Revue de presse Asie - 7 décembre 2015

Aung San Suu Kyi prépare sa "présidence", échec de la censure à Hong Kong et reprise du dialogue indo-pakistanais

Aung San Suu Kyi, grande gagnante des élections générales birmanes de novembre, a rencontré samedi le leader de l’ancienne junte Than Shwe. Ici, une photo de leur rencontre en 2003.
Aung San Suu Kyi, grande gagnante des élections générales birmanes de novembre, a rencontré samedi le leader de l’ancienne junte Than Shwe. Ici, une photo de leur rencontre en 2003. Copie d’écran de Radio Free Asia, le 7 décembre 2015.

Asie du Sud-Est

Birmanie : Aung San Suu Kyi, « future leader » selon Than Shwe, chef de l’ancienne junte

Myanmar Times – Il voit en elle « la future leader » de la Birmanie. Than Shwe, chef de l’ancienne junte au pouvoir entre 1992 et 2011, a rencontré Aung San Suu Kyi ce samedi 5 décembre à Naypyidaw, la capitale du pays. Une telle déclaration fait penser aux observateurs que d’intenses négociations se trament entre l’USDP, parti encore au pouvoir et sur lequel l’influence de Than Shwe serait prégnante, et la LND (Ligue Nationale pour la Démocratie) afin qu’Aung San Suu Kyi accède au poste de présidente. La Constitution actuelle, rédigée sous la junte de Than Shwe, l’en empêche. Tout cela au prix de certaines concessions : le Myanmar Times évoque la potentielle intégration de membres de l’USDP dans le futur gouvernement et la non remise en cause de l’intégrité territoriale birmane dans les négociations avec les groupes ethniques armés.
Mais au-delà de ces questions de statut et d’arrangements politiques, le Myanmar Times et Radio Free Asia rappellent que cette rencontre est intervenue deux jours après celle avec l’actuel Président Thein Sein : Aung San Suu Kyi est en tournée pour permettre un transfert de pouvoir pacifique et assurer la transition vers une démocratie pleine et multipartite.

L’Indonésie inaugure un système de contrôle des émissions de CO2

The Jakarta Post – C’est dans le cadre du Global Landscape Forum, organisé en marge de la COP21, que l’Indonésie a annoncé avoir inauguré son système de contrôle des émissions de CO2, en projet depuis 2011. INCAS – c’est son nom – utilise les données satellites transmises par l’Institut indonésien de l’Aéronautique et de l’Espace pour calculer les stocks de dioxyde de carbone dans les forêts et les tourbières – et ainsi permettre de moduler les émissions de CO2.

Thaïlande : quatre Syriens recherchés dans un contexte de menace terroriste

Channel News Asia – Le gouvernement de Bangkok a annoncé ce dimanche qu’il recherchait activement quatre ressortissants syriens encore présents sur le sol thaïlandais malgré l’expiration de leur visa. Cette déclaration fait directement écho à l’avertissement de Moscou lancé la semaine dernière, selon lequel des Syriens seraient entrés en Thaïlande au mois d’octobre pour perpétrer des attentats au nom de Daech contre des touristes et expatriés russes dans le pays. Mais d’après Channel News Asia, les autorités de Bangkok restent prudentes : les quatre Syriens recherchés sont arrivés en Thaïlande entre avril et octobre et rien ne laisse penser qu’ils cherchent à mener des attaques terroristes. Leur potentielle arrestation ne repose que sur le dépassement de leur durée de séjour.

Asie du Nord-Est

Japon : nouvelles mesures contre le terrorisme

Japan Times – Alors que la cellule de renseignement japonais sur les mouvances islamistes sera activée demain mardi 8 décembre, le gouvernement nippon a annoncé ce lundi qu’il renforcerait sa coopération antiterroriste avec les Etats-Unis. Cette déclaration fait suite à la fusillade qui a fait 14 morts la semaine dernière en Californie, et dont l’un des exécutants (une Pakistanaise) avait fait allégeance à Daech. Le Premier ministre Shinzo Abe a notamment exprimé ses inquiétudes quant à l’organisation du G7 au Japon, en mai 2016 : « Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des ports, aéroports et installations-clé en étroite coopération avec la communauté internationale. »

Chine : une erreur de typographie fait « démissionner » Xi Jinping

The Guardian – Une inversion de syllabes qui coûte cher. Quatre journalistes de l’agence de presse China News Service, la deuxième plus grosse agence de presse du pays après Xinhua, ont été suspendus après avoir involontairement annoncé la démission du président Xi Jinping. En cause : une erreur de typographie glissée dans une brève sur le discours du chef de l’Etat chinois en Afrique du Sud. Au lieu de couvrir le « discours » (zhici 致辭) de Xi Jinping, les journalistes ont évoqué sa « démission » (cizhi 辭職)… La nouvelle avait été relayée par plusieurs medias en ligne, avant d’être rapidement retirée.

Hong Kong : Google refuse de retirer la vidéo d’une attaque de la police sur un manifestant

South China Morning Post – Google a révélé aujourd’hui plusieurs demandes du gouvernement hongkongais visant à retirer 24 « objets » (vidéos Youtube, billets Blogger, résultats de recherche) durant le 2e semestre 2014. Si le géant américain a accédé à une dizaine de requêtes, le South China Morning Post rapporte que Google a refusé de supprimer une vidéo montrant l’attaque de la police hongkongaise sur un manifestant du mouvement Occupy Central, qui protestait contre l’emprise croissante de Pékin sur l’organisation des élections locales, l’année dernière. Selon la police, cette vidéo – dont Google n’a pas communiqué le lien – véhiculait un « faux message » aux internautes.

Asie du Sud

Népal : une délégation de la communauté Madhesi se rend à New Delhi

The Hindu – C’est la communauté de la discorde. Les leaders de l’United Madhesi Democratic Front (UMDF), en conflit avec le gouvernement de Katmandou, se sont rendus à New Delhi où ils ont notamment rencontré la ministre des Affaires étrangères Sushma Swaraj. Le principal point de friction vient de l’adpotion par le Népal d’une nouvelle constitution en septembre, que l’Inde estime insuffisamment protectrice des droits des Madhesi. Les leaders de l’UMDF se sont exprimés en faveur du blocus imposé par New Delhi sur Katmandou, qui plonge le pays himalayen dans l’asphyxie économique. Mais leur position extrême commence à inquiéter l’Inde, qui souhaiterait régler rapidement la crise avec son voisin du Nord, note The Hindu. Difficile, donc, de trouver un compromis entre une position de l’UMDF qui s’affermit et celle de New Delhi qui s’assouplit.

Inde – Pakistan : rencontre surprise à Bangkok sur la question du Cachemire

Dawn – Une éclaircie dans les relations indo-pakistanaises ? Les conseillers en sécurité nationale des deux pays se sont rencontrés à Bangkok ce dimanche pour traiter du Cachemire, marquant le retour de New Delhi sur le banc des négociations. La violente défaite du BJP (le parti au pouvoir en Inde) lors des élections locales au Bihar et la pression des Etats-Unis et du Royaume-Uni pour que Narendra Modi et Nawaz Sharif se rencontrent en marge de la COP21, ont contribué à ce réchauffement. Mais la méfiance reste de mise côté pakistanais : « Le gouvernement de Modi n’est pas prêt à retourner au Dialogue Composite [dialogue visant à restaurer un climat de confiance entre l’Inde et le Pakistan, lancé en 2004 après un cessez-le-feu au Cachemire en 2003, NDLR]. […] Nous verrons comment les choses évoluent dans les semaines à venir ».

Inde : un premier train à grande vitesse avec le soutien du Japon

The Economic Times – Le Premier minsitre nippon Shinzo Abe se rendra en Inde la semaine prochaine. Et ce sera l’occasion, d’après The Economic Times, pour les deux gouvernements de signer un accord sur le développement d’un Shinkansen indien. La ligne à grande vitesse doit relier Mumbai à Ahmedabad (capitale de l’Etat du Gujarat, à l’Ouest) – un trajet de 505 kilomètres qui pourra être effectué en 2 heures au lieu des 7 nécessaires actuellement. Une petite victoire pour Tokyo, quelques mois après que Jakarta eut finalement choisi de se tourner vers Pékin pour développer sa ligne de TGV.

Par Joris Zylberman et Alexandre Gandil, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris.