Société
Témoin – Siau-Lian-Lang, être jeune à Taïwan

 

Et les dix jeunes de l’année sont…

Le logo de la manifestation. (Crédit : aimable crédit de la Fondation des Jeunes gens remarquables de la République de Chine / D.R.).
En plaçant le chanteur Jam Hsiao (蕭敬騰) sur la liste des “Dix jeunes gens remarquables de l’année 2015” à Taïwan, le comité d’attribution de cette distinction s’est assuré l’attention des médias, au début du mois d’octobre. Devenu célèbre à la faveur d’un télé-crochet en 2007, le jeune homme de 28 ans a depuis lors publié six albums chez Warner Music et séduit un public large à Taïwan mais aussi en Chine et en Asie du Sud-Est.
Le chanteur Jam Hsiao. (Crédit : aimable crédit de la Jeune chambre économique de Taïwan / D.R.).
La tradition existe à Taïwan depuis 1963. Elle est inspirée d’une initiative lancée dans les années 1930 par la Jeune chambre économique des Etats-Unis et qui s’est exportée en Asie, notamment à Hong Kong, aux Philippines et à Taïwan, dans les années 50 et 60. Chaque année, un comité sélectionne ainsi dix jeunes gens dont la personnalité et l’action sont susceptibles d’inspirer la jeunesse du pays. On pourra trouver l’exercice suranné mais il reste un repère intéressant des évolutions de la jeunesse et des modèles que celle-ci se voit donner en exemple.
Depuis 1993, les activités entourant la désignation des « Dix jeunes gens remarquables de la République de Chine » – c’est le nom officiel de cette distinction – sont regroupées au sein d’une fondation, laquelle est présidée depuis 2002 par l’actuel président du Parlement, Wang Jin-pyng (王金平). Lors de la cérémonie distinguant la “cuvée 2015”, celui-ci a dressé le portrait d’un Jam Hsiao ayant, grâce à la musique, surmonté ses difficultés scolaires et retrouvé le droit chemin après avoir traîné dans une bande de voyous. « Il travaille dur et contribue à des actions caritatives », a souligné Wang Jin-pyng.
Cette année, aux côtés de Jam Hsiao, on trouve notamment Lin Tzu-chi (林子琦), médaillée d’or aux Jeux d’Asie en haltérophilie, Yang Cheng-ta (楊政達), professeur associé de psychologie à l’Université nationale Cheng Kung, Lin Yung-hsiang (林詠翔), directeur d’une entreprise de produits diététiques, Tseng Mei-ling (曾梅玲), directrice de l’antenne de Hualien d’une association caritative, ou encore Kuo Wei-chi (郭韋齊), membre d’une troupe d’artistes handicapés.
Le président du parlement entouré des lauréats 2015. (Crédit : aimable crédit de la Jeune chambre économique de Taïwan / D.R.).
Si l’on remonte le temps jusqu’en 1963, une première différence saute aux yeux : la liste des jeunes gens de l’année est aujourd’hui paritaire, alors qu’elle était alors essentiellement masculine. Et si la première « promotion » de cette vénérable institution était surtout composée de jeunes gens brillants dans les domaines de la recherche ou des lettres, l’accent est mis aujourd’hui sur la diversité des profils et des voies de réussite. En feuilletant l’album des lauréats, année après année, on est toutefois frappé par la continuité de l’image projetée : une jeunesse sérieuse, travailleuse, généreuse et méritoire.
Pour la petite histoire, on notera aussi que parmi les “Dix jeunes gens remarquables” de l’année 1963 figurait l’universitaire Peng Ming-min (彭明敏). Né en 1923 à Taïwan, il fait des études brillantes et est repéré au début des années 60 par le Kuomintang et par Chiang Kai-shek (蔣介石) qui le nomme conseiller de la représentation de la République de Chine aux Nations Unies. Las, il sera arrêté en 1964 pour avoir imprimé en secret un manifeste appelant à la démocratisation du régime. Un jeune homme remarquable, donc.
(Les mémoires de Peng Ming-min ont été publiées dans une traduction française aux éditions René Viénet sous le titre Le Goût de la liberté, Mai 2011).
A propos de l'auteur
Pierre-Yves Baubry
Après avoir travaillé en France et en Chine dans le domaine de la communication et des médias, Pierre-Yves Baubry a rejoint en 2008 l’équipe de rédaction des publications en langue française du ministère taïwanais des Affaires étrangères, à Taipei. En mars 2013, il a créé le site internet Lettres de Taïwan, consacré à la présentation de Taïwan à travers sa littérature.