’a pas – encore – répondu à la déclaration de Tillerson. Mais ce mardi 8 août, le pays a menacé de prendre des mesures « physiques » pour se venger des sanctions adoptées à l’ONU. Pour les Nord-Coréens, le vote du conseil de sécurité est un « acte terroriste » mené par Washington contre Pyongyang, rapporte le Korea Herald. Pyongyang n’a dans tous les cas pas l’intention de mettre son programme balistique et nucléaire sur la table de négociation, affirme un éditorial du Philippine Star. La Corée du Nord possèderait 20 bombes nucléaires et un arsenal de missiles balistique pour les porter qui demeure, selon le quotidien philippin, essentiel au maintien du régime de Kim Jong-un. Même si les dernières sanctions risquent d’appauvrir encore davantage sa population, la Corée du Nord ne devrait pas céder. Selon Scott Snyder, spécialiste de la Corée, Pyongyang « a outrepassé les sanctions dans le passé et il ne paraît pas clair que les choses soient différentes cette fois-ci. »
C’est bien ce qui inquiète Pékin. Ce mardi 8 août, l’armée chinoise a mené un exercice militaire « de grande ampleur » dans la mer Jaune et le Golfe de Bohai, qui bordent la péninsule coréenne, selon le ministère de la Défense à Pékin, indique le Straits Times. L’exercice a consisté en des tirs de missiles aériens et le déploiement de dizaines de navires. Pour le quotidien singapourien, après que la Chine a soutenu les sanctions de l’ONU ce samedi, elle confirmerait par ces exercices être « dans le camp de la communauté internationale ». Mais à travers cette démonstration de force, elle envoie aussi un message aux Américains pour marquer son territoire. La Chine obéira d’abord à ses intérêts. Son soutien aux sanctions onusienne procède d’un calcul coût-bénéfice, analyse le South China Morning Post. En effet, en votant pour la dernière résolution du Conseil de Sécurité, Pékin s’est assuré de minimiser les sanctions secondaires contre ses entités nationales associées au programme nucléaire et balistique nord-coréen. De plus, les sanctions ne prennent pas en compte l’aide humanitaire qui peut recouvrir certains échanges autrement proscrits.
Par Juliette Parjadis
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