Revue de Presse Asie - 11 juin 2015

Perpétuité pour le Tsar chinois de la sécurité, affaire du collier au Pakistan et pêcheurs esclaves libérés en Indonésie

Copie écran de The South China Morning Post.

Chine : l’ancien tsar de la sécurité condamné à la prison à vie

South China Morning Post – La chute du plus gros des « Tigres » et la fin prévisible d’un long serpent de mer. L’ancien chef de la sécurité intérieure en Chine, Zhou Yongkang, a été finalement condamné à la prison à vie par le Tribunal intermédiaire du Peuple de Tianjin. Il a été déchu de ses droits civiques et ses actifs personnels ont été confisqués, selon l’Agence officielle Chine Nouvelle. Ancien membre du sacro-saint comité permanent du Politburo, Zhou avait été inculpé en avril dernier pour avoir accepté des pots-de-vin, pour abus de pouvoir et divulgation intentionnelle de secrets d’Etat. Il est le plus haut dignitaire du Parti communiste chinois à être condamné pour corruption depuis des décennies. Zhou Yongkang a décidé de ne pas faire appel. Contrairement au procès de Bo Xilai, celui de l’ancien chef de la sûreté est resté secret car, selon Xinhua, il impliquait des discussion sur des secrets d’Etat.
Zhou aura donc échappé à l’exécution qui est en Chine la peine maximale pour les crimes de corruption ; la divulgation de secrets d’Etat et l’abus de pouvoir étant punis chacun jusqu’à 7 ans de prison. Ce verdict intervient alors que depuis deux ans, des dizaines d’officiels liés à Zhou Yongkang ont été détenus pour suspicion de corruption. la plupart font partie du réseau de Zhou dans le pétrole, la sécurité intérieure et la province du Sichuan. Ses deux fils ont aussi été arrêtés par les enquêteurs. On peut se demander si sa condamnation marque le pic de la campagne « anti-corruption » lancée par Xi Jinping.

L’artiste chinois Ai Weiwei réhabilité ?

The Global Times – Si le Global Times le dit, alors c’est qu’il doit bien se passer quelque chose dans les plus hautes sphères de l’art en Chine. Depuis le temps qu’on répète aux autorités communistes qu’Ai Weiwei est peut-être le meilleur représentant du soft power chinois, le message semble être passé. Ex-bête noire du régime, après un retour sur les écrans de CCTV en septembre dernier, l’artiste chinois le plus connu au monde est aujourd’hui autorisé à exposer dans le district 798 de la capitale, un ancien quartier d’usines transformé dans les années 1990 en studios d’artistes puis en quartier des galeries. Si le Global Times le dit – de surcroît dans son édito -, alors c’est que forcément le pouvoir chinois a changé d’attitude vis-à-vis de cet agitateur politique et artistique vénéré en Occident. Un changement de point de vue que l’on observe d’ailleurs aussi sous la plume du quotidien nationaliste anglophone, premier à tirer à boulets rouges sur l’artiste quand celui-ci était embastillé : le Global Times estime aujourd’hui qu’il est peut-être temps de « tourner la page de la controverse » et qu’Ai Weiwei doit être finalement « considéré comme les plus heureux parmi les dissidents chinois ». Son exposition basée sur la reconstruction de scènes de la Dynastie Ming (1368-1644), sera suivie par deux autres événements, toujours à Pékin cette semaine. Ai Weiwei emprisonné, Ai Weiwei censuré, Ai Weiwei accusé de ne pas payer ses impôts, mais Ai Weiwei aujourd’hui réhabilité ? Cette fenêtre ouverte pour l’artiste, pourrait toutefois se refermer au moindre écart. « Les relations entre un artiste et la politique doivent être modérées », précise ainsi le quotidien. « Les médias chinois demandent à Ai Weiwei de changer », note pour sa part le Bangkok Post en reprenant la dépêche de l’AFP Pékin. Ces expositions autorisées étant peut-être aussi et surtout un moyen pour le pouvoir chinois de se réhabiliter aux yeux de l’Occident, après avoir enfermé une grande partie de la société civile contestatrice, dont encore récemment maître Pu Zhiqiang, l’ex-avocat… d’Ai Weiwei !

Raid militaire indien en territoire birman

The Times of India – Lors de sa récente visite à Pékin, Narendra Modi était gêné aux entournures. Comment attirer les capitaux chinois, tout en freinant l’expansion chinoise et alors que la Chine considère toujours l’Inde comme un rival géopolitique ? Car l’autre pays du milliard entend bien lui aussi peser de tout son poids dans la région. L’armée indienne a ainsi mené une opération spéciale sur le sol birman dans la nuit de lundi à mardi, contre des groupes séparatistes indiens réfugiés à quelques kilomètres de la frontière entre les deux pays. Une cinquantaine de militants auraient été tués, selon l’armée.
Ces derniers sont accusés d’être responsables de l’embuscade qui a coûté la vie à dix-huit militaires indiens le 4 juin dernier dans l’Etat du Manipur, au Nord-Est de l’Inde. Cette opération militaire en Birmanie contraint « ceux qui craignent l’Inde à réagir », affirme aujourd’hui le ministre indien de la Défense, Manohar Parrikar, cité par le quotidien en langue anglaise. Cette infiltration stratégique de l’armée indienne envoie en effet un message indirect au gouvernement pakistanais, sachant que des groupes terroristes cachemiris se réfugient également sur son territoire après avoir mené des attaques en Inde. Mais attention à ne pas confondre les deux pays ! Le Pakistan n’est pas la Birmanie, et tenter une incursion pareille sur le territoire de ce frère ennemi pourrait immédiatement entraîner une guerre entre les deux puissances nucléaires, estiment des experts en sécurité cités dans un autre article de The Times of India. « Impossible de s’aventurer ne serait-ce que de 500 mètres en territoire pakistanais sans risquer un engagement militaire. Vous ne pouvez le faire que si vous êtes prêts à la guerre », explique ainsi un officier du renseignement. Dans le cas de la Birmanie, « la seule pression oblique que l’on pourrait éventuellement ressentir, viendrait de la Chine qui soutient ces groupes ».

Indonésie : Des pêcheurs birmans « esclaves » rapatriés en Birmanie

The Jakarta Post – Le quotidien de Jakarta présente l’opération comme le retour au pays du dernier contingent de Birmans travaillant comme esclaves sur des bateaux de pêches thaïlandais en Indonésie. L’affaire a été révélée le 24 mars dernier par l’agence Associated Press. Pendant plusieurs mois, nos confrères américains avaient suivi ces chalutiers immatriculés en Indonésie, mais dont tous les capitaines étaient thaïlandais. Ils avaient également recueilli le témoignage d’une cinquantaine de pêcheurs birmans travaillant à bord de ces navires sous la contrainte près de l’île indonésienne de Benjina. Ces migrants vendus par les passeurs pour moins de 1000 euros, devaient travailler sans salaire et étaient régulièrement battus en cas d’effort jugé insuffisant. Plus de 300 d’entre eux ont été libérés suite à la publication de la dépêche et l’intervention des autorités indonésiennes. La photo du Jakarta Post présente une centaine de ces pêcheurs birmans en polos blancs, avec à la main un sac de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) à leur arrivée mercredi à l’aéroport Rangoon. Selon l’OIM, en mars dernier, 4 000 hommes étaient maintenus en situation d’esclavage dans les îles tropicales indonésiennes.

Pakistan : Où est passé le collier d’Emine Erdogan ?

Dawn – Ce ne sont pas les mousquetaires du roi, mais les limiers de l’Agence Fédérale pakistanaise d’Investigation (FIA) qui sont sur l’affaire. Chaudhry Nisar Ali Khan, le ministre de l’Intérieur, a lui-même ordonné l’enquête. Tout doit être fait pour retrouver un collier offert par Emine Erdogan aux victimes des inondations en 2010. Émue face à l’ampleur de la catastrophe, l’épouse du Premier ministre turc avait fait un don personnel de 10 000 livres turques (3 200 euros) et de quelques bijoux dont le précieux sautoir, offert en cadeau de mariage par son mari. Le collier avait été à l’époque transmis à Fauzia Gilani, l’épouse du Premier ministre pakistanais Yousuf Raza Gilani, pour être donné comme dot à une jeune fille touchée par la montée des eaux. Problème : Le bijou a aujourd’hui disparu des coffres de l’Etat et en l’occurrence de la base de données de l’autorité nationale des registres (Nadra). Le président de l’institution aurait alors racheté le collier affirment des sources à Dawn. A suivre…

Chine : Les informaticiens mieux payés que les blouses blanches

South China Morning Post – Les étudiants chinois portés sur la souris et les claviers ont de quoi avoir le sourire. Selon une étude qui vient de paraître, les emplois dans l’informatique sont beaucoup plus lucratifs en Chine que les autres professions. Ce boom des revenus serait lié à celui de l’internet, affirme l’institut MyCOS. La société privée chinoise en est à sa septième enquête sur les diplômés. Si l’argent est votre unique moteur, laissez donc tomber le droit ou la médecine en Chine, semble dire le sondage. Les diplômés de l’an dernier, employés dans le développement des sites internet et les applications, gagnent en effet en moyenne 4 582 yuans par mois, un peu plus de 650 euros. Arrivent derrière eux, le secteur des médias et des communications (4 304 yuans mensuels, 615 euros), la finance (4 291 yuans en moyenne, 613 euros), les chirurgiens et les pharmaciens (3 000 yuans, 429 euros) et les médecins (2 713 yuans, 388 euros). Pour ceux qui sont sortis de l’Université il y a quatre ans, le salaire des développeurs web grimpe jusqu’à 8 289 yuans en moyenne, soit près de 1 200 euros. L’enquête montre aussi et surtout que faire des études est encore le meilleur moyen de s’élever dans l’échelle sociale en Chine.

Un Nord-Coréen abattu à la frontière sino-nord-coréenne

The Korea Herald – L’agence sud-coréenne Yonhap se fait ici l’écho des médias officiels en Chine. Ce jeudi, un présumé transfuge nord-coréen a été tué par des gardes-frontières chinois près de la ville de Nanping, sur la rivière Tumen qui sépare les deux pays. L’incident s’est produit vers 3h55 du matin, selon les médias chinois qui citent les autorités locales. La victime aurait été abattue après avoir résisté lors de son arrestation. Les mêmes sources ajoutent qu’un « déserteur de l’armée nord-coréenne » a tué quatre personnes à Nanping lors d’une tentative de vol en fin d’année dernière.

La rédaction d’Asialyst