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{"id":20048,"date":"2016-09-01T08:33:17","date_gmt":"2016-09-01T06:33:17","guid":{"rendered":"https:\/\/asialyst.com\/fr\/2016\/08\/30\/brouillon-temps-forts-copy\/"},"modified":"2016-09-01T11:11:37","modified_gmt":"2016-09-01T09:11:37","slug":"inde-dans-les-dance-bars-de-mumbai-au-coeur-du-tabou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asialyst.com\/fr\/2016\/09\/01\/inde-dans-les-dance-bars-de-mumbai-au-coeur-du-tabou\/","title":{"rendered":"Inde : dans les dance bars de Mumbai, au c\u0153ur du tabou"},"content":{"rendered":"<div class=\"container\">\n\t<meta itemprop=\"keywords\" content=\"Soci\u00e9t\u00e9\" \/>\n\t<a href=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/societe\/\" class=\"category category-2\">Soci\u00e9t\u00e9<\/a><br \/>\n\t<time datetime=\"2016-09-01T08:33:17Z\" itemprop=\"datePublished\">\n\t\tPubli\u00e9 01 Septembre 2016<br \/>\n\t\tMis \u00e0 jour 01 Septembre 2016\t<\/time>\n\t<meta itemprop=\"dateModified\" content=\"2016-09-01T11:11:37Z\" \/>\n<\/div>\n<div class=\"container\">\n<div class=\"surtitre\" itemprop=\"headline\">Reportage <\/div><\/div>\n<div class=\"container\">\n\t<h1 itemprop=\"name\">Inde : dans les dance bars de Mumbai, au c\u0153ur du tabou<\/h1>\n<\/div>\n<div class=\"container\">\n  <div class=\"authors\">\n    <ul>\n    \t        <li class=\"author\" itemprop=\"author\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/Person\">\n          <a href=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/auteur\/yves-marie-rault\/\" class=\"category-color\" itemprop=\"url\">\n            <span itemprop=\"name\" class=\"name\">\n              Yves-Marie Rault            <\/span>\n            <img data-del=\"avatar\" alt=\"Yves-Marie Rault\" src='https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/PORTRAIT-YVES-MARIE-RAULT-150x150.jpg' class='avatar pp-user-avatar avatar-150 photo ' height='150' width='150'\/>          <\/a>\n        <\/li>\n    \t    <\/ul>\n  <\/div>\n<\/div>\n<div class=\"container\">\n  <div class=\"photo-une\" itemprop=\"image\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\">\n    <figure>\n      <a href=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/INDE-BOMBAY-MAINFESTAtion.jpg\" class=\"article-image\" title=\"Des danseuses de \"Ladies bars\" manifestent \u00e0 Bombay le 3 mai 2005 contre la fermeture des \"dance bars\" d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par l'Etat du Maharashtra. (Cr\u00e9dits : AFP PHOTO\/Sebastian D'SOUZA)\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2300\" height=\"1623\" src=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/INDE-BOMBAY-MAINFESTAtion.jpg\" class=\"img-responsive\" alt=\"Photo des danseuses pendant la manifestation\" srcset=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/INDE-BOMBAY-MAINFESTAtion.jpg 2300w, https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/INDE-BOMBAY-MAINFESTAtion-300x212.jpg 300w, https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/INDE-BOMBAY-MAINFESTAtion-768x542.jpg 768w, https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/INDE-BOMBAY-MAINFESTAtion-1024x723.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 2300px) 100vw, 2300px\" \/><\/a>\n      <meta itemprop=\"height\" content=\"2300\"\/>\n      <meta itemprop=\"width\" content=\"1623\"\/>\n      <meta itemprop=\"contentUrl\" content=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/2016\/09\/01\/inde-dans-les-dance-bars-de-mumbai-au-coeur-du-tabou\/\"\/>\n      <figcaption class=\"legend\" itemprop=\"description\">\n      \t<div class=\"container\">\n        \tDes danseuses de \"Ladies bars\" manifestent \u00e0 Bombay le 3 mai 2005 contre la fermeture des \"dance bars\" d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par l'Etat du Maharashtra. (Cr\u00e9dits : AFP PHOTO\/Sebastian D'SOUZA)        <\/div>\n      <\/figcaption>\n    <\/figure>\n  <\/div>\n<\/div>\n\n<div class=\"container\">\n\t<div class=\"chapo\" itemprop=\"description\">\n\t\t<strong>Il n&rsquo;y a pas que New York. Mumbai est aussi la <em>\u00ab\u00a0ville qui ne dort jamais\u00a0\u00bb,<\/em> d&rsquo;apr\u00e8s les Mumbaikars. A la sortie du travail, dockers, ouvriers, hommes d\u2019affaire et cols-blancs s\u2019engouffrent dans les innombrables restaurants, bars ou salles de concerts de la ville, avides de se divertir. Plus discr\u00e8tement, d\u2019autres se rendent dans les <em>\u00ab\u00a0dance bars\u00a0\u00bb<\/em> (ou <em>\u00ab\u00a0ladies bars\u00a0\u00bb<\/em>) observer, en sirotant une bi\u00e8re, des femmes danser pour leur bon plaisir. Certains viennent s\u00e9lectionner une partenaire en vue d\u2019une relation sexuelle. Discr\u00e8tement, car dans une soci\u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par le puritanisme religieux, ces lieux sont tabous.\n<p>Depuis 2005, l&rsquo;Etat du Maharashtra m\u00e8ne une lutte acharn\u00e9e contre les <em>dance bars,<\/em> les accusant de <em>\u00ab\u00a0corrompre les jeunes esprits et d\u2019encourager une sexualit\u00e9 immorale chez les jeunes\u00a0\u00bb.<\/em> Cette police morale se retrouve chaque fois qu&rsquo;a lieu un d\u00e9bat public sur la sexualit\u00e9 et le genre en Inde. Ce fut le cas dans les semaines qui ont suivi le viol collectif d\u2019une jeune \u00e9tudiante dans un bus de Delhi en 2012, alors qu\u2019elle rentrait chez elle apr\u00e8s un cin\u00e9ma avec son ami. Une ligne de fracture claire est d\u00e8s lors apparue entre une frange de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9non\u00e7ant les comportements machistes, et une autre r\u00e9affirmant le r\u00f4le traditionnel de la femme. La soci\u00e9t\u00e9 indienne souffre d\u2019un malaise latent, manifeste \u00e0 travers ses <em>dance bars.<\/em> Enqu\u00eate au c\u0153ur de ces lieux tabous.<\/p><\/strong>\t<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"large large\" style=\"background-color:#961157;\">\n\t<div class=\"container\">\n\t\t<div class=\"sub-article\">\n\t\t\t<h2>Contexte<\/h2>\n\t\t\t<p>Derri\u00e8re les termes \u00ab\u00a0dance bars\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0ladies bars\u00a0\u00bb se cache un concept commercial bien singulier. D\u00e9bits de boisson, ces \u00e9tablissements proposent aussi le spectacle de femmes &#8211; les <em>\u00ab\u00a0bar-girls\u00a0\u00bb<\/em> &#8211; dansant au rythme de musiques indiennes. Apr\u00e8s leur multiplication rapide \u00e0 Mumbai \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 1980, leur d\u00e9veloppement est brutalement stopp\u00e9 en 2005 quand l&rsquo;Etat du Maharashtra impose la fermeture d\u00e9finitive de tous ces \u00e9tablissements, environ 2 500 dans l\u2019ensemble de l&rsquo;Etat, accus\u00e9s de \u00ab\u00a0corrompre la jeunesse\u00a0\u00bb. En 2006, face \u00e0 la mobilisation des acteurs du secteur, la Haute Cour de Bombay juge anticonstitutionnelle la loi de prohibition. L\u2019Etat riposte en saisissant la Cour Supr\u00eame indienne, qui confirme, en 2013, la d\u00e9cision de la Haute Cour de Bombay. <\/p>\n<p>Apr\u00e8s 8 ans d\u2019attente, les propri\u00e9taires de dance bars peuvent enfin demander \u00e0 nouveau des licences malgr\u00e9 un deuxi\u00e8me jugement en appel de l\u2019Etat du Maharashtra, rejet\u00e9 une nouvelle fois par la Cour Supr\u00eame, mais qui laisse la libert\u00e9 aux Etats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s de r\u00e9guler les \u00ab\u00a0danses obsc\u00e8nes\u00a0\u00bb. Dans un ultime retournement en avril 2016, l\u2019ex\u00e9cutif du Maharastra utilise cette disposition juridique pour interdire notamment l\u2019alcool et tout \u00e9change p\u00e9cuniaire entre les clients et les <em>bar-girls,<\/em> sous peine d\u2019amende et\/ou d\u2019emprisonnement.<\/p>\n\t\t<\/div>\n\t<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"container\">\n\t<h2>Fantasmes masculins et \u00ab\u00a0douches de billets\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/div>\n<div class=\"container\">\n\t<div class=\"text\" itemprop=\"articleBody\">\n\t\t<div class=\"bulle\">\n\t*La chique de b\u00e9tel se compose le plus souvent de feuille de b\u00e9tel (de la pip\u00e9rac\u00e9e grimpante Piper betle), de noix d\u2019arec (de l\u2019ar\u00e9quier Areca catechu), et de chaux \u00e9teinte (essentiellement de l\u2019hydroxyde de calcium), \u00e0 quoi s&rsquo;ajoute souvent du tabac. On trouve parfois d\u2019autres ingr\u00e9dients et agents aromatiques (des \u00e9pices telles que des graines d\u2019anis et de cardamome), selon les pr\u00e9f\u00e9rences et les us et coutumes locaux. Plus de pr\u00e9cisions <a href=\"http:\/\/www.buddhachannel.tv\/portail\/spip.php?article143\" target=\"_blank\">ici<\/a>.<\/div>\nIl y a des <em>dance bars<\/em> pour toutes les bourses dans les m\u00e9tropoles indiennes. A Delhi, c\u2019est sur la grande art\u00e8re de G.B. Road, au c\u0153ur de la ville, que se trouvent les \u00e9tablissements les plus populaires. Dans ce \u00ab\u00a0quartier rouge\u00a0\u00bb (<em>red-light district<\/em>), les quelques centaines de b\u00e2timents sont presque organis\u00e9s \u00e0 l\u2019identique : un magasin au rez-de-chauss\u00e9e, une maison de passe au premier \u00e9tage, un <em>dance bar<\/em> au deuxi\u00e8me. On y acc\u00e8de en grimpant un escalier raide, entre deux murs \u00e9troits rougis par les crachats de <em>paan*.<\/em> Dans une pi\u00e8ce minuscule, joyeusement d\u00e9cor\u00e9e d\u2019ic\u00f4nes hindoues et de guirlandes de fleurs, des hommes sont assis en tailleur, les yeux riv\u00e9s sur la femme qui gesticule au milieu du cercle, au son d\u2019une musique traditionnelle rythm\u00e9e avec entrain par un joueur de <em>tabla<\/em> (instrument \u00e0 percussion). Tout \u00e0 coup, une pluie de billets s\u2019abat sur la danseuse. C\u2019est comme dans le clip d\u2019un rappeur <em>bling-bling,<\/em> sauf que les billets roses avec la t\u00eate de Gandhi imprim\u00e9e ont une d\u00e9nomination de seulement 10 roupies (0,13 euros).\n<p>Dans les \u00e9tablissements chics de Mumbai, les douches de billets (<em>\u00ab\u00a0showering\u00a0\u00bb<\/em>) sont plus abondantes. Il faut dire qu\u2019ils n\u2019\u00e9changent pas de petites coupures pour moins de 1 000 roupies (14 euros). Pas \u00e9tonnant, compte tenu de la complexit\u00e9 du dispositif commercial et de la quantit\u00e9 de personnel employ\u00e9 dans ces \u00e9tablissements.<br \/>\n\t<\/p><\/div>\n<\/div>\n\n<div class=\"container\">\n\t<h2>Le dispositif des dance bars<\/h2>\n<\/div>\n<div class=\"container\">\n\t<div class=\"text\" itemprop=\"articleBody\">\n\t\tDans le quartier de Borivali East, au nord-ouest de la ville, les <em>dance bars<\/em> se cachent derri\u00e8re des portes anonymes, que l\u2019on ne passe pas avant d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 minutieusement jaug\u00e9 par les videurs. A l\u2019int\u00e9rieur, un steward accompagne le client \u00e0 sa table, lui assurant qu\u2019il restera \u00e0 sa disposition exclusive pour toute demande. Une foule de serveurs d\u00e9filent alors pour servir boissons, cacahu\u00e8tes, snacks indiens, et \u00e9tonnamment, des morceaux de carotte et de concombre crus \u2013 offerts par la maison.