Revue de presse insolite – octobre 2015

La face B de l’actu asiatique

A Singapour, une école propose de devenir une sirène (ou un triton). Copie d’écran de CNN, le 20 octobre 2015.
A Singapour, une école propose de devenir une sirène (ou un triton). Copie d’écran de CNN, le 20 octobre 2015.

Faites l’amour, pas la guerre

Chine : la polyandrie pour résoudre la crise démographique

South China Morning Post – Son raisonnement est froid et implacable. Xie Zuoshi, professeur à l’Université d’Économie et de Finances du Zhejiang, a proposé l’instauration de la polyandrie en Chine. Objectif : combler le déficit des naissances féminines. Ces trente dernières années, il y a eu 24 à 34 millions de naissances de garçons de plus que de naissances de filles, indique le South China Morning Post. Face à cette masse d’hommes qui ne pourront trouver une femme en Chine, le professeur Xie applique la logique de l’offre et de la demande. Rationnellement, il explique que les hommes les plus pauvres devraient partager une femme ou se marier entre eux. Selon lui, la question pour les hommes riches ne se pose pas : leur fortune doit leur permettre de trouver aisément une partenaire, car ils pourront l’entretenir. Sans états d’âme. Une idée qui a peut-être fait des vagues au Parti communiste : à côté, la récente abolition de la politique de l’enfant unique parait bien plus raisonnable…

Inde : « Joyeux anniversaire ! » « Meuh » « Mais de rien ! »

“Janmadina mubāraka ho” जन्मदिन मुबारक हो (Joyeux anniversaire) ! Copie d’écran du Times of India, le 23 octobre 2015.
“Janmadina mubāraka ho” जन्मदिन मुबारक हो (Joyeux anniversaire) ! Copie d’écran du Times of India, le 23 octobre 2015.
Times of India – Un peu de douceur dans ce monde de brutes. Alors qu’en Inde, les tensions interreligieuses se cristallisent autour du statut de la vache et de la consommation de bœuf, une famille musulmane de Hapur, en Uttar Pradesh, a décidé de célébrer dignement le premier anniversaire de Julie, leur génisse. « Julie et sa mère Bholi sont comme des membres de notre famille, explique son propriétaire Mohd Irshaad. Nous prenons soin d’elles comme nos autres enfants. » Pour ce faire, une centaine de voisins ont été invités à une grande fête où ils ont partagé un gâteau à la vanille de 10 kilos. Julie, la reine de la journée, s’est vue coiffée d’un chapeau pointu et décorée de colliers de fleurs. Mais elle a préféré se régaler avec ses fruits préférés, indique le Times of India : des pastèques, des bananes et des grenades.

Singapour – Indonésie : merci pour cet air frais

Vous aussi, remerciez le vice-président indonésien pour les 11 mois d’air frais par an qu’il procure à la région ! Copie d’écran de "Thank you Indo for the fresh air", le 30 octobre 2015.
Vous aussi, remerciez le vice-président indonésien pour les 11 mois d’air frais par an qu’il procure à la région ! Copie d’écran de "Thank you Indo for the fresh air", le 30 octobre 2015.
Coconuts Jakarta – Pour Jusuf Kalla, le vice-président indonésien, les Singapouriens ne sont quand même pas très sympa : « Pendant 11 mois, l’Indonésie leur a procuré de l’air frais, et ils ne nous ont jamais remerciés. Ils souffrent du brouillard pendant un mois, et ils s’énervent… » Choqués et désolés d’être mis face à leur ingratitude, un petit groupe de Singapouriens a décidé de lancer un site Internet pour que leurs compatriotes expriment enfin leur reconnaissance vis-à-vis de Jakarta. « Thank you Indo for the fresh air » permet aux internautes de remercier l’Indonésie en cliquant sur un bouton : à chaque clic, la photo de Jusuf Kalla s’anime pour dire « De rien ! ». Sous couvert d’humour, le site renvoie également vers des ONG ou des pétitions visant au règlement de la crise environnementale qui ronge l’Asie du Sud-Est.

Tribulations au zoo

Inde : manger plutôt que procréer – l’histoire du jaguar obèse du Kerala

Parce qu’il s’intéresse plus à sa nourriture qu’à sa partenaire, le jaguar Salman sera renvoyé dans son zoo du Kerala. Copie d’écran de The Indian Express, le 10 octobre 2015.
Parce qu’il s’intéresse plus à sa nourriture qu’à sa partenaire, le jaguar Salman sera renvoyé dans son zoo du Kerala. Copie d’écran de The Indian Express, le 10 octobre 2015.
The Indian Express – Il a fait un voyage de plusieurs milliers de kilomètres… pour rien. Le jaguar Salman avait été transféré de son zoo du Kerala (au sud de l’Inde) vers celui de Delhi (au Nord) pour l’accoupler avec une femelle. Mais voilà : cela fait un an que Salman s’intéresse plus à sa nourriture qu’à sa potentielle partenaire. Bien qu’elle redouble d’efforts pour attirer son attention, Salman reste dans son coin et n’a d’yeux que pour sa pitance. « Il ne laisse jamais de restes », raconte l’un des soigneurs du zoo de Delhi, avant de conclure, fataliste : « Il est trop gros pour procréer. » Conséquence : Salman sera bientôt renvoyé au Kerala… où il pourra manger en paix.

Chine : un bébé panda, c’est mignon. 2 bébés pandas, c’est trop mignon. Et 12 bébés pandas ?

