Revue de presse Asie - 15 février 2016

Négociations coréennes dans l’impasse, “séparatistes” hongkongais et visite présidentielle indonésienne aux Etats-Unis

Des activistes coréens protestent contre le dernier tir de missile de Pyongyang
Des activistes coréens protestent contre le dernier tir de missile de Pyongyang. Copie d'écran du Straits Times, le 15 février 2016.

Asie du Nord-Est

Corée : Séoul entre fierté nationale et volonté de négociation

The Korea Herald – Le gouvernement de Séoul s’est refusé d’expliquer la déclaration de son ministre de l’Unification. Selon lui, 70% des salaires versés aux ouvriers nord-coréens du parc industriel de Kaesong auraient été détournés par Pyongyang au profit de son programme nucléaire et de développement de missiles – ce qui justifie l’arrêt des activités sud-coréennes dans la zone. Aucun détail n’a été fourni sur les « moyens de traçage et d’analyse » de Séoul ayant abouti à cette estimation.
Si la Corée du Sud a indirectement contribué à la nucléarisation de son frère ennemi, comment peut-elle l’arrêter ? Pour le dirigeant du parti Saenuri au pouvoir, Won Yoo Cheol, Séoul doit également déployer des armes nucléaires sur son territoire – comme c’était le cas avant 1991, avec le soutien des Etats-Unis, rapporte le Straits Times. Et si Washington s’y oppose, Won propose de développer un programme nucléaire militaire national : « Nous ne pouvons pas emprunter le parapluie d’un de nos voisins dès qu’il se met à pleuvoir, a-t-il déclaré devant l’Assemblée nationale. Nous devons porter notre propre imperméable ».
La voie diplomatique reste néanmoins favorisée. Les vice-ministres des Affaires étrangères sud-coréens et chinois doivent se rencontrer demain pour évoquer le dossier nucléaire nord-coréen, mais aussi le déploiement du bouclier antimissile américain THAAD autorisé par Séoul. Le Korea Herald s’avoue cependant sceptique sur l’issue de la rencontre : la Chine s’oppose à toute provocation vis-à-vis de Pyongyang. Pékin insistera donc certainement sur la reprise des négociations tout en écartant la possibilité de nouvelles sanctions. Ce à quoi Séoul, Tokyo et Washington sont pourtant attachés.

Hong Kong : pour un officiel chinois, les émeutes de Mong Kok sont le fait de « séparatistes radicaux »

South China Morning Post – Pékin a parlé. Zhang Xiaoming, directeur du bureau hongkongais de liaison avec le gouvernement central, a décrit les émeutiers de Mong Kok comme des « séparatistes radicaux inclinés vers le terrorisme ». La comparaison avec le Tibet et le Xinjiang est toute faite, note le South China Morning Post. Zhang a également condamné tout discours défendant les participants de l’émeute, estimant qu’ils « détruisent l’état de droit à Hong Kong ». Le chef de l’exécutif hongkongais, Leung Chun-ying, a appuyé la vision de l’officiel pékinois selon laquelle les émeutiers ne représentent qu’une infime partie des habitants de la région administrative spéciale. Les démocrates hongkongais l’ont néanmoins appelé à ne pas minimiser le rôle des autorités locales dans le déclenchement des émeutes.

La bourse japonaise rebondit sur fond de recul du PIB

International Business Times – La série noire a pris fin. Après avoir connu sa pire semaine depuis 7 ans, la bourse japonaise a fermé aujourd’hui en hausse de 7,16%. Un important rebond que l’International Business Times explique en deux points : la chute du yen face au dollar, qui a fait fortement augmenter les actions des plus gros exportateurs nippons, et le recul du PIB japonais plus important que prévu (-1,4% au 4e trimestre 2015 contre une estimation -0,8%), qui font espérer une accélération de la relance économique par le gouvernement.

Un nouveau Taïpei pour la rentrée après les congés du Nouvel An lunaire

United Daily News – Le maire de Taïpei, Ko Wen-je l’avait promis, il l’a fait. La célèbre rampe d’accès à la voie rapide de l’Avenue Zhongxiao, à Taïpei, qui conduisait depuis des plusieurs dizaines d’années à la commune voisine de Sanchong en passant au niveau du troisième étage de la Poste centrale – un édifice datant de l’époque coloniale – a été démolie durant les congés du Nouvel An lunaire. Bizarrerie locale, cette rampe effleurait le bâtiment caractéristique de la Porte du Nord, construit il y a 130 à l’époque des Qing. Le nouveau paysage urbain qui retrouve une relative ampleur a attiré des dizaines de curieux venus constater à quoi ressemble le nouveau visage de ce quartier de la capitale.

Asie du Sud-Est

Birmanie : de récents conflits dans l’Etat Shan font 2700 déplacés

The Irrawaddy – Les conflits interethniques continuent d’ensanglanter le nord de l’Etat Shan, dans l’Est birman. Conséquence : les récents affrontements entre la Shan State Army-South (SSA-S) et la Ta’ang National Liberation Army (TNLA) ont causé le déplacement interne de 2 700 habitants du seul canton de Kyaukme. Ils fuient les incendies criminels et les meurtres perpétrés par les deux armées rivales, indiquent The Irrawaddy. Un comité a été mis en place pour fournir aux déplacés un logement et de la nourriture grâce aux dons des locaux.

Indonésie : arrivée de Jokowi aux Etats-Unis

The Jakarta Post – Jakarta, Guam, Honolulu, Palm Springs : il aura fallu 23 heures à la délégation indonésienne menée par le président Jokowi pour rejoindre la Californie et participer au sommet Etats-Unis – ASEAN qui s’ouvre aujourd’hui. Jokowi a déclaré avant son départ qu’il insisterait sur « l’établissement d’un partenariat renforcé entre l’ASEAN et les Etats-Unis et l’assurance d’une prospérité partagée ». Mais la délégation est également très attendue sur la question terroriste. Jokowi doit présider une table-ronde où il partagera l’expérience de l’Indonésie en tant que « pays à la plus importante majorité musulmane » dans la lutte antiterroriste.