\n<p>Sur sc\u00e8ne, des femmes v\u00eatues de <em>saris<\/em> ou de <em>lehenga-cholis<\/em> alternent danses et chants en <em>play-back<\/em> sur des tubes de Bollywood et des musiques traditionnelles. A force de mouvements suggestifs, de regards langoureux et de pointages d\u2019index, certains hommes, flatt\u00e9s de l\u2019attention, viennent les rejoindre sur sc\u00e8ne pour une danse sans contact physique, si ce n\u2019est celui des billets qui tombent d\u00e9licatement sur les \u00e9paules des <em>bar-girls,<\/em> aussit\u00f4t ramass\u00e9s par un employ\u00e9. Si les clients sont trop frileux, des membres du personnel viennent montrer l\u2019exemple en arrosant g\u00e9n\u00e9reusement de billets leurs coll\u00e8gues danseuses.<\/p>\n<p>Le client pourra aussi demander au steward de lui arranger une chambre d\u2019h\u00f4tel pour y emmener une danseuse \u2013 pour 5 000 roupies minimum (70 euros). Dans tous les cas, l\u2019\u00e9tablissement rentrera dans ses frais. Avant de pouvoir sortir, steward, serveurs, bar-girls, puis videurs r\u00e9clameront des pourboires avec insistance.<br \/>\n\t<\/p><\/div>\n<\/div>\n\n<div class=\"container\">\n\t<h2>La stigmatisation des bar-girls<\/h2>\n<\/div>\n<div class=\"container\">\n\t<div class=\"text\" itemprop=\"articleBody\">\n\t\t<div class=\"bulle\">\n\t*Flavia Agnes, <em>Hypocritical morality, India Together,<\/em> <a href=\"http:\/\/indiatogether.org\/manushi\/issue149\/bardance.htm\" target=\"_blank\">October 2005<\/a>.<\/div>\nMalgr\u00e9 leur succ\u00e8s manifeste, les <em>dance bars<\/em> ont toujours \u00e9t\u00e9 dans le collimateur des autorit\u00e9s du Maharashtra, refl\u00e9tant un tabou social autour des danses f\u00e9minines et une vision r\u00e9pandue de ces \u00e9tablissements comme des lieux de d\u00e9bauche sordides favorisant le trafic de drogue, le crime et la prostitution. Aussi, en 2005, les 2 500 <em>dance bars<\/em> que comptait alors l\u2019Etat du Maharashtra furent purement et simplement interdits, mettant sur le carreau une centaine de milliers de <em>bar-girls.<\/em> Dans un excellent article paru peu apr\u00e8s l\u2019\u00e9v\u00e8nement, la juriste indienne Flavia Agn\u00e8s montre comment, en niant des r\u00e9alit\u00e9s sociales complexes, la morale a \u00e9t\u00e9 instrumentalis\u00e9e \u00e0 des fins politiques*\n<div class=\"bulle\">\n\t*\u00a0\u00bbAfter the Ban : Women Working in Dance Bars\u00a0\u00bb, Research Centre for Women&rsquo;s Studies, SNDT University, Mumbai, 2006.<\/div>\nEn effet, cette d\u00e9cision a eu des cons\u00e9quences dramatiques pour les <em>bar-girls,<\/em> veuves ou divorc\u00e9es pour la plupart, ayant souvent une famille \u00e0 charge*, comme l&rsquo;a montr\u00e9 une \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s de 500 danseuses, apr\u00e8s l\u2019interdiction. Quand certaines purent retrouver du travail dans des soir\u00e9es priv\u00e9es, pour des repr\u00e9sentations de <em>mujra<\/em> (danse moghole) ou dans des bars clandestins, d\u2019autres, ayant perdu statut social et source de revenu, furent rejet\u00e9es par leur famille, parfois contraintes \u00e0 la prostitution et au suicide.\t<\/div>\n<\/div>\n\n<div class=\"container\">\n\t<h2>\u00ab\u00a0Ils pensent que je danse pour eux. Mais en r\u00e9alit\u00e9, je danse pour moi\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/div>\n<div class=\"container\">\n\t<div class=\"text\" itemprop=\"articleBody\">\n\t\t<div class=\"bulle\">\n\t*Sonia Faleiro, <em>Beautiful Thing: Inside the Secret World of Bombay&rsquo;s Dance Bars,<\/em> Black Cat, 2010.<\/div>\nPourtant, comme l\u2019explique la journaliste Sonia Faleiro dans son livre issu d\u2019une longue immersion dans le monde des <em>dance bars<\/em>*, y travailler repr\u00e9sente une forme de r\u00e9ussite pour certaines femmes. C\u2019est avant tout une manne financi\u00e8re importante : selon leur popularit\u00e9 aupr\u00e8s des clients, elles gagnent entre 5 000 et 35 000 roupies par mois (de 66 \u00e0 466 euros). Mais c\u2019est aussi un m\u00e9tier socialement moins infamant que la prostitution, la danse constituant leur activit\u00e9 principale.\n<p>Comme le raconte la journaliste, ce fut le cas pour Leela, que son p\u00e8re prostitua d\u00e8s 13 ans \u00e0 la police du village. D\u00e9cidant de tirer elle-m\u00eame les b\u00e9n\u00e9fices de la vente de son corps, elle s\u2019enfuit \u00e0 Mumbai o\u00f9 elle finit par \u00eatre recrut\u00e9e au <em>\u00ab\u00a0Night Lovers\u00a0\u00bb.<\/em> Une bonne situation professionnelle pour celle qui, avec fiert\u00e9, dit des clients : <\/p>\n<div class=\"container\">\n\t<blockquote>\n\t\t<em>\u00ab\u00a0Ils pensent que je danse pour eux. Mais en r\u00e9alit\u00e9, je danse pour moi.\u00a0\u00bb<\/em> \t<\/blockquote>\n<\/div>\n\t<\/div>\n<\/div>\n\n<div class=\"container\">\n\t<h2> Les \u00ab\u00a0dance bars\u00a0\u00bb et la question de la criminalisation<\/h2>\n<\/div>\n<div class=\"container\">\n\t<div class=\"text\" itemprop=\"articleBody\">\n\t\tCependant, il serait faux de croire que travailler pour un <em>dance bar<\/em> est le fruit d\u2019une grande libert\u00e9 de choix. Presque toutes les danseuses, principalement des indiennes de caste inf\u00e9rieure et issues de milieux pauvres, ont d\u00fb quitter leur village pour trouver du travail \u00e0 Mumbai. Plus de la moiti\u00e9 n\u2019ayant pas eu d\u2019\u00e9ducation et ne sachant g\u00e9n\u00e9ralement ni lire ni \u00e9crire, elles ont peu de perspectives professionnelles, alors qu\u2019elles doivent souvent subvenir aux besoins de toute une famille.\n<p>Le milieu des bars reste en outre un univers o\u00f9 la cupidit\u00e9 des employeurs et la cruaut\u00e9 des clients sont omnipr\u00e9sentes, comme on le lit au fil des pages du livre de Sonia Faleiro. Mais cette violence est aussi celle de la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble, qui en stigmatisant les danseuses, participe \u00e0 les marginaliser. Lors des raids policiers, ce sont les femmes et non les autres employ\u00e9s qui sont vis\u00e9es en premier et subissent les humiliations.<\/p>\n<div class=\"bulle\">\n\t*Sharvari Arjit Karandikar, \u00ab\u00a0Gender-based violence among female sex workers of Kamathipura, Mumbai, India : a contextual analysis\u00a0\u00bb, University of Utah, 2008.<\/div>Dans sa th\u00e8se r\u00e9alis\u00e9e aupr\u00e8s des travailleuses de Kamathipura \u00e0 Mumbai, le deuxi\u00e8me plus grand quartier de prostitution d\u2019Asie, la sociologue Sharvari Karandikar se montre favorable \u00e0 une d\u00e9criminalisation des danseuses et des prostitu\u00e9es*. Pour elles, fermer les bars revient finalement \u00e0 les accuser de stimuler l\u2019immoralit\u00e9 des hommes. C\u2019est la m\u00eame id\u00e9e qui continue \u00e0 \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9e par de nombreux discours en Inde. Y compris par une partie de la classe politique, qui persiste \u00e0 expliquer les viols par des comportements f\u00e9minins provocateurs.<br \/>\n\t<\/div>\n<\/div>\n\n<div class=\"container\">\n\t<div class=\"text\" itemprop=\"articleBody\">\n\t\t<strong>Par Yves-Marie Rault<\/strong>\t<\/div>\n<\/div>\n\n<div class=\"container\">\n\t<div class=\"text\" style=\"background:#d9463d; padding:20px 20px 30px 20px; text-align:center; border-radius:8px;\">\n\t\t<h3 style=\"color:#fff; font-weight:700;\">Soutenez-nous !<\/h3>\n\t\t<p style=\"color:#fff; font-size:0.8em; line-height:1.5em; margin-bottom:30px;\">Asialyst est con\u00e7u par une \u00e9quipe compos\u00e9e \u00e0 100 % de b\u00e9n\u00e9voles et gr\u00e2ce \u00e0 un r\u00e9seau de contributeurs en Asie ou ailleurs, journalistes, experts, universitaires, consultants ou anciens diplomates... Notre seul but : partager la connaissance de l'Asie au plus large public.<\/p>\n\t\t<a href=\"https:\/\/www.helloasso.com\/associations\/les-amis-d-asialyst\/formulaires\/1\" target=\"_blank\" style=\"display:inline; background:#fff; padding:10px 25px; font-weight:700; border-radius:4px; color:#000; font-size:0.9em;\">Faire un don<\/a>\n\t<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"container\">\n\t<div class=\"tags\">\n\t\t<h5>Tags de l'article<\/h5>\n\t\t<ul><li><a href=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/tag\/abonnes\/\" rel=\"tag\">Abonn\u00e9s<\/a><\/li><li><a href=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/tag\/asie-du-sud\/\" rel=\"tag\">Asie du Sud<\/a><\/li><li><a href=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/tag\/inde\/\" rel=\"tag\">Inde<\/a><\/li><li><a href=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/tag\/prostitution\/\" rel=\"tag\">Prostitution<\/a><\/li><li><a href=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/tag\/temps-forts\/\" rel=\"tag\">temps forts<\/a><\/li><\/ul><ul>\t<\/ul><\/div>\n<\/div>\n\n\t\t<div class=\"social-sharing ss-social-sharing\">\r\n\t\t\t\t        <a onclick=\"return ss_plugin_loadpopup_js(this);\" rel=\"external nofollow\" class=\"ss-button-facebook\" href=\"http:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https%3A%2F%2Fasialyst.com%2Ffr%2F2016%2F09%2F01%2Finde-dans-les-dance-bars-de-mumbai-au-coeur-du-tabou%2F\" target=\"_blank\">Share on Facebook<\/a><a onclick=\"return ss_plugin_loadpopup_js(this);\" rel=\"external nofollow\" class=\"ss-button-twitter\" href=\"http:\/\/twitter.com\/intent\/tweet\/?text=Inde+%3A+dans+les+dance+bars+de+Mumbai%2C+au+c%C5%93ur+du+tabou&url=https%3A%2F%2Fasialyst.com%2Ffr%2F2016%2F09%2F01%2Finde-dans-les-dance-bars-de-mumbai-au-coeur-du-tabou%2F&via=asialyst\" target=\"_blank\">Share on Twitter<\/a><a onclick=\"return ss_plugin_loadpopup_js(this);\" rel=\"external nofollow\" class=\"ss-button-linkedin\" href=\"http:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?mini=true&url=https%3A%2F%2Fasialyst.com%2Ffr%2F2016%2F09%2F01%2Finde-dans-les-dance-bars-de-mumbai-au-coeur-du-tabou%2F&title=Inde+%3A+dans+les+dance+bars+de+Mumbai%2C+au+c%C5%93ur+du+tabou\" target=\"_blank\">Share on Linkedin<\/a><a onclick=\"return ss_plugin_loadpopup_js(this);\" rel=\"external nofollow\" class=\"ss-button-pinterest\" href=\"http:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https%3A%2F%2Fasialyst.com%2Ffr%2F2016%2F09%2F01%2Finde-dans-les-dance-bars-de-mumbai-au-coeur-du-tabou%2F&media=https%3A%2F%2Fasialyst.com%2Ffr%2Fwp-content%2Fuploads%2F2016%2F08%2FINDE-BOMBAY-MAINFESTAtion-300x212.jpg&description=Inde+%3A+dans+les+dance+bars+de+Mumbai%2C+au+c%C5%93ur+du+tabou\" target=\"_blank\">Share on Pinterest<\/a>\t        \t    <\/div>\r\n\t    \n<div class=\"container\">\n\t<div class=\"auteurs-a-propos\">\n\t\t<h5>A propos de l'auteur<\/h5>\n\t\t\t\t\t<div class=\"author\">\n\t\t\t\t<img data-del=\"avatar\" src='https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/PORTRAIT-YVES-MARIE-RAULT-150x150.jpg' class='avatar pp-user-avatar avatar-150wp-user-avatar wp-user-avatar-150 photo ' height='150' width='150'\/>\t\t\t\t<div class=\"infos\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"name\">\n\t\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/auteur\/yves-marie-rault\/\">\n\t\t\t\t\t\t\tYves-Marie Rault\t\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\n\t\t\t\t\t<div class=\"description\">\n\t\t\t\t\t\tDoctorant au CESSMA (Centre d'\u00e9tudes en sciences sociales sur les mondes africains, am\u00e9ricains et asiatiques) \u00e0 l'universit\u00e9 Paris Diderot, Yves-Marie Rault est un sp\u00e9cialiste de l'Inde et de ses classes moyennes. Sa th\u00e8se porte sur les cr\u00e9ateurs d'entreprises dans le Gurajat, entre globalisation et territorialit\u00e9. Il a \u00e9galement travaill\u00e9 sur les shopping malls et le d\u00e9veloppement de la grande distribution.\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"block3news\">\n\t<div class=\"container\">\n\t\t<div class=\"recommand\">\n\t\t\t<h5>On vous recommande<\/h5>\t\t\t<ul class=\"row\">\n\t\t\t\t<li class=\"col-md-6 col-sm-12 col-xs-12 news\"><a href=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/2016\/07\/05\/inde-poker-a-delhi-rendez-vous-clandestins\/\"><span class=\"photo\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"400\" src=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/INDE-POKER-600x400.jpg\" class=\"img-responsive wp-post-image\" alt=\"Joueurs de poker \u00e0 Jaisalmer, dans l&#039;Etat indien du Rajasthan.\" srcset=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/INDE-POKER-600x400.jpg 600w, https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/INDE-POKER-300x200.jpg 300w, https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/INDE-POKER-768x511.jpg 768w, https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/INDE-POKER.jpg 1024w, https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/INDE-POKER-900x600.jpg 900w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/span><span class=\"info\"><span class=\"metadata category category-\">Soci\u00e9t\u00e9<\/span><h4>Inde : poker \u00e0 Delhi, rendez-vous clandestins<\/h4><\/span><\/a><\/li><li class=\"col-md-6 col-sm-12 col-xs-12 news\"><a href=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/2016\/08\/02\/delhi-ou-le-chaos-urbain-avenir-du-monde\/\"><span class=\"photo\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"400\" src=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/INDE-DEHLI-BUILDINGS-BIDONVILLE-600x400.jpg\" class=\"img-responsive wp-post-image\" alt=\"Visage de Delhi aujourd&#039;hui : buildings ultra-modernes juxtapos\u00e9s \u00e0 la mis\u00e8re des vendeurs de rue.\" srcset=\"https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/INDE-DEHLI-BUILDINGS-BIDONVILLE-600x400.jpg 600w, https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/INDE-DEHLI-BUILDINGS-BIDONVILLE-300x200.jpg 300w, https:\/\/asialyst.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/INDE-DEHLI-BUILDINGS-BIDONVILLE-900x600.jpg 900w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/span><span class=\"info\"><span class=\"metadata category category-\">Culture<\/span><h4>Delhi ou le chaos urbain \"avenir du monde\"<\/h4><\/span><\/a><\/li>\t\t\t<\/ul>\n\t\t<\/div>\n\t<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"container\">\n\t<div class=\"comments\">\n\t\t\t<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Inde, la croisade juridique contre les \u00ab\u00a0dance bars\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0ladies bars\u00a0\u00bb cache une police morale qui discrimine les femmes. 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