Revue de presse Asie - 19 novembre 2015

Otage chinois exécuté par Daech, peine de mort suspendue en Indonésie et enjeux sanitaires en Inde

Le président Xi Jinping a confirmé aujourd’hui l’exécution du premier otage chinois de Daech, Fan Jinghui - et avec lui un otage norvégien, Johan Grimsgaard-Ofstad. Copie d’écran du South China Morning Post, le 19 novembre 2015.
Le président Xi Jinping a confirmé aujourd’hui l’exécution du premier otage chinois de Daech, Fan Jinghui - et avec lui un otage norvégien, Johan Grimsgaard-Ofstad. Copie d’écran du South China Morning Post, le 19 novembre 2015.

Asie du Nord-Est

Chine : pour la première fois, un otage chinois exécuté par Daech

South China Morning Post – Xi Jinping l’a confirmé aujourd’hui. Fan Jinghui, consultant freelance chinois de 50 ans, a été exécuté par Daech après avoir été « mis en vente » en septembre par le groupe terroriste. La nouvelle avait été annoncé dans le dernier numéro du magazine de Daech, Dabiq, publié hier mercredi 18 novembre. Le South China Morning Post note que l’exécution s’est déroulée selon un mode opératoire inédit pour Daech : c’est la première fois que l’organisation Etat islamique propose explicitement le « rachat » d’un otage étranger. Aussi, l’exécution de Fan Jinghui s’est faite par balle, contrairement aux décapitations filmées qui constituent l’une des marques de fabrique du groupe terroriste.

Dans son discours, Xi Jinping a réaffirmé sa résolution à combattre le terrorisme, qualifié d’« ennemi universel de l’humanité ». L’allusion faite aux groupes séparatistes ouïghours comme le Mouvement pour l’Indépendance du Turkestan oriental (ETIM), est à peine voilée. Aux côtés de Fan Jinghui, l’otage norvégien Johan Grimsgaard-Ofstad a été exécuté selon les mêmes modalités.

Japon : Daech réaffirme le meurtre d’un Japonais au Bangladesh

The Japan Times – Et toujours dans le dernier numéro de Dabiq, Daech réaffirme être à l’origine du meurtre d’un agriculteur japonais au Bangladesh début octobre. L’assassinat avait déjà été revendiqué par un groupe se prétendant être une « cellule de l’EI » – mais la confirmation d’hier sonne comme une officialisation. Et cela alors même que les autorités de Dacca avaient nié toute présence de Daech sur leur territoire, note le Japan Times. La police avait même arrêté trois hommes soupçonnés du meurtre, dont un est affilié au parti d’opposition Bangladesh Nationalist Party.

Corée du Nord : les vaines condamnations de l’ONU sur les droits de l’homme ?

Channel News Asia – En matière de droits de l’homme, la Corée du Nord risque de subir aujourd’hui « la plus importante condamnation onusienne de son histoire ». C’est en ces termes que Channel News Asia décrit le vote par l’Assemblée générale des Nations unies de la proposition de résolution visant à fermer le réseau de camps de travaux forcés, qui maille le territoire nord-coréen. Le texte incite également le Conseil de Sécurité à saisir la Cour Pénale Internationale pour que Kim Jong-un réponde de ses actes. Mais si le projet de résolution semble soutenu par un plus grand nombre de pays que celui de l’an passé, la Chine imposera vraisemblablement son veto au Conseil de Sécurité. Depuis 2005, l’Assemblée générale des Nations Unies condamne chaque année les violations des droits de l’homme en Corée du Nord – qualifiées de « sans équivalent dans l’époque contemporaine » – mais sans véritable effet…

Corée du Sud : 200 Syriens demandent l’asile

The Chosun Ilbo – Les débats sémantiques et juridiques sont aussi vifs en Corée du Sud qu’en Europe. Alors que 200 Syriens ont demandé l’asile auprès du gouvernement de Séoul, aucun d’entre eux ne s’est encore vu attribuer le statut de réfugié. Entre 80 et 135 auraient en revanche obtenu celui de « quasi-réfugié » – les autres attendent que leur dossier soit traité. Alors, quelle différence entre un réfugié et un quasi-réfugié ? D’après les explications du Chosun Ilbo, le premier fuit son pays car il est persécuté « sur une base ethnique, religieuse, nationale, sociale ou politique ». Le second fuit un conflit sans qu’intevienne la notion de persécution. Ainsi pour le gouvernement sud-coréen, la condition des Syriens correspond mieux au cas des « quasi-réfugiés », ce qui leur permet d’obtenir un permis de résidence temporaire dans le pays… La même frilosité existe au Japon sur l’accueil des réfugiés (lire notre article).

Taïwan : accord avec les Philippines sur la bonne application des lois en zone maritime

China Times (en chinois) – Le ministère taïwanais des Affaires étrangères a annoncé qu’un accord avec les Philippines sur le respect des lois en mer de Chine du Sud avait été signé il y a deux semaines. L’accord prévoit notamment un mécanisme de notifications d’urgence et encadre le recours à l’usage de la force. En mai 2013, le mitraillage d’un chalutier taïwanais par les garde-côtes philippins avait entraîné la mort d’un pêcheur taïwanais et une crise diplomatique majeure entre Taipei et Manille. C’était dans le canal de Bashi au sud de l’île de Taïwan et au nord des Philippines, où les zones économiques exclusives des deux Etats se chevauchent.

Asie du Sud-Est

Indonésie : les exécutions suspendues pour raisons économiques

Jakarta Globe – Une fois n’est pas coutume : la défense des intérêts économiques peut profiter aux droits de l’homme. Le gouvernement indonésien a ainsi publié un moratoire dans lequel il préconise la suspension sine die des exécutions de détenus. Objectif : redynamiser une croissance économique au plus bas depuis 6 ans. Le président Joko Widodo s’était attiré les foudres de la communauté internationale en « rétablissant » l’usage de la peine de mort que son prédécesseur, Susilo Bambang Yudhoyono, avait presque abandonnée de fait.

Indonésie : libération de Filep Karma, plus ancien prisonnier politique papou

The Malaysian Insider – Et dans un même mouvement d’apaisement, le gouvernement indonésien desserre peu à peu le joug sous lequel il a placé la Papouasie (à l’est du pays) depuis des années. C’est ainsi que le plus ancien prisonnier politique papou, Filep Karma, a été libéré aujourd’hui après plus de 10 ans passés derrière les barreaux. Il avait été emprisonné en 2004 pour avoir brandi un drapeau indépendantiste lors d’un rassemblement. Joko Widodo s’est engagé à améliorer le niveau de vie des habitants de la région. La Papouasie est très difficilement accessible aux étrangers et la concentration de policiers et de militaires y est extrêmement élevée, rappelle The Malaysian Insider.

Malaisie : partage de données biométriques avec les Etats-Unis dans le cadre de la lutte antiterroriste

Channel News Asia – La coopération internationale antiterroriste en réaction aux attentats de Paris passe aussi par l’Asie. Ce jeudi 19 novembre, la Malaisie et les Etats-Unis ont signé un accord de partage de données biométriques : les deux gouvernements mettent ainsi en commun leurs renseignements sur plus d’un million de personnes soupçonnées d’entretenir des activités criminelles, dont terroristes. La Malaisie est l’un des pays d’Asie du Sud-Est – a fortiori d’Asie – se sentant le plus menacé par Daech. De nombreuses opérations de démantèlement de cellules terroristes y ont été menées ces derniers mois. Et il y a quelques jours, trois de ses ressortissants en fuite aux Philippines ont annoncé la création d’une cellule transnationale de Daech en Asie du Sud-Est (voir notre edito).

Thaïlande : l’opposition épinglée pour avoir critiqué la construction d’un parc au sud de Bangkok

Prachatai – Le scandale de corruption lié à la construction du parc Ratchapakdi, en l’honneur de l’histoire siamoise et thaïlandaise, secoue désormais l’opposition. Le vice-porte-parole du parti Pheu Thai, Anusorn Iamsa-ard, a été convoqué devant la 1ère division de l’armée à Bangkok suite à des propos critiques qu’il aurait tenu sur ce dossier. Le media Prachatai rappelle qu’Anusorn est surveillé de près par les militaires, qui l’incitent souvent à « échanger des informations » et lui imposent d’obtenir une autorisation de l’armée avant toute sortie du territoire.

Vietnam : la « mer de l’Est » au programme du sommet de l’ASEAN

Tuổi Trẻ – Le 27ème sommet de l’ASEAN se déroule en ce moment à Kuala Lumpur jusqu’à dimanche 22 novembre. Il réunit les représentants des pays de l’Asie du Sud-Est et de quelques puissances invitées comme la Chine et les Etats-Unis. Sans surprise, les tensions en mer de l’Est (nom vietnamien de la mer de Chine du Sud) dominent les esprits.

En fin d’après-midi heure locale, malgré la pression et l’opposition de la Chine, le chef de la diplomatie malaisienne, Othman Hashim, a confirmé que la question de la mer de l’Est ferait bien partie du programme de travail de ce vendredi 20 novembre. Les Etats-Unis soutiennent ouvertement la position de l’ASEAN sur ce débat.

Pour Vo Trung Dung, le correspondant d’Asialyst au Vietnam, le refus de la Chine d’entamer des discussions multilatérales sur les différends territoriaux devient de plus en plus intenable. Pékin n’a plus autant de soutien à l’intérieur de l’ASEAN qu’il y a six mois. Les Philippines l’attaquent devant le tribunal de La Haye. L’Indonésie et la Malaisie affirment plus clairement leur position en condamnant les constructions chinoises d’îles artificielles en mer de Chine méridionale.

Au menu des discussions figurent aussi le projet de construction d’une communauté politique et de sécurité (APSC), les déclarations et les codes de conduite en mer de Chine (DOC-COC ), la convention de l’Asie du Sud-Est sur les armes nucléaires (SEANWFZ) et la candidature du Timor-Leste à l’ASEAN.

Asie du Sud

Inde : la journée mondiale des toilettes met tristement le pays en avant

Livemint – En Inde, la discrimination passe… par les toilettes. Selon Livemint, plusieurs Etats indiens imposent des conditions de plus en plus drastiques pour trier les candidatures aux élections municipales, comme dans l’Haryana (Nord) : factures d’électricité raisonnables, niveau minimum d’éducation et – effectivement – présence de toilettes dans son logement personnel. Ce qui pose un véritable problème de représentation aux conseils municipaux : selon les chiffres publiés par Scroll.in, plus de 774 millions d’Indiens (soit environ 60% de la population) n’ont pas accès à des « toilettes améliorées ». Dans la plus grande démocratie du monde, les populations les plus défavorisées se sentent donc exclues du jeu politique, car privées de leur éligibilité.

Inde : Modi entre « la politique du boeuf et la croissance à 8% »

Times of India – Pour Rajeev Deshpande, éditorialiste politique au Times of India, le premier ministre Narendra Modi doit tirer les leçons de la défaite du BJP (son parti, nationaliste hindou) aux élections régionales dans le Bihar s’il souhaite briguer un second mandat. En matière de dépenses, deux choix s’offrent à lui : persévérer dans des « guerres culturelles sans fin » qui sont l’étendard de son parti – « politique du boeuf, algèbre de castes, Pakistan-bashing et révisionnisme historique » – ou investir dans l’économie et les « infrastructures sociales » pour s’assurer une croissance à 8%. Car aujourd’hui, les investisseurs et les touristes étrangers seraient frileux vis-à-vis du climat socio-économique indien. Un éditorial au vitriol présenté comme une fausse question.

Pakistan : le gouvernement interdit à son équipe de cricket de jouer en Inde

Hindustan Times – Conséquence du « Pakistan-bashing » décrié dans l’éditorial précédent, le gouvernement pakistanais a interdit à son équipe nationale de cricket de se rendre en Inde, invoquant des « raisons de sécurité ». Il y a un mois, la rencontre entre des officiels indiens et pakistanais du cricket avait été annulée après que 200 manifestants du Shiv Sena, parti nationaliste hindou, avaient pris d’assaut le siège du Board of Control for Cricket in India (Bombay), où devait se dérouler la réunion.

Pakistan : les relations avec la Chine « ne menacent aucun pays »

Dawn – Les relations du Pakistan avec son autre grand voisin, la Chine, sont en revanche au beau fixe. Le conseiller pakistanais en Affaires étrangères Sartaj Aziz a précisé hier que leur étroite coopération n’avait qu’une visée économique, et qu’elle ne « menaçait aucun pays ». D’après lui, Islamabad cherche à nouer des relations de confiance avec toutes les puissances régionales et internationales. L’Inde est directement visée par cette déclaration : le gouvernement de New Delhi s’oppose à la mise en place du corridor économique Chine-Pakistan (CEPC), notamment car son tracé passe par le Cachemire – une région que l’Inde et le Pakistan se disputent depuis 1947.
Par Joris Zylberman et Alexandre Gandil, avec Victor Yu à Taipei, Vo Trung Dung à Hô-Chi-Minh-Ville, Clea Chakraverty et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris