Revue de presse Asie - 14 décembre 2015

Avocat en procès en Chine, séminaire anti-chrétien en Malaisie et attentat au Pakistan

Shinzo Abe s’est rendu ce week-end en Inde pour une visite de trois jours, durant laquelle les relations entre Tokyo et New Delhi ont connu un grand rapprochement. Copie d’écran de Bloomberg Business, le 14 décembre 2015.
Shinzo Abe s’est rendu ce week-end en Inde pour une visite de trois jours, durant laquelle les relations entre Tokyo et New Delhi ont connu un grand rapprochement. Copie d’écran de Bloomberg Business, le 14 décembre 2015.

Asie du Nord-Est

Chine : ouverture du procès de Pu Zhiqiang, avocat des droits de l’homme

The New York Times – C’est « le plus grand avocat des droits de l’homme » à avoir subi les foudres du régime chinois, d’après le New York Times. Le procès de Pu Zhiqiang s’est ouvert aujourd’hui à Pékin. Il encourt 8 ans de prison pour 7 messages postés sur Weibo, le Twitter chinois, qui selon les autorités chinoises auraient « incité à la haine » et « provoqué le trouble ». L’un d’entre eux remettait notamment en question la politique chinoise vis-à-vis des Ouïghours : « Si le Xinjiang appartient à la Chine, ne le traitons pas comme une colonie », avait-il écrit au mois de mai.
Plusieurs diplomates occidentaux, représentants de la société civile et activistes des droits de l’homme ont été tenus à l’écart du Second Tribunal populaire intermédiaire de Pékin, où se déroule le procès. Malgré les vidéos enregistrées par les policiers pour identifier les manifestants, certains n’ont pas craint de critiquer ouvertement le régime : « La Chine ne respecte pas les droits de l’homme ! », « Les policiers chinois sont des bandits ! », pouvait-on entendre sur le parvis.
Les arrestations d’activistes des droits de l’homme se sont multipliées depuis l’accession au pouvoir de Xi Jinping, dont l’administration insiste sur le renforcement de « l’Etat de droit » et le respect de la loi. Mais d’après Sophie Richardson, directrice Chine de l’ONG Human Rights Watch : « La loi en Chine n’est aujourd’hui rien d’autre que l’instrument d’appui des politiques gouvernementales. » Et l’activiste des droits de l’homme Hu Jia d’ajouter : « Les autorités veulent que les Chinois sentent leurs doigts chargés d’un poids très lourd lorsqu’ils tapent sur leur clavier. »

Chine : le milliardaire Guo Guangchang réapparait

The Guardian – Il avait disparu depuis jeudi. Le PDG milliardaire de Fosun Group, Guo Guangchang, est réapparu aujourd’hui à l’occasion du meeting annuel de son conglomérat. Officiellement, il s’agissait « d’assister [les autorités] dans certaines enquêtes » – de quoi laisser penser que l’homme d’affaires de 48 ans tremperait dans un scandale de corruption, note The Guardian. Certaines sources rapportent ses accointances avec Ai Baojun – l’ancien directeur de la zone franche de Shanghai faisant l’objet d’une enquête pour… corruption. Le contrôle des autorités chinoises s’est renforcé sur le secteur financier depuis la déroute boursière des mois de juillet et août, rajoute le quotidien britannique.

Japon : rencontre Abe et Modi sur les transports et la défense

The Wall Street Journal – Le Premier ministre nippon Shinzo Abe s’est rendu en Inde ce week-end. Sa rencontre avec son homologue Narendra Modi s’est traduite par de nombreux engagements en faveur de l’approfondissement des relations entre les deux pays. Outre le développement d’un train à grande vitesse dans l’Ouest indien, les deux chefs de gouvernement se sont exprimés en faveur de l’usage pacifique de l’énergie nucléaire (c’est-à-dire à des fins civiles). Mais c’est surtout dans le domaine de la défense et de la sécurité que les avancées ont été les plus significatives. Shinzo Abe et Narendra Modi se sont accordés pour échanger des technologies, des équipements et des informations militaires classées. Aussi, la marine japonaise participera désormais de manière régulière aux exercices conjoints de Malabar entre l’Inde et les Etats-Unis. Objectif : répondre aux défis maritimes dans la région indo-pacifique… Et contrer l’expansionnisme chinois.

Corée : les pourparlers s’achèvent sans avancée significative

The Korea Herald« L’avenir des relations inter-coréennes est incertain ». Cette phrase, qui ouvre l’édito du Korea Herald, n’a rien d’extraordinaire – et pourtant. L’ouverture de pourparlers à l’échelle vice-ministérielle vendredi entre Séoul et Pyongyang constituait une véritable avancée avant qu’ils ne soient brusquement rompus ce week-end. En cause : des priorités divergentes et une incapacité à se mettre d’accord sur la question des familles séparées. Alors que le Sud insiste sur l’aspect humanitaire du dossier, le Nord pousse à la réouverture des circuits touristiques au Mont Geumgangsan.

Taïwan : les numéros des candidats à la présidentielle tirés au sort et annoncés

China Times – A Taïwan, chaque candidat est doté d’un numéro qui facile les références pour les électeurs – dans le cadre des campagnes mais également sur les documents officiels publiés par l’Etat pour l’organisation des scrutins. Les traditions linguistiques du chinois et les jeux de mots qu’elles permettent, associés à la superstition qu’entoure la numérologie dans le monde chinois et en particulier à Taïwan, fait de l’attribution du numéro par candidat un moment fort de la campagne.

