Revue de presse Asie - 18 juin 2015

Ramadan au Xinjiang, femmes de ménages indonésiennes et minorités birmanes

On y voit des travailleuses migrantes indonésiennes.
Capture écran du Jakarta Globe.

Hong Kong : malgré le “non” des députés, Pékin maintient sa réforme électorale

South China Morning Post – Pékin continuera sa réforme électorale malgré le vote négatif du Conseil législatif de Hong Kong (LegCo). Cette réforme propose le suffrage universel aux Hongkongais pour élire leur chef de l’exécutif, mais sous le contrôle d’une commission de 1200 membres choisis par Pékin pour sélectionner les candidats. Ce jeudi, la proposition a été rejetée par 28 députés hongkongais contre 8 au LegCo. Il faut savoir que cette assemblée compte 70 membres, dont 30 seulement élus au suffrage universel, les autres étant choisis parmi les différents corps sociaux à Hong Kong et surtout pour leur allégeance au gouvernement chinois. Le vote de ce jeudi a donc vu 34 députés pro-Pékin sortir de la salle faute d’avoir obtenu le report du vote : car la condition de l’adoption de la réforme oblige un vote positif des deux tiers donc de 47 voix. Aucun député démocrate n’ayant accepté de voter pour, le vote était donc plié d’avance. Par une dépêche de l’agence Chine nouvelle reprise par le quotidien anglophone officiel Global Times, l’Assemblée nationale populaire à Pékin a fait savoir que la réforme « entrerait en vigueur » en dépit du vote à Hong Kong.

La Chine restreint la pratique du ramadan au Xinjiang

Channel News Asia avec Reuters – Le ramadan a débuté ce jeudi 18 juin mais les autorités chinoises ne l’entendent pas ainsi. Dans la province du Xinjiang au Nord-Ouest, certains gouvernements locaux veulent empêcher les Ouïghours de respecter le mois de jeûne. Ces jours-ci, les médias officiels et les sites gouvernementaux ont publié des reportages et des notices officielles demandant aux Ouïghours membres du Parti communiste, aux fonctionnaires, étudiants et professeurs de ne pas observer le Ramadan, comme en 2014.
Dans le comté de Jinghe près de la frontière kazakh, les responsables des services d’hygiène alimentaire ont décidé la semaine dernière qu’il fallait « guider et encourager » les restaurants halal à rester ouverts « comme d’habitude » jusqu’à la fin de la fête le 17 juillet. Ceux qui respecteront cette « suggestion » recevront moins de visites des inspecteurs sanitaires. Dans le comté de Maralbexi, où 21 personnes sont mortes dans de violentes émeutes en 2013, les cadres ouïghours du Parti ont dû donné des assurances verbales et écrites « garantissant qu’ils ne croyaient pas en Dieu, qu’ils ne participeraient pas à des activités religieuses et qu’ils seraient en pointe pour décourager les autres de jeûner », selon les médias officiels. La période du ramadan au Xinjiang est une jugée hautement sensible par le Parti alors que la province est secouée par des troubles sanglants et une forte répression depuis les violences interethniques de juillet 2009.

Thaïlande : le Premier ministre ne veut pas « presser » la transition démocratique

Channel News Asia – Prayut Chan-o-cha, l’ancien chef de la junte militaire auteur du coup d’Etat en Thaïlande, et devenu Premier ministre « civil » n’est pas pressé face aux critiques contre son nouveau régime. A moins que « certaines conditions » aient été réunies, les élections n’auront pas lieu, a-t-il déclaré. « Primo, la prochaine élection aura-t-elle lieu dans la paix ? Secondo, qui sera le prochain gouvernement ? Y aura-t-il de nouveaux conflits et manifestations ? Tertio, la Thaïlande pourra-t-elle poursuivre les diverses réformes ? » Voilà les conditions en forme de questions posées par le Premier ministre dans une rare interview donnée à la presse de Singapour ce mercredi 17 juin. « Je souhaite que ce soit le dernier coup d’Etat, a précisé Prayut Chan-o-cha. Cependant, le pouvoir de l’armée ne sera pas réduit car elle a toujours pris soin du pays. (…) Bien sûr nous avons toujours soutenu la démocratie, lorsque c’est une authentique démocratie. Nous ne voulons pas d’autre système. Dans le passé, très peu de coups d’Etat ont réussit à résoudre les problèmes politiques, car ils étaient suivis d’élections rapides, parfois trop tôt. Cette précipitation a empêché la résolution des problèmes ».

Japon : TEPCO savait qu’il fallait des mesures anti-tsunami dès 2008

The Japan Times – Selon des documents cités par le quotidien japonais, la Tokyo Electric Power Co., l’opérateur de la centrale de Fukushima, avait conscience que de nouvelles mesures de protection face aux tsunami devaient être prises, et cela dès 2008, bien avant la catastrophe de mars 2011. Jusqu’à présent, TEPCO assurait pourtant le contraire. La révélation a été faite lors d’un procès intenté par plus de 40 actionnaires de l’opérateur contre les dirigeants actuels de la compagnie pour qu’il payent environ 5,5 trillions de yens (plus de 40 millions d’euros), en dommage et intérêts à la compagnie pour leur échec à prévoir l’accident nucléaire.

Indonésie : risque de trafic d’êtres humains après l’interdiction d’envoyer des femmes de ménage au Moyen-Orient

The Jakarta Globe – Le Président indonésien Joko Widodo a annoncé la suspension de l’envoi de femmes de ménage dans 21 pays du Moyen-Orient. Une décision prise après que l’Arabie Saoudite a exécuté deux femmes de ménage indonésiennes. Pour Eni Lestari, présidente de l’Alliance internationale des migrants qui fédère plus de 120 organisations, les Indonésiennes continueront de chercher du travail à l’étranger, à moins que le gouvernement ne renforce la lutte contre la pauvreté dans le pays. « [Ce moratoire] n’a rien à voir avec la protection des travailleurs migrants, déclare Eni Lestari. Au contraire, il accroît le risque qu’ils tombent dans le trafic d’êtres humains, car ils deviendront des migrants illégaux sans protection ni à la maison ni dans leur pays de destination ». Selon les estimations, près de 600 000 Indonésiens travaillent au Moyen-Orient, la plupart comme femme de ménage. Le moratoire doit entrer en vigueur dans le courant 2015. Il affectera en particulier l’Arabie Saoudite, destination majeure des femmes de ménage indonésiennes, les Emirats Arabes Unis, le Qatar, Bahreïn et l’Egypte. Malgré les succès dans la lutte contre la pauvreté ces 15 dernières années, près de 28 millions d’Indonésiens sur 252 millions vivent encore en-dessous du seuil de pauvreté.

Aung San Suu Khi s’exprime sur les Rohingyas : prudence et pique au gouvernement

The South China Morning Post – La leader de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) en Birmanie marche toujours sur des oeufs. Après son voyage à Pékin, Aung San Suu Khi a fait une très rare déclaration sur les Rohingyas, cette minorité musulmane déclarée apatride par le gouvernement birman. Appelant à être prudent avant de garantir la citoyenneté aux minorités, elle a affirmé que la question devrait être résolue « très, très prudemment ». Le gouvernement de Birmanie est en train de revoir la citoyenneté dans le pays et, selon Aung San Suu Khi, il « devrait être rapide et transparent, puis décider ce que devra être la prochaine étape dans ce processus. (…) Nous avons de nombreuses minorités dans le pays, et je m’applique toujours à parler haut et fort en faveur du droit des minorités, de la paix et de l’harmonie, et pour l’égalité », a-t-elle déclaré au Washington Post, cité par le South China Morning Post. Elle a quand même adressé une pique contre le gouvernement : à propos du traitement des Rohingyas dans l’Etat de l’Arakhan, « le gouvernement n’a pas fait assez pour diminuer les tensions et pour se débarrasser des racines du conflit ».
Depuis le début des violences contre les musulmans en Birmanie et plus récemment de la crise migratoire des boat-people en Asie du Sud-Est, Aung San Suu Khi est critiquée pour son silence. Son parti est en bonne position pour remporter les éléctions générales en septembre prochain.
La rédaction d’Asialyst