Malgré les apparences, ceci n’est pas un stand de fête foraine où gagner une peluche. Copie d’écran d’Asia One, le 27 octobre 2015.
Malgré les apparences, ceci n’est pas un stand de fête foraine où gagner une peluche. Copie d’écran d’Asia One, le 27 octobre 2015.
Asia One – Y a-t-il vraiment besoin d’en faire des tonnes pour dire qu’à Chengdu (Sichuan), la base de recherche sur l’élevage de pandas géants (Chengdu Research Base of Giant Panda Breeding) a exposé au public six paires de bébés pandas nés entre le 22 juin et le 16 septembre ? Non. On regarde les photos, on fond devant, et on ravale notre jalousie de ne pas y avoir été.
Coucou toi ! Copie d’écran d’Asia One, le 27 octobre 2015.
Coucou toi ! Copie d’écran d’Asia One, le 27 octobre 2015.

Taïwan : un éléphant, ça trompe énormément – et ça peut faire mal, aussi

Apple Daily – C’est un peu la diva du zoo de Kaohsiung, au sud de Taïwan. Ali, une femelle éléphant de 42 ans, est connue pour son tempérament caractériel. Dernière frasque en date, le 10 octobre, lorsqu’elle a lancé une pierre au visage d’une jeune femme qui s’était un peu trop approchée de son enclos… Bilan : la lèvre supérieure ouverte et une incisive cassée. Dans une volonté de retranscrire les faits le plus fidèlement possible, nos confrères d’Apple Daily ont reconstitué la scène en images de synthèse, entrecoupées par l’interview d’employés du zoo et de rushs vidéo de l’incident. C’est la première fois qu’Ali blesse un visiteur : auparavant, l’éléphante s’en était tenue à leur jeter « de l’eau, des ordures ou des excréments ».

Le sens de la vie

Taïwan :pour donner une vie meilleure à son enfant, elle accouche à 30 000 pieds

China Post – L’histoire a fait beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux. Mardi 8 octobre, une Taïwanaise a donné naissance à une petite fille en plein vol Taipei – Los Angeles, assistée par les hôtesses de la compagnie China Airlines et un médecin. La scène, filmée par un smartphone, s’est déroulée sous les applaudissements des passagers. Afin que la mère et sa fille soient prises en charge le plus rapidement possible, les pilotes ont demandé l’autorisation d’atterrir à l’aéroport le plus proche – Anchorage, en Alaska. En somme : tous les ingrédients d’une belle histoire, insolite et touchante. Sauf que.
À Taïwan, l’affaire a rapidement déclenché un tollé. La jeune femme est soupçonnée d’avoir menti aux autorités américaines et à la compagnie aérienne pour embarquer, en dissimulant le véritable avancement de sa grossesse. Objectif présumé : accoucher aux États-Unis pour que l’enfant obtienne un passeport américain, puisse faire ses études supérieures outre-Pacifique… et échappe à une éventuelle réunification de Taïwan avec le continent chinois. Un cas révélateur du « tourisme des naissances » qui explose en Amérique.
La belle histoire est donc celle d’un échec. La jeune femme a été renvoyée à Taïwan et le bébé, resté aux Etats-Unis aux mains d’un « ami de la famille », n’obtiendra la nationalité étasunienne que s’il s’avère que l’appareil survolait le territoire (terrestre ou maritime) des États-Unis au moment de l’accouchement. PNC aux portes, la vie continue !

Philippines : ces énergumènes qui briguent la présidence

Inquirer.net – Les Philippines voteront pour élire leur président en 2016. Et les candidatures déposées au mois d’octobre ne laissent que l’embarras du choix. Parmi eux, trois doux personnages. Le premier, Romeo John Ygonia, préfère qu’on l’appelle « l’archange Lucifer », et indique se présenter « sur ordre de ses maîtres ». Le deuxième, Allan Gonzaga Carreon, annonce avoir déposé sa candidature sur demande d’aliens qui l’ont contacté via Facebook (ce qui lui confère d’ailleurs le statut d’ »ambassadeur intergalactique »). Le dernier, Marita Arilla, indique simplement vouloir instaurer la monarchie absolue de droit divin. Que de visionnaires pour l’archipel ! Mais pas de panique, selon Inquirer.net, ces « candidats nuisibles » sont un « élément caractéristique » des démocraties d’Asie du Sud-Est. Et que la commission électorale garde le droit de les retoquer. Ouf.

Singapour : on ne naît pas sirène, on le devient

Dur dur d’être une sirène. Copie d’écran de CNN, le 20 octobre 2015.
Dur dur d’être une sirène. Copie d’écran de CNN, le 20 octobre 2015.
CNN – « La vie sous la mer, c’est mieux que la vie qu’ils ont là-haut sur terre ! » Il faut croire que Sébastien, le crabe de La Petite Sirène, a fait des émules à Singapour… La première école de sirènes de la cité-Etat a ouvert cette année sous la direction de la « première sirène de Singapour », Syrena (n’y voyez aucune allusion, ni référence explicite). Articulés autour de la « force », de la « beauté » et de l’ »amour », les programmes de la Singapore’s Mermaid School visent à rassembler « une communauté d’individus qui ont les mêmes intérêts et partagent les mêmes valeurs ». Mais ce n’est pas demain la veille qu’un banc de sirènes remontera le détroit de Johor. La formation nécessite de troquer les écailles contre du latex et les récifs coralliens contre une piscine de jardin… Le tout pour devenir une petite sirène d’intérieur.

Par Alexandre Gandil, avec Victor Yu à Taipei