Asie du Sud-Est

Birmanie : les groupes ethniques armés placent leurs espoirs dans le nouveau gouvernement

The Myanmar Times – En Birmanie, les groupes ethniques armés non signataires de l’accord national de cessez-le-feu ne font aucune confiance au gouvernement actuel et au processus de paix dans lequel il s’engage, rapporte le Myanmar Times. Alors que la plupart de ces groupes se sont rassemblés au sein de l’United Nationalities Federal Council (UNFC), leurs espoirs se fondent sur le futur gouvernement d’Aung San Suu Kyi, avec lequel ils sont prêts à ouvrir de nouvelles négociations. Leurs demandes reposent sur l’inclusion, dans un nouvel accord de cessez-le-feu, de trois groupes ethniques du Kokang (Est) exclus par le gouvernement de Thein Sein.

Indonésie : Aceh, terre d’accueil pour les Rohingyas

The Jakarta Post – Après la crise migratoire en Asie du Sud-Est cet été, des étudiants d’une université singapourienne ont réalisé un documentaire sur l’accueil des réfugiés Rohingyas à Aceh, province indonésienne au nord de Sumatra. D’après eux, le comportement des locaux a tranché avec ceux du reste de la région : « Contrairement à d’autres pays d’Asie du Sud-Est comme la Malaisie ou la Thaïlande, les habitants d’Aceh ont accueilli les bateaux de réfugiés à bras ouverts au lieu de les repousser. » Objectif : sensibiliser l’ensemble des populations de la région à la question des réfugiés pour faire changer les comportements.

Malaisie : tenue d’un séminaire anti-chrétien dans une université

The Malaysian Insider – Pour la deuxième année consécutive, l’Université de Technologie MARA (Shah Alam, à l’ouest de Kuala Lumpur) a organisé dimanche un séminaire anti-chrétien. Titre de cette nouvelle édition : « La menace du mouvement prosélyte chrétien ». Un événement d’autant plus inquiétant qu’il s’agit d’une université publique, et que le logo de la police nationale est apparu sur les diapositives diffusées pendant le séminaire. Contacté par le Malay Mail Online, le directeur de la communication de l’université a bien confirmé que la conférence avait eu lieu mais qu’elle visait uniquement à « renforcer la foi des étudiants musulmans » – les étudiants non-musulmans n’y étant pas conviés afin de « ne pas créer une controverse selon laquelle [l’université] aurait voulu tenter de les convertir à l’Islam ». Rassuré ?

Les Philippines menacées par le typhon Melor

The Straits Times – A l’approche du typhon Melor, 750 000 Philippins ont été évacués du centre de l’archipel menacé par des vents violents, des glissements de terrain, des inondations et des orages. Les autorités de Manille craignaient à l’origine un typhon aussi puissant que celui de 2013, Haiyan, dont le passage sur les Philippines avait causé la mort de 8 000 personnes. Mais Melor devrait finalement (et heureusement) être de plus faible intensité.

Asie du Sud

Pakistan : 22 morts dans un attentat à la frontière avec l’Afghanistan

Dawn – Au moins 22 morts et 55 blessés dont 15 dans un état critique. C’est le bilan provisoire d’une explosion dans un marché aux vêtements de la ville pakistanaise de Parachinar, non loin de la frontière afghane. L’attentat a été revendiqué par le groupe armé Lashkar-e-Jhangvi (LeJ) comme « une vengeance contre les crimes perpétrés par l’Iran et le régime de Bachar el-Assad à l’encontre des musulmans syriens », d’après son communiqué repris par The Express Tribune Le groupe a brandi la menace de nouvelles attaques « si les habitants de Parachinar ne cessent pas d’envoyer leurs enfants combattre en Syrie ».

Inde : aux îles Andaman et Nicobar, l’armée souhaite devenir éco-responsable

The Economic Times – Convertir l’énergie thermique des mers pour alimenter une base militaire ? C’est le projet de l’armée indienne en coopération avec le groupe français DCNS dans les îles d’Andaman et Nicobar, au large de la Birmanie. Objectif : se départir du diesel et protéger l’écosystème particulièrement fragile de l’archipel. Une ambition louable mais encore loin d’aboutir : « il reste plusieurs étapes à franchir avant de pouvoir mettre en place un tel projet », avertit un officier de haut niveau. Seule une étude de faisabilité a été conduite pour l’instant.

Coup d’envoi pour la construction du gazoduc TAPI

The Times of India – Le vice-président indien Hamid Ansari, le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif, le Président turkmène Gurbanguly Berdimohamedov et le Président afghan Ashraf Ghani se sont retrouvés aujourd’hui dans la ville de Mary (Turkménistan) pour donner le coup d’envoi de la construction du gazoduc TAPI (Turkménistan – Afghanistan – Pakistan – Inde). Symboliquement, ils ont appuyé ensemble sur un bouton pour déclencher la soudure du pipeline. Le gazoduc de 1 800 kilomètres devrait entrer en fonctionnement en décembre 2019, mais des doutes persistent en raison de l’instabilité politique de la région.

Le Sri Lanka ferme ses représentations diplomatiques controversées

Colombo Page – Colombo n’aura plus de représentation diplomatique en Ouganda et aux Seychelles. Le nouveau gouvernement, en place depuis 2015, estime que leur ouverture décidée respectivement en 2013 et en 2014 repose sur des motifs peu louables. Pour l’Ouganda : la volonté de s’assurer le soutien du pays à la session du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés à Genève. Pour les Seychelles : faciliter des « activités en sous-main » entretenues par d’anciens officiels du régime avec le paradis fiscal. Néanmoins, cela n’implique pas une rupture des relations diplomatiques avec les deux pays, indique le Colombo Page – il s’agit uniquement d’une « rationalisation » de la diplomatie srilankaise.

Par Joris Zylberman et Alexandre Gandil, avec Victor Yu à Taipei et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris