Revue de Presse mardi 8 septembre 2015

Elections birmanes, asperges thaïlandaises et féminité coréenne

Copie écran du Bangkok Post, le 8 septembre 2015.
Copie écran du Bangkok Post, le 8 septembre 2015.

ASIE DU SUD-EST

Birmanie : Aung San Suu Kyi lance sa campagne sur Facebook

The Irrawady avec Reuters – La campagne électorale en Birmanie, c’est parti ! La lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi a fait part officiellement ce mardi de sa candidature pour les premières élections législatives libres dans le pays. Sur la page Facebook de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), l’ancienne prisonnière politique et leader de l’opposition birmane en appelle à un scrutin « libre et équitable », note le Bangkok Post. Une campagne « pragmatique » selon les observateurs. La Ligue nationale pour la démocratie est donnée favorite. Pour ne pas déplaire à l’électorat bouddhiste, la LND n’a sélectionné aucun candidat musulman, remarque la BBC. Une victoire du parti d’opposition face à la junte militaire marquerait un bouleversement radical dans le paysage politique birman, où les militants de la démocratie n’ont jamais eu droit à la parole ces 50 dernières années. Aung San Suu Kyi doit rencontrer ses supporters jeudi pour un premier meeting dans l’état Karen, une région où l’architecte des réformes économiques du président Thein Sein, le ministre de la présidence Soe Thein est lui aussi candidat à un siège de député aux élections du 8 novembre prochain.
« Pour la première fois depuis des décennies notre peuple a vraiment l’occasion de se prononcer en faveur d’un changement réel », s’est encore réjouie la chef de file de l’opposition. En 1990, lors des précédentes élections, la Ligne Nationale pour la Démocratie était sortie largement victorieuse dans les urnes, mais à l’époque, la junte avait finalement décidé de ne pas tenir compte du vote. En face, l’Union pour la Solidarité et le Développement, le parti du chef de l’Etat Thein Sein, est au pouvoir depuis la dissolution officielle de la junte en 2011. Le vote doit permettre l’élection de représentant aux deux chambres du parlement ainsi qu’à la chambre régional pour cinq ans, précise Reuters citée par The Star Online. 30 millions d’électeurs sont appelés à voter au scrutin début novembre prochain. A noter si vous souhaitez en savoir plus, une longue dépêche ce mardi de l’agence Bloomberg consacrée, elle aussi, à ces premières élections libres.

Thaïlande : un universitaire britannique libéré après une querelle sur les asperges

The Financial Times – Voilà qui pourrait inspirer les auteurs de romans d’espionnage. Un universitaire britannique qui autrefois avait accusé un haut fonctionnaire thaïlandais de plagiat et dont le nom s’est retrouvé sur une liste noire de la sécurité nationale, vient de ressortir libre de quatre jours de détentions à l’aéroport de Bangkok. Wyn Ellis, c’est son nom, a été interpellé alors qu’il rentrait d’un séjour en Norvège. L’homme est un résident de très longue durée en Thaïlande, il possède même les deux nationalités britannique et thaï. Un universitaire tout ce qu’il y a de plus respectable qui travaille sur un programme de culture durable du riz pour les Nations Unies en Thaïlande. Pourquoi son nom s’est-il retrouvé il y a quelques jours sur une liste de la sécurité d’Etat ? Probablement pour une histoire d’asperges, résume le FT. Le renforcement des contrôles de sécurité mis en place après l’attentat qui a frappé le cœur de Bangkok le 17 août dernier, a réveillé un vieille dispute. Le nom de M. Ellis a été mis sur liste noire par l’Agence Nationale thaïlandaise à l’Innovation (NIA) dont le directeur Supachai Lorlowhakarn avait été accusé de plagiat par le chercheur britannique. En 2008, rapporte encore le Financial Times, M. Ellis a révélé qu’une longue dissertation de M. Supachai portant sur l’agriculture organique et en particulier sur la culture des asperges devant les élèves de l’Université Chulalongkorn à Bangkok, empruntait très largement à ses propres travaux. Une sortie qui avait provoqué la fureur du directeur de l’agence qui aurait cherché à se venger. Le Bangkok Post n’hésite pas d’ailleurs à qualifier cette affaire de « vendetta ».

Thaïlande : Les militaires contre le projet de constitution

Bangkok Post – A quoi jouent les militaires thaïlandais ? La quasi-totalité des membres du Conseil national de réforme, qui sont des officiers actifs, ont voté dimanche contre le projet de constitution… rédigé selon les consignes données par la junte elle-même, nous alerte notre correspondant Arnaud Dubus. A l’avenir, deux scénarios sont possibles, estime Atiya Achakulwisut dans le Bangkok Post. Soit un nouveau projet de constitution plus libérale, dépourvue du « Politburo » inscrit dans la première charte, est proposée aux Thaïlandais. Soit les militaires s’installent durablement au pouvoir et, là, advienne que pourra.

Attentat de Bangkok : « aveux » d’un des suspects, selon la police

Bangkok Post – Décidément, l’actualité ne manque pas en Thaïlande. S’il faut lire The Guardian et les médias étrangers pour avoir des nouvelles de la santé du roi, vos journaux thaïlandais eux consacrent leur manchette aux « aveux » du principal suspect dans l’enquête sur l’attentat du 17 août dernier à Bangkok. Yusufu Mieraili, 25 ans, de nationalité chinoise a été arrêté la semaine dernière alors qu’il tentait de traverser la frontière cambodgienne. D’origine ouïghoure, le suspect aurait avoué avoir bien transporté un sac contenant la bombe au sanctuaire visé par l’attaque, selon la police. Yusufu Mieraili a été transféré lundi du 11ème cercle militaire au bureau de police de la métropole pour d’autres interrogatoires. Il aurait confié aux policier avoir transmis le sac à un suspect en tee-shirt jaune dont la silhouette avait été capturée par les caméras de surveillance. Il ne connaîtrait ni son nom, ni celui d’un homme en tee-shirt bleu lui aussi repéré par les caméras. Après l’explosion, Yusufu Mieraili a été aperçu prenant des photos de la scène de l’attentat avec son téléphone portable. Deux nouveaux mandats d’arrêts ont été émis par les autorités dans le cadre de l’enquête. Sur les 12 suspects recherchés, seuls deux ont été interpellés pour l’instant.

Indonésie : le virus de la rage progresse à Bali

The Jakarta Post – Les efforts visant à endiguer la rage dans l’île touristique de Bali n’ont pas donné les résultats escomptés. L’épidémie a même progressé. La présence du virus a été constatée dans 159 villages contre 155 en juin dernier. Les autorités accusent les propriétaires de chiens de ne pas vacciner leurs animaux. La présence de la rage a été constatée également dans des zones touristiques telles qu’Ubud, Gianyar, Kuta et Badung. 14 personnes sont mortes de la rage depuis le début de cette année à Bali. La dernière victime est un habitant du village Bunaya Karangasem, qui est décédé le 29 août dernier après avoir été mordu par son chien.

Au Cambodge, comment stopper la pratique de la médecine informelle ?

Alter Asia – C’est la question que pose nos partenaires du site d’information Alter Asia ce mardi dans un article consacré notamment à une épidémie de VIH qui a infecté 270 personnes en décembre 2014. « En cause, expliquent nos confrères, la réutilisation régulière de seringues par un médecin qui pratiquait la médecine illégalement. En réponse, le ministère de la Santé a promis de durcir la réglementation dans le secteur de la santé (…). »

ASIE DU NORD-EST

Grandes manœuvres à Taipei

Taipei Times – Comme chaque année, la presse se fait l’écho des grandes manœuvres militaires annuelles et supervisées par le chef de l’Etat en personne, nous rapporte Victor Yu. Pour notre correspondant à Taipei, c’est l’occasion pour les médias locaux de faire l’inventaire des systèmes d’armements sur lesquels les armées souhaitent communiquer à cette occasion. Cette année, peu de nouveauté si ce n’est que les troupes mobilisées et les exercices sont beaucoup plus nombreux que l’année dernière. Les manœuvres, qui débutent dans leur seconde phase le 11 septembre (la première ayant eu lieu en mai), font la une de la presse anglophone mais sont relayées dans les pages intérieures pour la presse sinophone et notamment le site United Daily News. On note par ailleurs une part croissante des systèmes d’armements fabriqués à Taïwan, dont le ravitailleur Panshih, les véhicules blindés de type CM-32 Yunpao, ainsi qu’une corvette de type Tuo Jiang, équipée de missiles de type Hsiung Feng II et Hsiung Feng III, dont les dernières versions avaient été présentées au salon du Bourget en juin à Paris. Ces grandes manœuvres simulent en outre une attaque chinoise, à la fois classique et électronique, souligne le China Post.

Corée du Sud : les hommes se cherchent

The Chosun Ilbo – Les Sud-Coréens seraient de plus en plus nombreux à accepter leur part de féminité, à en croire le quotidien Chosun. L’institut Cheil Worldwide a mené l’enquête auprès de 7000 personnes âgées de 20 à 49 ans. La conclusion du sondage est formelle : les hommes sud-coréens seraient de plus nombreux a faire des achats « féminins » tels que les fleurs, la décoration intérieure. « Les hommes sont désormais plus sensibles à leur part de féminité que les anciennes générations », affirme ainsi Kwak Keum-joo, professeur de psychologie à l’université Nationale de Séoul, cité par le journal.

