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Asialyst : une histoire en construction (1)

Un "hutong" ou ruelle en mandarin dans le centre-ville de Pékin. Ici, Dongsi Liutiao Hutong en avril 2014.
Un "hutong" ou ruelle en mandarin dans le centre-ville de Pékin. Ici, Dongsi Liutiao Hutong en avril 2014. (Crédit : CHRISTOPH MOHR / PICTURE ALLIANCE / PICTURE-ALLIANCE/AFP)
Aujourd’hui, c’est l’heure de souffler des bougies. Huit pour être exact. 8 mois. 512 articles publiés. Entre revues de presse, éditoriaux, regards et autres temps forts, nous essayons chaque jour à la fois de sélectionner pour vous l’essentiel de l’actualité et de vous donner nos éclairages sur des sujets variés et pas forcément – au jour même – dans la lumière d’un monde toujours plus mondialisé.

En utilisant tous les formats disponibles, nous tentons de vous raconter une autre partie du monde, avec des reportages et témoignages divers touchant tous les pays d’Asie, des récits d’expériences, des photos, des vidéos, du son, de la musique ; le tout accompagné d’un peu de dérision, de dessins, de cartes et d’infographies.
Bien que vous soyez chaque semaine plus nombreux à nous lire et à vous abonner, nous sommes loin de crier victoire et de nous réjouir inutilement. En même temps, à voir d’où nous venons, il faut bien avouer que cela fait quand même un sacré plaisir d’être là. Car oui, alors que l’immense gâteau crémeux et meringué annonce son approche, il fait bon de se retourner et de voir le chemin parcouru.
Tout commence en effet à Pékin, dans un petit hutong, le nom des ruelles de la capitale, il y a de cela quelques années. Là, dans cette petite habitation cosy avec une grande verrière qui inonde de lumière le séjour, se retrouve déjà les principaux protagonistes de ce qui allait devenir « votre média sur l’Asie ». Peu de meubles. Une grande table où s’entassent pêle-mêle des reçus en tout genre, des cordes de guitare, des carnets remplis de notes prises à la volée, des prises multiples en pagaille, des câbles et un tas informe de cigarettes sur des restes de jiaozi et autres douceurs vaporisées de l’Empire du Milieu.
Le monde d’alors n’était ni plus beau ni moins violent. Peut-être juste plus simple (on dit bien peut-être). La pollution, les droits de l’homme violemment bafoués, les conséquences de l’urbanisation gargantuesque étaient déjà à l’ordre du jour à l’époque. Les conséquences du réchauffement climatique étaient déjà débattues par des hordes de spécialistes, de même que les conséquences de l’approbation du traité européen en terme tant de fiscalité que de déplacement des personnes, des biens et des capitaux. L’horreur aussi était bien présente du fait du cataclysmique tsunami qui frappa violemment l’Asie du Sud-Est. Oui, le monde n’était définitivement pas plus beau…
Nous l’étions peut-être. Nous étions plus jeunes en tout cas et nous constations déjà le manque de couverture médiatique dont souffrait le pays où nous vivions, et dont souffrait l’Asie dans son ensemble ; sauf en cas de catastrophes majeures ou d’évènements politiques d’importance, certes. Jeunes, insouciants, vivant de rock, d’eau chaude et de milliers de boulots, nous pensions alors le monde de l’information du futur sans avoir conscience que du côté américain de l’océan Pacifique, les futurs géants du web mettaient déjà les bouchées doubles pour occuper tout l’espace à venir.
Mais l’idée avançait dans nos têtes et s’installait pour longtemps, comme un refrain insupportable que l’on ne peut s’empêcher de fredonner. Tout était déjà en germe à l’époque : l’idée de lier les compétences entre journalisme et expertise, l’idée de « faire parler » les autres, ceux qui ne sont jamais dans les médias, sur des sujets si peu effleurés mais pourtant plus tangibles, plus palpables, loin des prises de position parfois trop liées au prisme de la France et de ses intérêts.
Avec du recul, on sourit même aux souvenirs de ces soirées endiablées passées à refaire le monde, à penser à la construction d’un nouveau média alors même que nous étions dans un pays où la censure et le contrôle de l’information règnent en maître. Oui, insouciants nous l’étions sans aucun doute. Déterminés aussi car nous posions inlassablement les premières pierres de ce pont entre les continents, les premières idées de cette entreprise globale d’information que nous imaginions à l’époque en papier. Oui, pas de smartphone et encore moins de 3G dans la rue à cette époque où Internet était tout à la fois un doux rêve et un gros mot pour le gouvernement qui nous accueillait. Les premiers jalons étaient donc posés et l’équipe quasiment constituée. Pour sortir du bois et se retrouver enfin en pleine lumière, il ne nous aura plus fallu qu’un évènement marquant : notre retour en France.
A suivre, le mois prochain…
A propos de l'auteur
Antoine Richard
Antoine Richard est rédacteur en chef adjoint d'Asialyst, en charge du participatif. Collaborateur du Petit Futé, ancien secrétaire général de l’Antenne des sciences sociales et des Ateliers doctoraux à Pékin, voyage et écrit sur la Chine et l’Asie depuis 10 ans.