Politique
L'Asie du Nord-Est dans la presse

"Femmes de réconfort" : le nouveau coup de froid entre le Japon et la Corée

Des manifestants tentent de protéger la statue d'une femme de réconfort qu'ils viennent de placer devant le consulat japonais de Pusan, en Corée du Sud, le 28 décembre 2016. Elle sera définitivement installée deux jours plus tard. (Crédit : AFP PHOTO / YONHAP / STR)
Coup de froid diplomatique entre Séoul et Tokyo. Le Japon a annoncé ce vendredi 6 janvier le rappel temporaire de deux de ses diplomates en Corée du Sud – son ambassadeur et son consul général à Pusan – ainsi que la suspension des négociations en vue d’un accord monétaire. En cause : l’installation controversée le 30 décembre dernier devant le consulat japonais à Pusan d’une statue représentant une « femme de réconfort » – l’expression qui désigne les esclaves sexuelles de l’armée impériale nippone durant la Seconde Guerre.
On pensait le dossier des « femmes de réconfort » bien allégé depuis l’accord passé entre le Japon et la Corée du Sud en 2015. Le gouvernement de Tokyo avait alors présenté des excuses à propos de ces jeunes filles et femmes, majoritairement sud-coréennes, forcées de se prostituer auprès des soldats nippons pendant la Seconde Guerre mondiale, rappelle le Straits Times. Les autorités nippones s’étaient également engagées à verser environ 10 millions de dollars à un fonds de compensation pour les victimes.
Mais voilà que fin décembre, un groupe d’activistes opposés à l’accord a installé la statue de la discorde sur un banc, face au consulat nippon de Pusan. Les manifestants dénoncent l’hypocrisie des excuses japonaises, et se plaignent que les dernières survivantes parmi les « femmes de réconfort » n’aient pas été consultées. Une remise en cause qui n’est pas du goût du Japon, pour qui le texte adopté par les deux pays constitue une réponse « finale et irréversible », rapporte le Mainichi.
D’après le Secrétaire général du Cabinet nippon, Yoshihide Suga, l’érection de la statue est « regrettable » et « porte atteinte à la dignité des missions diplomatiques, consacrée par la Convention de Vienne ». Ce qui explique les mesures temporaires prises par Tokyo afin de faire pression sur Séoul. « C’est une honte d’en arriver là, mais nous voulons que le pays tienne ses promesses », résume Suga.
Côté sud-coréen, la décision nippone a été apprise « avec regrets », déclare le ministère des Affaires étrangères relayé par l’agence de presse Yonhap. « Le gouvernement insiste à nouveau sur le fait que les deux pays devaient continuer à consolider leurs relations bilatérales quels que soient les défis qui leur sont posés. » En 2011 déjà, une première statue représentant une femme de réconfort avait été installée en face d’une mission diplomatique japonaise en Corée du Sud, devant l’ambassade nippone à Séoul.
Comment expliquer ce ravivement soudain des hostilités nippo-sud-coréennes ? D’après Jeff Kingston, directeur des études asiatiques sur le campus japonais de la Temple University, cité par Bloomberg, la réponse est à chercher du côté de la présidente Park Geun-hye. Les multiples scandales qui l’ont récemment éclaboussée, débouchant sur un vote de l’Assemblée nationale en faveur de sa destitution, discréditent l’accord passé entre Séoul et Tokyo en 2015. « Park est finie en ce qui concerne la politique sud-coréenne, c’est pourquoi les accords passés sous sa présidence ne valent sans doute même plus le papier sur lesquels ils ont été imprimés. »
Par Alexandre Gandil

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