Revue de presse Asie - 26 novembre 2015

Opérations militaires nippones, Inde vulnérable au terrorisme et ouvriers du poulet exploités en Thaïlande

Gao Yu, 71 ans, journaliste condamnée pour ses critiques à l'encontre du gouvernement chinois. Copie écran du Financial Times, le 26 novembre 2015.

ASIE DU NORD-EST

Chine : timide avancée pour la liberté de la presse

The Financial Times – La victoire reste symbolique, mais la société civile chinoise se réjouit tout de même. La peine de prison de la journaliste Gao Yu, 71 ans, pourrait être commuée de 7 à 5 ans, si elle plaide coupable. Condamnée à 7 ans de prison au cours d’un procès à huis-clos en avril dernier, Gao Yu est connue pour ses critiques mordantes contre le gouvernement et accusée d’avoir divulgué des « secrets d’états ». La journaliste fait partie des nombreuses personnalités prisonnières dont les « confessions » enregistrées ont été diffusées sur la télévision d’Etat. Célèbre pour ses attaques contre le Parti depuis Tian’anmen, Gao Yu endure sa troisième peine d’emprisonnement. Fin 2014, 44 journalistes étaient encore en prison en Chine, selon le Comité de Défense des Journalistes (Committee to Protect Journalists). Reporters Sans Frontières classe le pays au 175 rang sur 180 pays pour la liberté de la presse.

Chine: la première base militaire internationale à Djibouti ?

The Diplomat – D’après le site The Diplomat, la Chine a signé un contrat de dix ans afin d’ouvrir sa première base militaire à l’international, à Djibouti, entre le Golfe d’Aden et la Mer Rouge. Un général de l’armée américaine aurait confirmé cette information à des journalistes spécialisés sur la défense auprès du média The Hill. Selon cette source, la Chine souhaite avoir une première base logistique opérationnelle en Afrique afin de protéger ses intérêts dans la région, bien que le gouvernement chinois ait répété qu’il n’avait pas de base militaire étrangère. Djibouti accueille déjà une présence française et même japonaise avec une base ouverte en 2011 pour lutter contre la piraterie. La Chine, qui effectue déjà des opérations anti-piraterie depuis 2008, renforcerait ainsi sa présence et pourrait servir de plate-forme afin de protéger indirectement les opérations et citoyens chinois engagés dans la région, sans nécessairement avoir recours à l’effort militaire, explique un expert cité par The Diplomat.

Taïwan : sous la menace de l’EI

Taipei Times, China Post et China Times (en chinois) – La presse insulaire anglophone, et un seul titre de la presse en langue chinoise, relayent les instructions données par président taïwanais Ma Ying-jeou pour renforcer les mesures de protection face à la menace terroriste. En effet, un sentiment d’inconfort s’est répandu sur l’île alors que le drapeau de Taïwan (une fois n’est pas coutume !) apparaît aux côtés des 60 autres dans une vidéo publiée sur Internet mardi par l’Etat Islamiste, appelant à frapper les membres de la « coalition mondiale contre l’EI ». Une réunion sur la sécurité nationale a été convoquée par le chef de l’Etat qui a appelé les Taïwanais au calme. Ma Ying-jeou a par ailleurs rappelé que l’aide apportée à la lutte contre le terrorisme n’était pas militaire mais humanitaire. Taïwan intervient à ce titre auprès des réfugiés, a-t-il souligné.

Taiwan: ventes d’armes américaines prévues en décembre ?

China Times (en chinois)
et United Daily News (en chinois) – Si l’on en croit le China Times, les Etats-Unis devraient annoncer une vente d’armes à Taïwan d’un montant d’un milliard de dollars américains. Une information reprise de Bloomberg. C’est la première vente depuis quatre ans, ce qui ne va pas manquer de peser négativement sur les relations sino-américaines, note le China Times. Les armes concernées pour la vente devraient être des AAV-7A1, un véhicule blindé lourd amphibie ainsi que des hélicoptères d’attaque de type AH-64 Apache.

Corée du sud : les « web-toons » à l’assaut de la planète

IBN LIVE – Tous les genres sont représentés : comédie, horreur, romance, thriller… Les “web-toons”, des bandes dessinées en série sur Internet créées pour les smartphones, sont un genre à part en Corée du Sud et s’exportent désormais à l’international. Gratuites, facilement accessibles, elles se lisent sous forme de feuilleton et certaines ont même été adaptées pour la télévision, le cinéma ou le jeu vidéo. Le marché (et ses dérivé) est évalué à 368 millions de dollars et devrait doubler d’ici à 2018.
Selon un expert cité par IBN Live, la BD, traditionnellement très importante en Corée du Sud et qui avait périclité lors de la crise de 1997 connaît une seconde jeunesse grâce à internet. Les web-toons d’aujourd’hui contiennent des images animées, (flash par exemple), de la 3D, des effets sonores et une bande-son, certains font même vibrer le smartphone sur certaines scènes. L’entreprise Naver, spécialisée dans le genre, a récemment lancé ses BD pour le marché anglais, chinois, thai et indonésien.

Le Japon sous pression afin d’accepter plus de migrants

The Guardian – Le gouvernement nippon est divisé alors que les Nations Unies le pressent d’accepter plus de migrants et de réfugiés (voir notre article sur le sujet). Certains comme l’homme politique Shigeru Ishiba (Liberal Democratic Party), pensent que le Japon aurait besoin de plus d’immigration afin de palier le vieillissement de la population active (d’ici à 2030 près de 8 millions de travailleurs seraient nécessaires). Ishiba souligne l’exemple réussi de l’intégration sociale, économique et culturel des migrants japonais en Amérique latine au siècle dernier. Le débat occupe le pays, alors même que le Premier ministre Shinzo Abe a refusé systématiquement d’assouplir les restrictions à l’entrée de réfugiés issus des conflits syriens et irakiens (l’an dernier, seules 11 personnes ont été acceptées sur 5 000 demandes). Ishiba, qui pourrait se présenter à la tête du LDP d’ici à trois ans, reste convaincu que l’immigration contrôlée serait une solution à la crise démographique nippone. La population japonaise, de 128 millions d’habitants aujourd’hui, déclinerait à 86 millions en 2060, avec une part de 40% de personnes âgées de 65 ans et plus.

Japon : déploiement prévu de troupes près des îles disputées

ABC NEWS avec AP – L’adjoint au ministre de la Défense nippone a rencontré le maire d’une île du Sud ce jeudi afin de discuter des possibles déploiements militaires de centaines de troupes dans la région en 2019, incluant les îles Senkaku/Diaoyu, également revendiquées par la Chine. Le Japon est d’ores et déjà en train de construire une base sur l’île de Yonaguni afin de déployer une force côtière de surveillance d’ici à 2018. D’après des statistiques du gouvernement, la Chine pénètrerait entre 4 et 28 fois par mois dans les eaux disputées, notamment depuis que le Japon a nationalisé officiellement l’archipel Senkaku/Duiaoyu en septembre 2012. Les deux géants asiatiques devraient se rencontrer sur le sujet à Xiamen en Chine le mois prochain.

ASIE DU SUD-EST

Indonésie: besoin d’équilibre entre la Chine et les Etats-Unis

The Jakarta Post – Selon une étude publiée ce mardi par l’université de Sydney, l’Indonésie doit trouver un équilibre diplomatique entre les influences chinoise et américaine, rapporte le Jakarta Post. Si les Américains ont eu un rôle crucial dans le développement de l’Indonésie, la relation avec les Chinois serait plutot d’ordre culturel, et désormais économique, la Chine étant actuellement le premier marché d’exportation pour l’Indonésie. L’étude conclue que le pays devrait s’abstenir de privilégier une relation unilatérale avec l’une ou l’autre des deux grandes puissances, mais plutôt entretenir un « équilibre dynamique » avec les deux.

Indonésie: la propagande de l’EI s’est étendue à cinq provinces

The Jakarta Post – Selon des sources policières, la propagande de l’Etat Islamique (EI) se serait étendue à au moins cinq provinces indonésiennes : Java oriental, Lampung, le centre, sud et ouest Sulawesi. La police a déclaré que le groupe terroriste East Indonesian Mujahidin (MIT) mené par Santoso Poso, au centre Sulawesi, faisait désormais partie du réseau EI et aurait reçu des fonds et de l’aide d’autres groupes terroristes internationaux. L’objectif principal de la police est actuellement de capturer le terroriste Santoso, qui se cache dans les forêts avec ses partisans. Il aurait récemment proféré de nouvelles menaces et envoyé une vidéo de 9 minutes sur les réseaux sociaux, bloquée depuis lundi.

Thailande: les « migrants du poulet » exploités

The Irrawady – Les ouvriers de l’industrie thaïlandaise du poulet à destination de l’Europe en particulier, sont soumis à de multiples abus, révèle une enquête suédoise Swedewatch, coréalisée avec Finnwatch (Finlande). Ces travailleurs sont principalement des migrants issus du Cambodge et de Birmanie et ont rejoint le marché florissant du poulet, qui devrait d’ici à cinq ans dépasser celui du porc. Exploités par les agents, qui retiennent leur passeport et leur font payer des droits de passage exorbitants, maltraités par leurs employeurs thaïlandais, ces ouvriers font l’objet d’un véritable trafic, soutiennent les rédacteurs de l’étude. Jusqu’à présent, les contrôles européens avaient été effectués sur la qualité des produits et non sur les conditions de travail. En 2014 cependant, l’Union européenne avait menacé de boycotter les produits de mer thaïlandais si le pays n’adoptait pas des mesures de protection du travail adéquates dans ce secteur.

Birmanie: Aung San Suu Kyi blâme le manque de protection dans l’industrie du jade

Channel News Asia avec Reuters – Le weekend dernier, un glissement de terrain a fait plus d’une centaine de morts (et au moins une centaine encore disparus) à Hpakant, dans une région au coeur du commerce du jade. Ce jeudi, Aung San Suu Kyi a annoncé que l’industrie du jade était responsable. Selon elle, « ce genre d’accident est fréquent car le droit ne s’applique pas et qu’il n’y a aucune considération pour la sécurité et le bien des personnes ». Selon Channel News Asia la réforme, du secteur sera cependant difficile, car les entreprises dominantes sont liées au gouvernement précédent, mais aussi à des groupes armés ethniques ainsi qu’à des hommes d’affaires proches de la junte.

ASIE DU SUD

Inde : Sept ans après les attentats de Bombay, le pays n’est pas mieux préparé contre le terrorisme

Scroll – Selon l’éditorialiste Ajai Sahni, 7 ans jour pour jour après les attentats meutriers de Bombay (le 26 novembre 2008), la sécurité en Inde n’a pas réellement été améliorée. La question est de plus en plus brûlante alors que Daesh est capable de mobiliser des ressources ou des recrues à travers le monde, et que les actions de groupes terroristes continuent d’agiter le sous-continent, notamment au Bangladesh. L’Inde reste à la traîne sur la lutte contre le terrorisme, remarque l’auteur. Pourtant, souligne t-il, le pays est au coeur de la problématique, avec la proximité du Pakistan, le conflit au Cachemire et une minorité radicale présente sur le territoire. Beaucoup de promesses ont été faites après le 26 novembre mais elles ne furent que des « slogans et des prises de positions », lance Ajai Sahni. Il écrit qu’hormis Delhi, la plupart des Etats fédéraux dépensent actuellement moins de 4% de leur budget en sécurité et que les forces de police sont loin du chiffre minimal (actuellement 141 agents pour 100 000 personnes au lieu de 250 requis). Peu d’investissements ont été réalisés en termes d’équipements, de formation et de modernisation des outils. Et la sécurité côtière demeure négligeable – les terroristes du 26 novembre étaient arrivés par bateaux. Seuls des facteurs externes, conclut l’auteur, et surtout la résistance des musulmans indiens aux mouvements globaux de radicalisation ont profité à la sécurité du pays.

Inde : La Constitution enjeu des débats

Scroll – Le parlement indien s’est déchiré ce jeudi matin autour de la Constitution du pays. Tandis que l’opinion publique s’est emparée des remarques sur le climat croissant d’intolérance en Inde, la session d’hiver au Lok Sabha (parlement) s’est ouverte avec des remarques provocatrices, tel parlementaire insistant sur le fait que les mots “socialiste” et « séculier » n’étaient pas inscrits dans les préambules mais que ces principes étaient « intrinsèques à [la] nature indienne ». La chef du parti d’opposition, le Congrès, Sonia Gandhi s’est également emparée du débat, soulignant que le climat actuel montrait bien que la Constitution indienne était en péril.
Par Clea Chakraverty, avec Victor Yu à Taipei et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris.