Revue de presse Birmanie - 18 octobre 2016

Birmanie : "pas d'autre choix que de les tuer", dit l'armée au Rakhine

Au total 30 assaillants présumés ont été tués par l'armée régulière birmane, la Tatmadaw, depuis le 9 octobre. Copie d'écran du Myanmar Times, le 18 octobre 2016.
Au total 30 assaillants présumés ont été tués par l'armée régulière birmane, la Tatmadaw, depuis le 9 octobre. Copie d'écran du Myanmar Times, le 18 octobre 2016.
Myanmar Times – La chasse à l’homme se poursuit dans l’Etat Rakhine. Depuis le 9 octobre dernier, les membres de l’armée régulière birmane, la Tatmadaw, tentent de retrouver les responsables d’une attaque de trois postes de police à la frontière avec le Bangladesh. Ces derniers ont été identifiés par le gouvernement d’Aung San Suu Kyi comme des membres d’un groupe bangladais islamiste, Aqa Mul Mujahidin affilié à l’Organisation solidaire rohingya (RSO). De nombreux membres de cette communauté musulmane vivent dans cette région du nord-ouest de la Birmanie, en proie à des violences entre musulmans et bouddhistes. En 2012, des tensions intracommunautaires avaient provoqué la mort de 200 personnes. Ce nouvel événement fait donc craindre une reprise de ces violences dans la région.

Au total, 30 assaillants présumés ont été tués depuis samedi dernier par l’armée régulière. Une solution inévitable pour le commandant en chef, le colonel Zaw Min Tun : « Ils ont attaqué des membres de la police qui travaillent pour la paix et l’application des lois. Notre mission est de protéger leur vie, a-t-il lancé, nous n’avons pas d’autre choix que de les tuer. » De leur côté, des représentants d’associations de défense des droits des Rohingyas ont accusé l’armée de crimes contre l’humanité. « Depuis le 9 octobre, en prenant le prétexte de chercher les assaillants, la Tatmadaw a tué des Rohingyas, brûlant leur maison et village », ont-elles conjointement dénoncé.

Dans un éditorial, le Myanmar Times met en garde contre des accusations hâtives. « Les membres du gouvernement et les politiciens n’ont pas mis longtemps à accuser le RSO d’être responsable des attaques, alors que ce groupe est considéré comme éteint et alors qu’ils n’ont aucune preuve véritable », ouvre l’éditorialiste, rappellant que les Rohingyas sont souvent perçus comme une menace à l’existence même de l’ethnie rakhine, voire des Birmans dans leur ensemble. « Mais les Rohingyas eux-aussi s’adonnent à des accusations sans apporter de preuves. » L’éditorialiste appelle donc les Birmans à la prudence : « il faut être très prudent dans nos accusations, surtout quand nous manquons cruellement d’informations et que nous sommes influencés par nos préjugés. »

Enfin, l’éditorialiste dénonce le sectarisme dans les violences. Selon lui, les discriminations que subissent les Rohingyas depuis le début des années 2000 ont logiquement pu mener certains de ces membres à vouloir se venger ou à répondre par la violence. Mais il ne peut s’agit d’une réaction globale de chacun des membres. « Certains peuvent vouloir se venger, mais d’autres peuvent être indifférents. Même s’ils subissent tous les mêmes discriminations, leurs réactions sont liées à leurs histoires personnelles », conclut le journaliste.

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