Indonésie : la menace de la Jemaah Islamiah plane à nouveau

The Straits Times – Certes, la lutte contre Daech est indispensable. Mais l’Indonésie ferait bien de se pencher sur ses groupes terroristes endogènes, note le Straits Times. En ligne de mire, la Jeemah Islamiah (JI), responsable d’une série d’attentats contre les intérêts occidentaux dans l’archipel au cours des années 2000. Car ce groupe terroriste, que le gouvernement de Jakarta et les observateurs internationaux pensaient démantelé, serait de nouveau actif, avertit Reuters repris par le quotidien singapourien : recrutements, levées de fond, envoi de sympathisants en Syrie. La JI compterait actuellement 2000 membres et pourrait préparer de nouvelles attaques, bien plus meurtrières que celle perpétrée par Daech à Jakarta le 16 janvier dernier (9 victimes dont 2 assaillants). Le groupe indonésien dispose en effet d’une « meilleure force organisationnelle » dans le pays.

Malaisie : l’ancien Premier ministre Mahathir fait l’objet d’une enquête pour diffamation

The Malay Mail Online – La répression politique continue de s’abattre en Malaisie. Le Malay Mail Online titre aujourd’hui sur l’ouverture d’une enquête pour diffamation concernant l’ancien Premier ministre de 90 ans Mahathir Mohamad (1981-2003). Son tort : avoir publié au début du mois un article sur son blog dans lequel il reproche au procureur général d’avoir échoué à retenir des charges de corruption à l’encontre du Premier ministre actuel, Najib Razak. Ce dernier est empêtré dans un scandale de transfert frauduleux de fonds (700 millions de dollars) via un fonds d’investissement étatique, 1MDB, depuis juillet dernier. A plusieurs reprises, Mahathir l’avait appelé à démissionner.

Thaïlande : un suspect ouïghour des attentats de Bangkok se rétracte, dit avoir été torturé

South China Morning Post – Il doit se présenter demain devant la cour militaire thaïlandaise. Mais Adem Karedag, Chinois ouïghour figurant parmi les suspects des attentats de Bangkok (août 2015), s’est rétracté aujourd’hui. Il a indiqué avoir avoué son implication « sous la pression et la torture », ne se déclarant plus coupable que d’un seul chef d’accusation : l’entrée illégale sur le territoire thaïlandais. L’un des porte-parole de la junte a néanmoins nié toute possibilité de torture dans les geôles du pays, rapporte le South China Morning Post. Le deuxième suspect devant également comparaître demain n’a pas souhaité se rétracter, indique son avocat. Sur les 17 personnes faisant l’objet d’un mandat d’arrêt pour leur implication supposée dans les attentats, 15 sont encore dans la nature.

Asie du Sud

Un Américain d’origine indienne à la Cour suprême ?

The Times of India – Depuis l’annonce ce 13 février du décès du juge de la Cour suprême américaine Antonin Scalia, les médias américains s’interrogent sur les orientations politiques du candidat pressenti de l’administration Obama, Sri Srinivasan. Or, comme le note le Times of India, ni les conservateurs, ni les libéraux ne semblent avoir de dossiers « toxiques » contre le choix supposé du président américain ; ce dernier étant même tout simplement catalogué comme une personne « sans idéologie prononcée ». Il en est de même pour son « indianité » qu’il vit très bien, sans avoir aucun des conflits culturels que semblent avoir nombre de personnes d’origine indienne aux Etats-Unis.

Inde : l’arrestation du leader syndicaliste étudiant de la Jawharlal Nehru University causera-t-elle la perte du BJP ?

Hindustan Times – Ebranlé par une série de mauvais résultats et de scandales ces derniers mois, le BJP pourrait bien s’être porté un coup fatal vendredi dernier. C’est en tout cas ce qu’estime le Hindustan Times suite à l’arrestation du leader du syndicat étudiant de la Jawharlal Nehru University, Kanhaiya Kumar, sur la base de propos « terroristes » et « séditieux » tenus lors d’une manifestation où des étudiants mettaient notamment en cause l’arrestation et la pendaison en 2013 du militant Azfal Guru, dont beaucoup doutent de la culpabilité. Quelques semaines après le suicide d’un étudiant intouchable, le BJP arrête donc « le fils d’un agriculteur paralysé pour des chefs d’accusation douteux »… Le Hindustan Times estime que le parti ne mesurerait pas l’amplitude des « forces sociales » qu’il mobilise à son encontre. Et de pointer trois autres facteurs pouvant susciter la perte du BJP : la répression étudiante renvoie une mauvaise image de Narendra Modi à l’étranger, la Jawharlal Nehru University dispose d’importants réseaux et leviers d’action pour résister, et la crise déclenchée vendredi va galvaniser les forces anti-BJP.

Pakistan : pour la première fois, Islamabad vote pour élire son maire

Daily Pakistan – Les premières élections à bulletin secret du maire de la capitale fédérale pakistanaise et de ses trois adjoints seraient en cours affirme le porte-parole de la commission électorale. La ligue musulmane du Pakistan (PML-N), le parti du premier ministre Nawaz Sharif soutient le candidat Sheikh Ansar Aziz contre son opposant du mouvement du Pakistan pour la Justice (PTI), Raja Khurram Nawaz.
Par Alexandre Gandil et Antoine Richard, avec Hubert Kilian à Taïpei, Clea Chakraverty et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris