Société
Les Attentats de Paris vus d’Asie

 

A Tokyo : solidarité avec Paris et sentiment d’insécurité

Bougies devant l'entrée de l'Ambassade de France à Tokyo, le 15 novembre 2015. (Crédit : Kanako Baba)

Contexte

Comment l’Asie a-t-elle perçu les attentats qui ont causé 129 morts et 352 blessés à Paris, vendredi 13 novembre ? Sur un continent où la violence extrême du terrorisme est parfois le quotidien des populations, une immense vague de soutien à la France s’est manifestée immédiatement. Des débats, des différences de perceptions ont aussi émergé. Asialyst y consacre un dossier spécial, avec les témoignages et les points de vue rassemblés et traduits par nos chroniqueurs. Suite de notre dossier au Japon, à Tokyo.

Même une semaine après, les attentats de Paris continuent de faire la Une de la presse japonaise, qui relate l’avancement des enquêtes avec des reportages sur place.
Le lendemain des attentats, les quotidiens comme Yomiuri et Sankei ont fait une édition spéciale, ce qui est très exceptionnel pour un événement comme celui-ci, qui s’est produit en dehors du Japon. La chaîne de télévision TBS a elle aussi réagi avec une émission spéciale, tandis que le NHK, chaîne publique japonaise, consacré l’une de ses émissions prestigieuses aux attentats parisiens.
Les autorités nipponnes se sont également mobilisées. Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, alors en visite en Turquie, a tout de suite présenté ses « profondes condoléances pour les victimes et leurs famille » en condamnant fermement ces actes terroristes. Masuzoe Yoichi, gouverneur de Tokyo connu pour être francophile – son ex-femme était une Française – s’est rendu le 15 novembre à l’ambassade de France au mémorial en hommage aux victimes des attentats, avec le porte-parole du gouvernement Yoshihide Suga. Là, il a fait un discours de solidarité en français devant des centaines de participants – majoritairement des Français et des Japonais mais aussi des ressortissants d’autres pays – avant de conclure : « Tokyo est avec vous! »
Des participants au rassemblement de solidarité derrière le drapeau français à Tokyo après les attentats de Paris, le 15 novembre 2015. (Crédit : Kanako Baba)
Deux participantes du rassemblement de solidarité à Tokyo après les attentats de Paris, le 15 novembre 2015. (Crédit : Kanako Baba).
A son initiative, les tours et bâtiments emblématiques de la capitale japonaise, à l’instar de la Tour de Tokyo et de la Tokyo Skytree, étaient illuminés en bleu-blanc-rouge pendant les jours qui ont suivi le 13 novembre.
Pourtant, si les Japonais ont fait preuve d’autant de solidarité avec les victimes des attaques et des Français, ce n’est pas seulement parce que ce pays est très francophile.
Le réforme de la politique de défense voulue par Shinzo Abe, et adoptée en septembre sous le feu des critiques, permet sur le papier à Tokyo d’envoyer des soldats au Proche-Orient. Le Japon, un des plus vieux alliés des Etats-Unis, figure désormais officiellement sur la liste des ennemis de l’Etat islamique. « Je me sens vraiment concerné, car les terroristes peuvent nous attaquer aussi », confie Mamoru Terada, qui a participé au rassemblement de solidarité tenu dans le centre-ville de Tokyo. D’autant plus que l’agenda de la capitale japonaise est chargé d’événements internationaux comme la coupe du monde de rugby de 2019 et les Jeux Olympiques de 2020.
Alarmées par les attentats, les autorités japonaises ont renforcé les mesures de sécurité, allant même jusqu’à la simulation d’une attaque terroriste dans une station de métro. Pourtant, la capacité de la police à faire face à ce type d’attentat est « particulièrement faible », a souligné Buntaro Kuroi, journaliste et spécialiste des questions militaires, cité dans un magazine local. Selon lui, l’interdiction des armes à feu marchant à la perfection dans le pays, la police « n’a pas d’expérience, ni de matériaux » pour faire face à la menace terroriste.
Yuta Yagishita, à Tokyo

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A propos de l'auteur
Yuta Yagishita, journaliste indépendant basé à Tokyo est un spécialiste des questions environnementales et politiques au Japon. Formé à l'ESJ Lille, cet admirateur de Hannah Arendt essaie d'être l'observateur le plus impartial de son pays natal qui ne cesse de vieillir. Il collabore notamment avec la revue ZOOM Japon.