Revue de presse Asie - 27 janvier 2016

John Kerry en Chine, corruption en Malaisie et crise politique locale en Inde

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry achève son tour du monde diplomatique par la Chine, où il a insisté sur les dossiers nord-coréen et de la mer de Chine du Sud.
Le secrétaire d'Etat américain John Kerry achève son tour du monde diplomatique par la Chine, où il a insisté sur les dossiers nord-coréen et de la mer de Chine du Sud. Copie d'écran du South China Morning Post, le 27 janvier 2016.

Asie du Nord-Est

A Pékin, John Kerry insiste sur la mer de Chine du Sud et la Corée du Nord

South China Morning Post« Aider à maîtriser les activités nucléaires nord-coréennes » et « réduire les tensions dans les zones disputées de mer de Chine du Sud ». Voilà ce qu’a demandé Washington à Pékin par la voix de son secrétaire d’Etat John Kerry, qui s’est rendu hier en Chine pour clore un tour du monde diplomatique de 8 jours. Concrètement, il s’agit d’adopter un ton plus ferme vis-à-vis de Pyongyang pour inciter Kim Jong-un à revenir à la table des négociations, d’une part, et de mettre un terme aux revendications territoriales et constructions d’îlots artificiels par la Chine dans les îles Spratleys, d’autre part. Le South China Morning Post indique que le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, s’est retenu de répondre à ces deux requêtes, préférant rappeler son espoir « d’approfondissement de la connaissance et de la confiance mutuelles » entre la Chine et les Etats-Unis.

Taïwan : Ma Ying-jeou se rendra dans les Spratleys

Focus Taiwan – Les derniers mois de Ma Ying-jeou à la tête de la République de Chine (Taïwan) seront donc forts en symboles. Après la rencontre historique avec son homologue continental Xi Jinping en novembre 2015, le président taïwanais se rendra demain sur l’île Taiping (Itu Iba) : la plus grande île des Spratleys (0,51 km²) sous contrôle du gouvernement de Taipei, en mer de Chine du Sud. Une visite aux soldats « en vue des congés du Nouvel An lunaire » qui intervient dans un contexte régional particulièrement tendu.

L’archipel des Spratleys est revendiqué entièrement ou partiellement par 6 Etats (Chine, Vietnam, Malaisie, Brunei, Philippines et Taïwan). Pékin y mène une politique d’affirmation de souveraineté de plus en plus assertive, notamment via la construction d’ilôts artificiels et d’infrastructures de transport civilo-militaires. C’est pour cela que les Etats-Unis ont exprimé leur mécontentement suite à l’annonce du porte-parole présidentiel taïwanais. Washington évoque une visite « particulièrement malvenue », relève le Straits Times. De son côté, la présidente élue Tsai Ing-wen a refusé d’inclure un membre de son parti dans la délégation.

Chine : Georges Soros, nouveau bouc-émissaire des autorités

South China Morning Post – Il aurait « déclaré la guerre à la Chine ». A Pékin, les médias officiels ont vertement critiqué le milliardaire américain Georges Soros. Au forum économique de Davos, l’intéressé aurait indiqué que l’économie chinoise n’était « pas viable », et qu’il allait vendre ses réserves de monnaie asiatique. Inquiétant venant de l’homme qui, en 1992, a vendu l’équivalent de 7 milliards de livres sterling, poussant le Royaume-Uni à dévaluer sa monnaie de 15% et à sortir du système monétaire européen… Même s’il n’est pas certain que Soros soit capable de mener une opération similaire vis-à-vis du yuan, ses déclarations sont symboliquement très fortes, indique le South China Morning Post. Surtout à un moment où le gouvernement de Pékin est pris dans un dilemme : stabiliser le yuan ou redynamiser l’économie nationale.

Chine : le delta du Yangtsé offre une entrée sans visa de six jours

Le Quotidien du Peuple – La Chine continue d’assouplir sa politique de visa à la faveur de l’économie et du tourisme. Désormais, les voyageurs de 51 pays (dont la France) pourront entrer sans visa et rester 6 jours à Shanghai et dans ses provinces avoisinantes – le Jiangsu au Nord et le Zhejiang au Sud – sur présentation d’un billet d’avion pour l’étranger « assurant leur départ d’ici 144 heures ». La mesure sera mise en place à partir du 30 janvier.

JO de Tokyo : le designer belge renonce au procès

The Japan Times – Le logo des JO de Tokyo de 2020 publié en août ressemblait étrangement à celui qu’il avait conçu en 2011 pour le théâtre de Liège… Le designer belge Olivier Debie a néanmoins décidé de retirer sa plainte contre le Comité international olympique pour raisons financières. « Même si j’avais gagné, les frais juridiques auraient été si élevés qu’ils n’auraient pu couvrir mes dépenses », a-t-il expliqué. Le nouveau logo des JO de 2020 doit être dévoilé en mars.

Asie du Sud-Est

Malaisie : le scandale impliquant le Premier ministre réexaminé par l’agence anti-corruption

Channel News Asia – L’agence anti-corruption de Malaisie (MACC) a annoncé ce mercredi qu’elle allait demander une révision de l’affaire qui touche Najib Razak. Le Premier ministre faisait l’objet d’une enquête après avoir reçu plusieurs cetaines de millions de dollars sur son compte en banque. Il a été lavé hier mardi 26 janvier de tout soupçon par le procureur général Apandi Ali, chargé de l’enquête, que Najib Razak avait lui-même placé à ce poste. Ali a expliqué que les 681 millions de dollars étaient un cadeau de la famille royale saoudienne et qu’il n’y avait pas besoin de continuer l’enquête. La MACC a dit qu’elle allait demander à un jury administratif, spécialisé dans la révision des cas acquittés par le procureur général, d’étudier à nouveau cette affaire. Le mois dernier, l’agence anti-corruption avait envoyé deux rapports au procureur général en lien avec l’enquête. Elle n’avait pas révélé ce qu’ils contenaient ni si cela pouvait mettre en cause le Premier ministre.

Indonésie : le gouvernement accusé de légiférer en fonction du Conseil des Oulémas

The Jakarta Post – Les défenseurs des droits de l’homme indonésiens dénoncent le traitement réservé aux membres du Gafatar. Le gouvernement indonésien a relocalisé à Java plus de 1 500 membres de cette « secte » controversée « pour leur propre sécurité », après qu’une foule a incendié leurs village sur l’île de Bornéo. Jakarta attend désormais un décret du Conseil indonésien des Oulemas (MUI), la plus haute instance cléricale du pays. Le MUI doit décider si les croyances des membres du Gafatar, accusés de pratiquer un Islam « déviant », sont hérétiques.

Pour les défenseurs des droits de l’homme, sur ce sujet, le gouvernement de l’archipel devrait s’appuyer sur la Constitution de 1945, et non gouverner en fonction des décisions du MUI. En effet, le Gafatar ne s’est jamais déclaré comme une organisation religieuse, et encore moins musulmane, d’après Bonar Tior Naipospos de l’Institut Setara. Le MUI, organisation de la société civile, est devenu une institution semi-gouvernement, dénonce Bonar. Il a maintenant le feu vert pour imposer sa vision dans les affaires publiques, et affaiblir les voix des minorités. Il est normal que le gouvernement prenne en compte l’avis du MUI, concède le président d’Human Rights Working Group (HRWG), Rafendi Djamin, mais pas qu’il l’utilise comme base pour légiférer.

Thaïlande : le phénomène des anges-poupées prend de l’ampleur

Livemint – La soudaine passion des Thaïlandais pour les « anges-poupées » est le signe d’une anxiété grandissante dans la société. Les superstitions sont encore importantes dans ce pays pourtant bouddhiste et modernisé, mais qui fait face aujourd’hui à des problèmes économiques et à une incertitude politique. Les Thaïlandais sont de plus en plus nombreux à acheter ces « enfants-anges » de la taille d’une vrai bambin. Ces poupées, qui coûtent 40 à 50 dollars, porteraient chance à ceux qui les possèdent.
La Thaïlande est dirigée par une junte depuis le coup d’Etat de mai 2014, et les généraux ont du mal à sortir le pays de la crise. Le pays avait déjà connu un phénomène similaire après un coup d’Etat en 2006, quand de nombreuses personnes se sont tournées vers les amulettes et les porte-bonheur pour devenir riches.

Asie du Sud

Inde : les conséquences du « President’s rule » en Arunachal Pradesh

Hindustan Times – Cela fait plusieurs jours que la presse indienne titre sur l’imposition du « President’s rule » en Arunachal Pradesh, Etat du Nord-Est indien. Mais qu’est-ce exactement que le « President’s rule », se demande le Hindustan Times ? Il s’agit d’une disposition de la constitution indienne (article 356) selon laquelle les pouvoirs d’un Etat fédéré peuvent être transférés à l’Etat central par proclamation du président de la République, sur recommandation du gouverneur de l’Etat fédéré en question puis du gouvernement central. Cela requiert une « situation dans laquelle le gouvernement de l’Etat fédéré ne peut plus exercer son pouvoir dans les dispositions prévues par la constitution. » Et c’est justement le cas de l’Arunachal Pradesh, qui traverse une crise politique depuis la mi-décembre, rappelle le Times of India. 34 membres de l’assemblée législative locale ont tenté de destituer le président de leur chambre par des moyens décrits comme « illégaux et inconstitutionnels » par l’intéressé. Les votes ont en effet eu lieu dans une salle communautaire et dans un hôtel, l’assemblée ayant été bouclée par les autorités locales.

Inde : enquête officielle à Delhi sur les violences faites aux femmes

Hindustan Times – L’administration de la capitale indienne a établi une commission d’enquête sur des plaintes ignorées de crimes contre les femmes. La commission, constituée d’un juge à la retraite, d’un médecin et de la femme d’un membre du parti dirigeant la ville, devra examiner des plaintes déposées depuis février 2013. Violence, harcèlement sexuel, voyeurisme, femmes suivies… De nombreux crimes et délits commis contre des femmes ont été ignorés. La commission sera aussi mandatée pour recommander des punitions contre les coupables, des amendements pour rendre les lois actuelles plus efficaces, et des mesures pour améliorer les conditions de travail des personnels de sécurité.

Séisme de magnitude 4,0 au Pakistan

The Express Tribune – Plus de peur que de mal. Le séisme de magnitude 4 sur l’échelle de Richter qui a secoué aujourd’hui le Pendjab, à l’est du Pakistan, n’aurait fait aucun blessé. Seule une coupure temporaire du réseau mobile dans certaines parties de la province de Khyber Pakhtunkhwa, frontalière avec l’Afghanistan, est à déplorer. Néanmoins, sensibilisés par le tremblement de terre meurtrier du 26 octobre 2015 (300 morts et 2 000 blessés), les Pakistanais ont réagi en masse sur Twitter pour appeler leurs concitoyens à veiller à leur sécurité.
Par Joris Zylberman, Alexandre Gandil et Mathilde Loire, avec Clea Chakraverty et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris