Revue de presse Asie - 21 janvier 2016

Bourses asiatiques en difficulté, étudiant contestataire enlevé en Thaïlande, et crainte du Pakistan pour ses enfants

Le ministre de l'économie et des finances japonais Akira Amari
Le ministre de l'économie et des finances japonais Akira Amari est soupçonné de corruption. Copie d'écran de The Japan Times, le 21 janvier 2016

Asie du Nord-Est

Les bourses asiatiques à nouveau en difficulté

Channel News Asia – L’ouverture des bourses asiatiques ce jeudi avait bien commencé : Hong Kong, Tokyo et Shanghai étant en meilleure forme après les difficultés de mercredi dernier. Mais la situation s’est retournée cet après-midi, lorsque l’instabilité dominant ce début d’année a repris le dessus. Ainsi, la bourse de Shanghai, qui a déjà chuté de 16 % cette année, a encore perdu 3 % malgré une injection d’argent dans les marchés par la Banque populaire de Chine. Hong Kong a été entraîné par le continent, perdant 1,5 % lors de ventes tardives. L’indice de la bourse de Tokyo a lui baissé de 2,4 %, et celui de Singapour de 1 %. « La situation est explosive, et il va falloir du temps pour retrouver la confiance des investisseurs », explique William Wong, chef des ventes de la compagnie Shenwan Hongyuan à Hong Kong.

Japon : le ministre de l’économie et des finances soupçonné de corruption

The Japan Times – Akira Amari, le ministre de l’économie et des finances du gouvernement de Shinzo Abe, est connu pour son succès dans les négociations sur le Traité transpacifique de libre-échange. Mais des soupçons des corruption viennent ternir cette bonne réputation. Le tabloïd hebdomadaire Shukan Bunshun les accuse lui et son secrétaire d’avoir reçu 12 millions de yen (près de 95 000 €) de pots-de-vin en trois ans, de la part d’un employé d’une compagnie de construction basée en Chine. Amari a répété à la presse qu’il ne ferait pas de commentaire, et qu’il allait lancer une enquête sur cette accusation. Il a quand même juré pendant sa conférence de presse que « [Je n’ai] rien fait qui puisse m’attirer des critiques du public. »

Taïwan : le DPP souhaite un président du Parlement neutre

Taipei Times – La présidente de Taïwan Tsai Ing-wen élue samedi 16 janvier a annoncé que le nouveau président du Parlement resterait neutre vis à vis du Parti démocrate progressiste (DPP). Plus précisément, a expliqué le porte-parole du parti à la presse, ce dernier ne pourra pas n’assister pas aux meetings et évènements militants du parti, n’aura aucune position au sein du DPP, et sera interdit de soutenir des candidats aux élections. Cette neutralité est l’une des cinq réformes politiques soutenue par le parti nouvellement au pouvoir, afin de « garantir la viabilité du système politique », et de ne pas répéter les erreurs du KMT.

Asie du Sud-Est

Thaïlande : enlèvements d’étudiants contestataires

Khaosod English – La junte militaire thaïlandaise commence à recourir à des moyens plus expéditifs pour neutraliser les étudiants contestataires, constate le quotidien Khaosod. Ainsi, mercredi soir, des militaires ont « enlevé » Sirawith Seritiwat, l’un des leaders du New Democracy Movement (NDM), qui avait tenté de visiter un projet de parc historique géré par les militaires et cible de nombreuses critiques pour corruption. Dans un clip vidéo posté sur le site du mouvement, on peut voir des hommes en uniforme forcer Sirawith à grimper dans une voiture. Une autre vidéo le montre en train de raconter ce qui s’est déroulé ensuite. Trois autres étudiants du mouvement venus apporter leur soutien moral à Sirawith au commissariat de police ont eux aussi été arrêté par la suite.

Le Vietnam commence une transition politique

The Straits Times – Le Congrès du Parti communiste vietnamien (PCV) marque le début d’une transition politique importante (voir notre article sur le sujet). Et les nouveaux dirigeants qui seront choisis devront affronter plusieurs défis, des tensions maritimes avec la Chine aux réformes économiques. A l’abri des oreilles et des regards, le Congrès doit ainsi décider d’ici une semaine du renouvellement de 10 des 16 membres du bureau politique. Parmi les postes en jeu, le Secrétaire général du Parti, le Président et le Premier ministre. Ces derniers jours ont été marqué par des conflits internes très publics, entre l’aile traditionnelle proche de Pékin, et les réformateurs comme le Premier ministre Nguyên Tân Dung. Celui qui a conduit le Vietnam a rejoindre l’OMC et les négociations sur le Traité Transpacifique était vu comme le futur président du Parti. Mais le sortant, l’actuel secrétaire général du PCV, Nguyên Phu Trong pourrait réussir à allonger le terme de son mandat, et à évincer les réformateurs du pouvoir.

