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Chine : la fin de l’enfant unique, et après ?

Suite à la décision du Parti communiste chinois, le 29 octobre 2015, tous les foyers chinois pourront avoir deux enfants. La politique de l’enfant unique est donc définitivement abandonnée. Copie d’écran du New York Times, le 29 octobre 2015.
Est-ce déjà trop tard ? La décision est historique mais sera-t-elle vraiment efficace pour rééquilibrer la démographie de la Chine ? En autorisant la naissance de deux enfants par foyer, le Parti communiste chinois (PCC) met fin à la politique souvent décriée de l’enfant unique, lancée en 1979. Elle visait à contenir l’explosion démographique d’un pays aujourd’hui vieillissant.
La nouvelle est tombée ce jeudi 29 octobre, dans une dépêche de quelques lignes émise par l’agence officielle Xinhua : « La Chine autorisera tous les couples à avoir deux enfants, abandonnant la politique de l’enfant unique en vigueur depuis plusieurs décennies, a annoncé le Parti Communiste chinois après une réunion au sommet [dans le cadre du 5e plénum de son 18e congrès, NDLR]. » Objectif affiché : « rééquilibrer le développement de la population » dans une Chine vieillissante et moins active, toujours selon Xinhua.

Une décision pragmatique

Cela faisait plusieurs années que démographes et universitaires chinois incitaient le pouvoir central à revenir sur cette politique, considérée comme obsolète. Et plusieurs mois que le PCC laissait entrevoir la possibilité d’un abandon au regard de la démographie du pays, qui n’a plus grand-chose à avoir avec celle des années 1980.

Le quotidien hongkongais South China Morning Post rappelle ainsi qu’en 2012, pour la première fois depuis des décennies, la population active du pays a décliné. Un indicateur qui a pointé la nécessité de revenir sur la politique de l’enfant unique, accusée de contracter le réservoir chinois de main-d’œuvre. D’autant plus qu’avec l’accroissement de l’espérance de vie, la part des plus de 65 ans ne cesse d’augmenter dans la population (de 110 millions en 2010, elle devrait passer à 210 millions en 2030 et représenter 25% de la population en 2050, selon les projections des Nations unies) – ce qui alourdit la charge sur les actifs.

Après un premier assouplissement en 2013 (autorisation d’avoir un deuxième enfant pour les couples dont l’un des partenaires est lui-même enfant unique), l’abolition est donc loin d’être une surprise. Mais justement, Pékin a peut-être trop attendu pour que les effets soient à la hauteur de ses espérances.

Des conséquences incertaines

L’ombre de la crise démographique et économique se retire-t-elle de la Chine ? Pas vraiment, selon les analyses d’observateurs internationaux reprises dans le New York Times. Bien que de nombreuses familles aient pu manifester pendant des années pour obtenir le droit d’avoir un deuxième enfant, le coût de la vie et de l’éducation en constante hausse pourrait bien les inciter à revoir leurs plans. Déjà lors du premier assouplissement en 2013, seules 6,7 % des familles pékinoises éligibles avaient décidé d’avoir un nouvel enfant, rappelle le South China Morning Post.

Ainsi sur Weibo, la plateforme chinoise de micro-blogging, les réactions sont mitigées. « Je ne pourrais pas me permettre d’élever un deuxième enfant », déclare un utilisateur relayé par le quotidien hongkongais. Le timing laisse également sur le carreau tous les parents nés avant 1979 et qui n’ont donc pas été concernés par la réforme de 2013, mais ne sont désormais plus aptes à faire enfants.

L’histoire en demi-teinte

Avec l’abrogation de la politique de l’enfant unique, il ne faut pas s’attendre à un rebond significatif de la natalité et de la croissance chinoise dans les années à venir. Car il faut essentiellement voir dans cette décision une manœuvre économique plutôt qu’un relâchement du contrôle sur les libertés individuelles.

Le quotidien britannique The Guardian cite ainsi un activiste hongkongais des droits de l’Homme : « L’État n’a pas à décider combien d’enfants un couple doit avoir. […] Le gouvernement devrait immédiatement arrêter ces contrôles invasifs et punitifs sur les choix de ses citoyens à fonder une famille et avoir des enfants. »

Ce mouvement historique ne l’est finalement qu’à moitié. Certes, le PC chinois revient sur l’une des lois chinoises les plus emblématiques et les plus contraignantes, vieille de 35 ans. Mais il ne met pas fin au contrôle des naissances stricto sensu : il n’est pas permis d’avoir plus de deux enfants.

Ainsi, rien n’indique non plus la fin d’une des dérives les plus perverses de la politique de l’enfant unique : les avortements forcés. Comme le rappelle le quotidien thaïlandais Bangkok Post, les responsables locaux du planning familial forcent toujours les couples à l’avortement, en particulier les femmes non mariées ou celles de moins de 20 ans (l’âge minimum légal en Chine pour qu’une femme puisse se marier).

L’impact de cette décision historique risque bien d’être plus symbolique qu’efficace. D’ailleurs, l’annonce de Pékin n’a été accompagnée d’aucun calendrier, ni d’aucune précision sur les modalités d’application.

Le 29 octobre 2015 marque donc la fin de l’enfant unique dans la loi chinoise. Pas dans la vie réelle. Et pas plus dans les esprits.

Par Alexandre Gandil