Revue de presse Asie - 25 mai 2016

Tsai Ing-wen "extrémiste car célibataire", ressources birmanes et vexations pakistanaises

La présidente Tsai Ing-wen félicite ses partisans à Taipei. Copie d'écran du site "The South China Morning Post", le 25 mai 2016.
La présidente Tsai Ing-wen félicite ses partisans à Taipei. Copie d'écran du site The South China Morning Post, le 25 mai 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – A Pékin, tous les moyens sont bons pour attaquer la nouvelle présidente de Taïwan. Tsai Ing-wen ne peut être une bonne présidente car elle est « célibataire » et vit seule avec ses deux chats. Ainsi parle Wang Weixing, membre de la très officielle association chinoise pour les relations au sein du détroit de Taïwan (Arats). Pour lui, Tsai aurait toutes les chances de devenir « extrémiste, puisqu’elle est célibataire ». « Tsai n’a pas le fardeau émotionnel de l’amour, de la famille, des enfants, explique Wang. Ainsi, son style politique et sa stratégie seront guidés par ses émotions et sa personnalité. »

Wang Weixing est cadre supérieur dans l’Armée populaire de libération. Il a voulu inspecter de plus près encore l’état psychologique de Tsai. A ses yeux, « le sens de la sécurité » manquerait à la nouvelle présidente car son père s’est marié plusieurs fois. Elle pourrait avoir enfin une perception biaisée de l’ennemi, car sa famille était connectée aux envahisseurs japonais pendant la Seconde Guerre mondiale. L’article relatant les propos de Wang, a été supprimé par de nombreux moteurs de recherches en Chine dans les heures suivant sa parution. Les commentaires sont, de même, inaccessibles.

Mainichi Shimbun – Les gouvernements américains et japonais prévoient d’inviter les survivants de la bombe atomique au parc du Mémorial pour la paix d’Hiroshima, a annoncé une source du gouvernement japonais. Cette venue aurait lieu lors du dépôt d’une gerbe par le président Barack Obama au cénotaphe des victimes de la bombe A ce vendredi 27 mai. Le gouverneur d’Hiroshima et le maire de la ville avaient rencontré le Premier ministre nippon Shinzo Abe dans son bureau à Tokyo le 24 mai pour lui demander que le président américain rencontre des survivants de la bombe. Tokyo et Washington seraient aussi en train d’arranger la venue d’un ancien prisonnier de guerre américain de la Seconde Guerre mondiale pour cette même cérémonie à Hiroshima.

Rappelons que ce dimanche 22 mai, Obama avait déclaré à la télévision japonaise qu’il ne s’excuserait pas pour le bombardement atomique d’Hiroshima lors de sa visite.

Global Times – Des pénuries de travailleurs pour la restauration nord-coréenne en Chine. En avril dernier, 13 Nord-Coréens se sont échappés d’un restaurant où ils étaient employés à Ningbo, dans la province du Zhejiang. Ils ont rejoint la Corée du Sud. Aujourd’hui mercredi 25 mai, le Global Times rapporte que 2 ou 3 employés nord-coréens ont déserté leur restaurant à Xi’an. Jin Qiangyi, un expert de l’université de Yanbian, rappelle la gestion très « stricte » des employés du restaurant, qui sont par exemple seulement « autorisés à sortir en groupe ».

Un autre expert souhaitant rester anonyme confirme que les conditions de travail se sont dégradées. Cela fait suite, explique le Global Times, aux sanctions onusiennes contre Pyongyang, et aux nouvelles règles « anti-hédonisme » de Pékin. Ces restaurants luxueux sont ainsi sous pression. En effet, le président chinois Xi Jinping, dans le cadre de sa « lutte anti-corruption » n’encourage pas les grands banquets qui sont désormais considérés comme un gaspillage d’argent inutile et l’instrument de la corruption des cadres du Parti.

Asie du Sud-Est

Myanmar Times – Dans la région du Tanintharyi, au sud de la Birmanie, l’exploitation des ressources ne profite pas à ses habitants. Le grand projet de Lae Lae Maw, représentante de la région et député de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi, est de faire profiter aux habitants des nombreuses ressources de la province. Elle souhaite également faire baisser le coût de l’électricité, et faire revenir deux tiers des travailleurs migrants expatriés. En effet, la région est touchée par l’exploitation minière des compagnies étrangères, l’extraction de caoutchouc et d’huile de palme. Mais aussi par le commerce illégal du bois, de la pêche intensive et des migrations. Elle est également concernée par le projet d’un port en eau profonde, d’une raffinerie de pétrole et d’une zone économique spéciale.

Aux yeux de Lae Lae Maw, les ressources de cette région reculée doivent profiter à l’économie locale. Elle ne doivent pas être extraites puis vendues à l’étranger. L’une des priorités de Lae Lae Maw est l’électricité. La province n’est pas liée au réseau national. Tandis que les habitants de Rangoun payent 50 Kyat (environ 4 centimes d’euros) pour une unité d’électricité, les habitants du Tanintharyi sont forcés de payer 600 kyats (environ 40 centimes d’euros). L’une des solutions pourrait être la construction d’une centrale à charbon dans la région. Un tel projet est en discussion. Une co-entreprise birmano-coréenne serait à l’initiative du projet. Autre difficulté, le projet de zone économique spéciale qui était supposé booster le développement de la région. Lae Lae Maw ainsi que les habitants s’efforcent d’alerter les autorités, mais bien souvent sans succès. Les gouvernements régionaux n’ont pas le pouvoir de bloquer des projets déjà approuvés par le gouvernement central à Naypyidaw.