Indonésie : les droits de l’homme mis en danger par la réforme des lois anti-terrorisme ?

The Jakarta Post – Les militants des droits de l’homme s’inquiètent d’un élargissement des prérogatives de l’Agence nationale de renseignement (BIN) indonésienne. En cause, un potentiel abus de pouvoir et une atteinte aux droits civiques, comme c’était le cas sous la dictature du président Soeharto. A la suite de l’attentat de Jakarta du 14 janvier, le chef du BIN a demandé au gouvernement de faciliter à l’agence l’arrestation et la détention préventives de suspects. Or, d’après la loi indonésienne, seule la Police nationale peut arrêter des personnes suspectées d’être liées à des actes de terrorisme ; elle peut les garder pendant sept jours pour enquêter. Le président de la Commission pour les personnes disparues et les victimes de violence, Hariz Azhar, a critiqué la demandé du BIN, et encouragé à la place les services de renseignement à travailler plus étroitement avec la police.

Asie du Sud

Les enfants du Pakistan devraient craindre leurs examens, pas les hommes armés

Dawn – L’enquête continue autour de l’université Bacha Khan de Charsadda, qui a subi hier une attaque d’un groupe taliban. Les victimes sont au nombre de 21, et une douzaine de personnes ont été blessées. Plusieurs suspects ont été arrêtés par la police. Alors que le pays manifeste sa solidarité, une question hante les esprits des parents pour l’universitaire Murtaza Haider Dawn : Nos enfants reviendront-ils [de l’école]?. En effet, il y a un peu plus d’un an seulement, le Pakistan était déjà bouleversé par la tuerie d’une école de Peshawar, où 140 personnes, en majorité des enfants, avaient trouvé la mort. Pour l’auteur de l’article, les établissements scolaires et les universités sont mal protégés contre le danger terroriste, et leur vulnérabilité devrait être et étudiée et résolue. Car les Pakistanais doivent continuer à recevoir une éducation, et ne peuvent plus vivre dans la peur constante sur le chemin de l’école.

92 % de la population indienne dispose d’un numéro d’enregistrement valide

Times of India – Environ 92 % de la population indienne adulte dispose désormais d’un Aadhaar valide. Ce numéro d’identification, mis en place par l’Autorité de l’identification unique indienne (UIDAI), relie chaque identité à un compte bancaire. Le but : éviter que les aides de l’État ne soient détournées par de fausses identités, qui constitueraient 10 à 15 % des bénéficiaires. L’Aadhaar pourrait faire gagner à l’État indien de 350 à 600 milliards de roupies par an, et ainsi largement rentabiliser sa mise en place qui a coûté 71 milliards de roupies depuis 2009. Les banques de leurs côtés utilisent de plus en plus ce numéro d’identification : la vérification des identités prend moins de temps, de même que l’identification des comptes réceptionnistes des aides de l’état. Tout ceci leur permet de mieux évaluer le statut d’un potentiel emprunteur. La mise en place de ce programme a été applaudie par la Banque mondiale, qui juge que l’Aadhaar peut aider à réduire la corruption et aussi car cela démontre que les technologies peuvent faire avancer l’efficacité, l’innovation et l’intégration.

Inde : les cinq doctorants dalit réintégrés à Hyderabad

The Indian Express – L’Inde continue de réagir au suicide de Rohith Vemula, l’étudiant dalit retrouvé pendu sur le campus de l’Université centrale d’Hyderabad (HCU) dimanche dernier. L’université a ainsi révoqué la suspension des cinq doctorants, Vemula inclus, qui avaient été expulsés en novembre dernier. La décision a été prise lors d’une réunion d’urgence du Conseil exécutif de l’université, afin de calmer les esprits sur le campus. Celui-ci est virtuellement fermé depuis quatre jours, alors que les étudiants manifestent leur indignation. Le vice-chancelier de l’université, qui a temporairement déménagé de HCU, doit rencontrer les étudiants en colère aujourd’hui.
Par Joris Zylberman et Mathilde Loire, avec Arnaud Dubus à Bangkok, Sébastien Farcis à New Delhi, Hubert Kilian à Taipei, et Anda Djoehana Widadikarta à Paris