Chine : Quand Xi Jinping salut l’armée du peuple de la main gauche

China Digital Times – C’est la grosse poilade de ce mardi. Comme le rapporte le toujours excellent China Digital Times, ce n’est pas le fait que le président chinois se soit trompé de main lors de la grande parade militaire des 70 ans de la victoire sur le Japon qui est drôle, après tout, cela n’est qu’un détail. Non ce qui est drôle ici, c’est la façon dont la presse officielle chinoise a justifié ce geste de la main gauche. Selon le Quotidien du Peuple, Xi Jinping ne faisait ici qu’un « salut normal » et non un « salut militaire » alors qu’il est quand même chef des armées. L’agence Chine Nouvelle va même plus loin quand elle convoque les commentaires d’internautes pour applaudir le « côté gauche » qui serait « bien plus noble » que le « coté droit ». Même chose du côté du Quotidien de l’armée du peuple d’ailleurs.

Hong Kong : des failles dans la législation exploitées par les trafiquants d’ivoire

South China Morning Post – C’est un nouveau coup de gueule que vient de pousser une ONG de protection des espèces menacées à Hong Kong. Dans une vidéo tournée à partir de caméras cachées, le WWF Hong Kong démontre que le commerce de l’ivoire n’a pas disparu dans la région administrative spéciale, bien au contraire. Des failles dans la législation permettent selon l’organisation de contourner la loi et d’importer illégalement des défenses venues d’Afrique. Trois détaillants hongkongais filmés à leur insu expliquent comment ils contournent le système. Le commerce international de l’ivoire est interdit depuis 1989, mais la vente d’ivoire importée avant l’interdiction et sous licence est légale. Les images de l’enquête WWF vont être remises au ministère de l’Agriculture.

ASIE DU SUD

Inde : le BJP de Narendra Modi main dans la main avec les hindouistes

The Wire – Les hindouistes du RSS sortent de l’ombre, titre The Wire. Cet article nous est signalé par Sébastien Farcis. Il revient, note notre correspondant à New Delhi, sur le lien organique qui relie le RSS, organisation hindouiste, et le BJP de Narendra Modi, aujourd’hui au pouvoir. La nature des relations entre le Rashtriya Swayamswak Sangh (RSS) et le gouvernement est devenu un sujet de débat intense la semaine dernière alors que la plupart des responsables du BJP ont assisté à une réunion du RSS. C’est d’ailleurs la première fois que le RSS montre aussi ouvertement affichée sa participation à un gouvernement dirigé par le BJP, affirme The Wire.

Pakistan et Népal : l’argent dilapidé de la FIFA

Dawn – Le site d’information pakistanais Dawn reprend ce mardi une longue enquête de l’agence Reuters sur les fonds de la Fifa attribués aux pays du sud dont le Pakistan. Le reporter de Reuters s’est rendu dans le sud du pays notamment. « Il n’y a pas, écrit-il, de terrain de football reconnaissable, pas de joueurs, il y a juste un poteau rouillé au centre de ce terrain censé être le centre de formation de Hawkesbay. » Le centre de formation en question a été construit avec une subvention de 500 000 dollars de la Fédération Internationale de Football sur un terrain balayé par le vent de la mer d’Arabie, non loin de Karachi et officiellement terminé depuis deux ans. « Le seul membre du personnel, un veilleur, dit qu’il n’a pas été payé depuis un an ».
L’enquête menée également au Népal par Reuters, dépeint des installations à moitié terminées et sous-utilisées. « Pendant 17 ans de règne sans partage, le président sortant de la FIFA, Sepp Blatter, a distribué de l’argent dans les coins les plus pauvres du monde, poursuit Reuters. Pour Blatter, ces programmes visaient à rendre le sport le plus populaire au monde accessible à tous. Mais pour les critiques, ces subventions ont surtout contribué à assurer son pouvoir avec l’appui des chefs des associations de football dans des pays peu connus pour leurs prouesses footballistique. »

Climat : l’Inde défend la « justice climatique »

The Times of India – La question des modes de vie au cœur du réchauffement climatique. Le ministre indien de l’Environnement est revenu sur le sujet lors de la réunion de préparation du sommet sur le climat lundi à Paris. « Le mode de vie des pays développés est insoutenable », a affirmé Prakash Javadekar, expliquant que pour répondre aux besoins des occidentaux, « cinq terres » seraient tout juste suffisante. Le « modèle indien » serait donc le mieux adapté dans la lutte contre le réchauffement. Choix et contraintes.
S’agit-il d’affirmer que 300 millions de personnes qui n’ont pas accès à l’électricité sont des « écolos » car ils ne consomment pas beaucoup ? « Cela n’est pas lié à la pauvreté, a répondu le ministre, mais au système de valeurs indiennes. Nous croyons à la consommation en fonction des besoins et non en la consommation extravagante. Nous avons enraciné un sens de la responsabilité où la surconsommation est détestée. » Ces remarques interviennent quatre jours seulement après l’appelle à une « justice climatique » de Narendra Modi. Le Premier ministre indien affirmant que les pauvres et les opprimés sont les « plus durement » touchés par le changement climatique. Pour approfondir, lire notre article sur la question.

La rédaction d’Asialyst