Bangkok Post – La Thaïlande est toujours tristement célèbre pour son tourisme sexuel. Pour le commissariat de Pattaya, la dernière affaire concerne Yotsapon, dit « James » Surawichai. L’homme de 33 ans a été arrêté pour avoir servi de rabatteur chargé de mettre en relation des jeunes garçons mineurs et des touristes américains et européens en visite à Pattaya. Surawichai faisait payer 2 000 bahts (environ 50 euros) par « service » et donnait entre 500 et 1 000 bahts aux mineurs tous âgés entre 14 et 16 ans. Pas moins de 9 chefs d’accusation ont été retenus contre le suspect. Parmi lesquels, le trafic d’êtres humains et la possession de drogues. James Surawichai venait de sortir de prison pour des accusations similaires.
The Jakarta Post – C’est une idée qui choque fortement les militants des droits de l’homme à Jakarta. Le dictateur Soeharto ne mérite pas, selon eux, le titre de « héros national ». L’ancien militaire et président de l’Indonésie, est en effet l’auteur présumé de nombreuses violations des droits de l’homme et de corruption. Pour Maria Catarina Sumarsih, une activiste, le président actuel Joko Widodo se doit de rejeter cette idée. La femme de 64 ans est la mère d’un manifestant tué lors de la tragédie de Semanggi en 1998. « Je n’accepte en aucun cas qu’un acteur du meurtre de mon fils puisse se voir attribuer le titre de héros, » a t-elle déclaré lors d’une conférence de presse de la commission pour les personnes disparues et les victimes de violence en Indonésie.

C’est encore une affaire qui marque le manque de cohérence au sein de l’élite politique indonésienne. D’un côté, le ministère des Affaires sociales a fait apparaitre le nom de Soeharto en 2010 dans la liste des nominés au titre de héros national. De l’autre, le gouvernement vient de promettre de résoudre les cas de violations des droits de l’homme sous la dictature. Voir notre revue de presse du 20 mai 2016.

Asie du Sud

Dawn – Lors d’une réunion avec l’ambassadeur américain au Pakistan mercredi 25 mai, le chef du personnel de l’armée, le général Raheel Sharif a exprimé de sérieuses préoccupations après l’attaque de drone au Baloutchistan qui a tué l’ancien chef des talibans afghans, le mollah Akhtar Mansour. Les autorités ont dénoncé une violation de la souveraineté du pays suite à cette attaque. Elle a été la première dans la zone qui a longtemps été considérée comme une ligne rouge par le Pakistan. Le chef de l’armée a également déclaré que cette violation était préjudiciable à la stabilité régionale et aux efforts de paix.

Est-ce pour mieux faire passer la pilule de l’attaque de drone ? Le Sénat américain a voté cette nuit un fonds pour dédommager le Pakistan de ses efforts dans la lutte contre le terrorisme, rapporte Dawn dans un autre article.

The Express Tribune – La mort d’Akhtar Mansour confirmée par ses pairs. Les taliban afghans ont annoncé dans un communiqué la mort de leur chef dans l’attaque de drone menée par les Américains au Baloutchistan. Selon leurs termes, Mansour « est mort en martyr dans une frappe de drone américaine ». Il avait pris la tête du mouvement en juillet 2015 après la révélation selon laquelle le fondateur du groupe, le mollah Omar était mort depuis deux ans. Les taliban afghans ont aussi annoncé que le successeur d’Akhtar Mansour avait été nommé, rapporte Dawn. Il s’agit de l’un de ses deux adjoints : le mollah Haibatullah Akhundzada. Il devient donc le nouveau chef de l’Emirat islamique des taliban. Les candidats qui avaient été pressentis pour prendre la tête du mouvement, Sirajuddin Haqqani, le présumé responsable de nombreuses attaques à la bombe à Kaboul et le mollah Mohammad Yaqoob, fils du mollah Omar, lui serviront d’adjoints, a annoncé leur porte-parole.
Firstpost – L’Inde agrandit son influence à l’ombre de la Chine. Le Premier ministre Narendra Modi et le président iranien Hassan Rohani ont signé lundi 23 mai un accord de coopération. Les deux parties ont décidé d’investir et de développer le port iranien de Chabahar. L’Inde espère ainsi augmenter ses échanges avec les autres pays de la région en évitant de passer par le Pakistan. Malgré ses investissements, le pays développe sa stratégie dans une zone où l’influence chinoise est grande. Pékin a en effet construit Gwadar, une ville portuaire pakistanaise située à 30 kilomètres de l’Iran, et est investi dans son développement. La ville comprend aussi un aéroport international et un terminal.
Par Joris Zylberman, Alice Hérait et Claire Courbet, avec Sylvie Lasserre Yousafzaï à Islamabad, Hubert Kilian à Taipei et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris