Politique
L'Asie du Nord-Est dans la presse

Mer de Chine : Pékin nie la militarisation et avance le "code de conduite"

Le Premier ministre chinois Li Keqiang lors du 2nd Forum Chine-Australie des dirigeants provinciaux à Sydney le 24 mars 2017. (Crédits : AFP PHOTO / POOL / DAN HIMBRECHTS)
Le Premier ministre chinois Li Keqiang lors du 2nd Forum Chine-Australie des dirigeants provinciaux à Sydney le 24 mars 2017. (Crédits : AFP PHOTO / POOL / DAN HIMBRECHTS)
Pékin affine son jeu de go pour régler l’affaire à sa manière. En visite en Australie, le Premier ministre Li Keqiang a rejeté ce vendredi 24 mars toute accusation de militarisation en mer de Chine du Sud. Les dernières images satellites attestant l’inverse ne comptent pas vraiment. L’important aux yeux des Chinois qui ont depuis quelques décennies repris position dans la zone, est de conforter leur avantage stratégique. Malgré le verdict de La Haye le 12 juillet dernier qui réfute ses revendication sur 90 % de la région, la Chine a les moyens désormais d’imposer un « code de conduite » à ses conditions.
Peu importe l’évidence. La Chine ne militarise pas la mer de Chine méridionale, a soutenu ce vendredi 24 mars Li Keqiang en visite en Australie. Face aux critiques internationales sur la poursuite par Pékin des constructions à caractère militaires dans ses îles artificielles, le Premier ministre chinoise a réaffirmé le besoin de défendre les intérêts chinois dans la région. « Les installations de la Chine sur ces îles sont principalement à des fins civiles, a-t-il fait valoir lors d’une conférence de presse à Canberra avec son homologue australien Michael Turnbull, indique Channel News Asia. Mais le chef du gouvernement chinois a tout de même reconnu l’état de fait : « S’il y a une certaine quantité d’équipements de défense, c’est pour maintenir la liberté de navigation et le survol de la zone. »

Hier jeudi 23 mars, Li a aussi enjoint l’Australie à ne pas prendre position entre la Chine, son principal partenaire commercial, et les États-Unis, son principal allié stratégique. Ce que Canberra s’est bien gardé de faire, ménageant une Chine qui a absorbé 31 % de ses exportations de marchandises entre juillet 20015 et juillet 2016, précise le Straits Times. D’ailleurs, Chinois et Australiens ont signé ce vendredi 24 mars un ensemble d’accords, renforçant notamment les échanges commerciaux et la coopération en matière d’infrastructures.

Si l’Australie est d’accord pour ne pas contrarier les Chinois, les États-Unis n’en estiment pas moins que Pékin a construit plus de 1 300 hectares de polders ces trois dernière années en mer de Chine du Sud. Pistes d’atterrissage, radars, ports ou hangars d’aéronefs, les opérations de fortifications se poursuivent, rappelle le journal singapourien. Ces accusations s’appuient, entre autres, sur les images satellites dévoilées par l’Asia Maritime Transparency Initiative (AMTI, liée au think tank américain CSIS) le 8 février dernier, qui montrent clairement la militarisation insulaire mise en œuvre par Pékin ((voir notre article). La Chine compte 20 avant-postes dans les îles Paracels et a renforcé ses installations militaires sur 8 îles de l’archipel. Installant par la même occasion des missiles sol-air HQ-9, indiquait l’AMTI.

Afin d’atténuer ces tensions, la Chine accueillera une réunion avec l’ASEAN en mai prochain. Elle sera destiné à proposer un « accord préliminaire » pour dresser un « code de conduite » (COC). Ce dernier devrait établir des règles et des lignes directrices juridiquement contraignantes, pour éviter les tensions résultants des revendications insulaires et concurrentes des autres pays de la zone : la Malaisie, le Vietnam, Bruneï, les Philippines et Taïwan. « L’espoir de tous est qu’au moment de cette réunion, des accords préliminaires aient été établis », déclarait ce mercredi 22 mars le ministre philippin des Affaires étrangères Enrique Manalo. Le diplomate craint une rencontre qui pourrait tout aussi bien « compliquer ou aggraver les différends », rapporte le Straits Times.

Cependant, les Chinois veulent aussi des résultats et espèrent que les pourparlers plus rapides que par le passé. Cela fait 17 ans qu le « code de conduite » est sur la table des négociations sans qu’aucun consensus n’aient pu être trouvé. Ce qui est dû en partie à l’intransigeance de Pékin, ferme sur des conditions qui ont rendu difficile tout compromis, ajoute le quotidien singapourien. Le code est réapparu l’année dernière sous l’influence de Pékin, dont les revendications sur la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale ont été rejetées par le tribunal de la Haye en juillet 2016. Un verdict resté lettre morte depuis, Rodrigo Duterte à la présidence des Philippines, le pays qui avait porté plainte. Par peur d’une guerre avec les Chinois, le nouveau chef de l’État a toujours refusé d’en tenir compte.

Par Benjamin Giraudeau
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